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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 19:29
Les dernières révélations de Wikileaks en disent long sur l’état de nos dirigeants. Mais nous n’apprenons rien de bien surprenant, du moins concernant le mental de deux qui nous gouvernent. Un schéma vieux comme l’Histoire des hommes se dessine une fois de plus. Ces jeux de pouvoir ont fait dire à Hegel que l’homme est un animal malade. Une description plus contemporaine livrerait un tableau où les névroses occupent une place prépondérante, mais aussi les comportements qu’on ne sait pas situer, entre psychose, parano ou dérives borderline. Le côté dangereux de l’humain est connu depuis les lustres. Shakespeare en a fait la matière pour ses œuvres. Freud a montré le côté étrange, parfois insondable, d’un inconscient non maîtrisé et susceptible de générer des démons intérieurs. Michel Houellebecq a écrit des romans réalistes sur les névroses contemporaines. Des gens qui nous ressemblent, ou à qui on ne veut pas ressembler. Ces romans sont appréciés. Le lecteur aime parfois se rassurer en se mirant dans le marasme du prochain, ou alors il aime apprendre des choses pas tout à fait cachées sur les travers de ses contemporains. Est-ce du voyeurisme ou un souci de s’instruire sur le monde ou une manière culturelle de se divertir ? Chacun a ses raisons pour lire un bon roman de Houellebecq. Néanmoins, le monde est plus inquiétant si on tente de le sonder à l’aune de quelques révélations ou bien des comportements tendancieux de la part des dirigeants. Les manœuvres en Corée, le président Gbagbo qui s’accroche au pouvoir, voilà quelques signes permettant de tracer une hypothèse. Le pouvoir, c’est ou bien la solution ou bien le problème.
 
Il n’y a pas si longtemps, le monde a connu un déchaînement de folie orchestrée par des dirigeants de puissances occidentales mais aussi orientales. Allemagne, Russie, Japon, Turquie… de 1914 à 1945, le monde a connu le chaos. Nul n’a vraiment compris quelle fut la cause de cet engrenage démonique ayant conduit les hommes au pouvoir vers de telles extrémités. Le pouvoir rend fou, c’est ce qu’on peut penser et c’est ce que l’individu ordinaire ne veut pas voir car ce type de vérité est inquiétant et risque de troubler le long fleuve presque tranquille de l’existence. L’homme est pénétré de ce désir de commander, de dominer, de soumettre le réel à ses désirs, de vaincre, gagner la partie. Chez certains, ces penchants peuvent devenir pathologiques, engendrant des perversions tyranniques, des comportements autoritaristes, des dérives caractérielles et même parfois des délires psychiques. Phénomène assez connu, la paranoïa. On n’entrera pas dans une psychologie de bazar consistant à taxer tous les dirigeants de parano. La situation est bien plus contrastée. Prenons par exemple les excès sécuritaires aux Etats-Unis, avec les faits avérés comme les manœuvres du FBI, les fouilles dans les aéroports, ou alors les faits révélés comme ces surveillances de sites jugés sensibles par les Etats-Unis qui s’occupent de câbles sous-marins ou bien de labo pharmaceutiques, eh bien cela ne signifie pas forcément de la parano mais un excès de précaution propre au genre humain. On serait alors plus près du TOC, ou alors de la maniaquerie. La ménagère obsédée par la propreté passe quatre heures par jour à traquer le moindre grain de poussière. Les instances sécuritaires américaines font de même et voient partout sur la planète des lieux susceptibles de constituer une menace. Cela ressemble à un système immunitaire. Notez que la menace est toujours étrangère, extérieure à la patrie, presque microbienne, alors que la vente libre d’armes et les milliers d’assassinats perpétrés entre Américains sont considérés comme des faits de société habituels ne menaçant pas l’intégrité de ce pays si prompt à jouer le gendarme de la planète.
 
Le monde n’est pas gouverné par d’authentiques psychotiques mais par des dirigeants dont le goût pour le pouvoir est associé à des « distorsions » de personnalité les conduisant à épouser certains traits de la parano, comme un certain orgueil, une rancune tenace, une interprétation déviée de la réalité. Herriot disait que la politique, c’est comme l’andouillette, ça doit puer la merde mais pas trop. Ne peut-on penser que la politique, ça doit être un peu de folie mais pas trop, pas au point de conduire à l’asile ? Le pouvoir rend légèrement fou, à moins qu’il ne faille quelque dose de démonisme bien dominé ou de prophétisme bien maîtrisé pour aimer l’ivresse des pouvoirs supérieurs. Comme par exemple être chef d’Etat, de la diplomatie, des services secrets. Le monde tangue. En France, les dérives de la politique sont un sujet presque tabou, que ce soit dans le roman ou au cinéma. Chez nous, un Houellebecq cible des pauvres gens déshérités du sexe, une Angot décrit la crise de nerf de la bourgeoise frustrée, un Lévy divertit avec du roman de gare rédigé avec style. Mais nul Pynchon, De Lillo ou Ellroy chez nous. La France semble refuser de voir la vérité du pouvoir. Le prophétisme est proche de la folie mais aussi de la lumière. Le prophète est habité par une instance numineuse et le démonique par les ténèbres. On verrait plus l’universel et le souci des autres chez le prophète, alors que le politicien fou n’ait qu’au service de puissances démoniques qu’il a pour l’essentiel fabriquées.
 
La gouvernance et d’une manière générale tous les lieux de pouvoirs sont des espaces où habite la raison mais où sont hébergés des démons, des tendances à la déraison, la folie. Le pouvoir rend fou et comme dans la parano, le processus du secteur masque le mal. Les psys connaissent bien le délire en secteur, une pathologie de perte de contact avec la réalité, non pas qu’elle soit hallucinatoire mais qu’elle soit parfaitement perçue mais pathologiquement interprétée. Une personne souffrant de délire en secteur passe inaperçu, car elle se comporte « normalement » dans la vie de tous les jours. Son délire passe inaperçu sauf auprès de ses proches et encore faut-il du discernement et du temps pour le découvrir. Qui nous dit que parmi les gouvernants et autres gestionnaires, nous n’avons pas ce type de délire, cette sorte d’obsession agissant de manière souterraine mais quasiment invisible aux yeux du public et de l’entourage ? L’homme est tordu. Pas seulement en politique. Les harcèlements moraux participent aussi de cette maladie universelle qui inévitablement, accompagne le cours des sociétés, à l’instar des espèces qui évoluent en jouant de la sélection naturelle. Le névrosé est d’un drôle d’animal, le psychotique est plutôt inquiétant. Mais c’est un résidu de l’activité humaine qui, sans l’appui et le ressort du démon, n’avancerait pas, n’inventerait rien, ferait du surplace. L’homme avance avec la santé en rencontrant la maladie. Le psychisme est comme la physiologie, il secrète des pathologies et quelque part, nous sommes tous un peu malades mais la maîtrise est le plus souvent au rendez-vous et la rationalité, les vertus, calment respectivement les psychoses et les névroses. Il faut apprendre à vivre dans un monde où la folie n’est pas que passagère mais pointe son nez dès qu’on franchit la porte d’un dirigeant, ou qu’on entre chez un voisin. Des malades, il y en a inévitablement dans les lieux de pouvoir mais il faut éviter qu’ils ne deviennent par trop influents, faute de contrepouvoir des puissances rationnelles. Les masses aussi se prêtent à la maladie. Il faut donc être vigilant tout en conservant la joie de vivre et l’aptitude à avancer en cette époque marquée par la décennie 2000 qui, consécutive aux tours jumelles effondrées, fut marquée par les peurs, les paniques, climat, terrorisme, Internet, virus grippal, cendres volcaniques.
  Auteur Bernard Dugué

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Published by L'archipélien - dans politique
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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