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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 18:30

Article très pertinent sur les effets nocifs  d'un style de management à la " gereur de plantation" au temps jadis des  colonies et ses milliers d'hommes surexploités - canne à la richesse- .Qui a dit que l'esclavage etait aboli...Quand on apprend que nous travaillons 9 mois pour les autres( employeurs, collectivités et  etat) dans une année...Allez les boeufs!!

 

 

 

  Felicitations aux auteurs: Isabelle Bruno et Emmanuel Didier.

 

... « Benchmarker, c’est la santé ! », claironnait en 2008 Mme Laurence Parisot, reprenant le slogan de la convention du Mouvement des entreprises de France (Medef) réunie cette année-là dans l’hémicycle du Parlement européen. Pour qui ignorait tout du benchmarking, son discours — qui en prônait l’application aux produits, aux services, aux idées, aux salariés, aux pays, etc. — avait de quoi désarçonner. De quoi s’agissait-il ? De vanter les mérites d’une technique managériale consistant à « évaluer dans une optique concurrentielle pour s’améliorer ». Pour Mme Parisot, « benchmarker » un pays, ce serait le « comparer à d’autres » en vue de repérer les « meilleures politiques » — entendre : « la fiscalité la plus avantageuse », « l’administration la moins pesante », « l’université la plus admirable (1) »... — et de s’en inspirer dans un souci de compétitivité (2). Une recette simple que les capitaines d’industrie s’évertuent depuis les années 1990 à transmettre aux dirigeants du monde entier. Ainsi, en 1996, la Table ronde des industriels européens (European Round Table, ERT) coorganisait avec la Commission européenne un séminaire pour promouvoir auprès des décideurs politiques un exercice susceptible d’« aider les gouvernements à justifier les inévitables choix difficiles (3) ». Difficiles pour qui ? Ce point n’était pas précisé. Le benchmarking produit des benchmarks (« repères »), c’est-à-dire des objectifs à atteindre qui ne sont pas fixés dans l’absolu, en fonction des exigences d’un patron, mais relativement à ce qui est censé se faire de mieux dans le monde. La force du benchmark ne tient donc pas tant à la poigne d’un chef ou à la scientificité d’un pourcentage qu’à l’objectivation d’une performance. Aux sceptiques, il oppose la preuve d’un meilleur résultat enregistré ailleurs. Ainsi, au nom du fait concurrentiel, il serait plus facile de faire accepter les restructurations, les licenciements, la « rationalisation » budgétaire, et de faire taire les contestations « irréalistes ». Aux Etats-Unis, le benchmarking, développé dans le privé par des entreprises comme Xerox, accède à la notoriété publique au milieu des années 1980. Présenté comme l’arme de la reconquête des parts de marché perdues au moment de la « déferlante nippone », il est préconisé par les économistes du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour enrayer le déclin des performances industrielles du pays (4). Il devient également l’un des critères d’attribution du prix Baldrige, créé par l’administration Reagan pour récompenser les organisations qui recherchent avec le plus de zèle la « qualité totale », que ce soit dans le secteur des biens et des services, dans la santé, dans l’enseignement ou dans des activités non lucratives. « Enrôlement des puissances salariales » Le benchmarking conduit les agents à vouloir améliorer sans relâche leurs scores, à être continuellement en quête de « meilleures pratiques », à viser toujours de nouvelles cibles, à s’engager autant qu’ils le peuvent au service d’un idéal relatif, la « qualité ». L’enrôlement de tous dans un effort coordonné de compétitivité ne procède idéalement d’aucune contrainte, ni physique ni légale. Il se nourrit de la bonne volonté des participants. Etre volontaire, « proactif », apporter la preuve de sa « performance totale (5) », ou bien s’exclure du jeu : telle serait l’« alternative infernale (6) ». Il y a là une façon très singulière de gouverner les membres d’un collectif. En l’absence de moyens coercitifs, qu’est-ce qui les fait courir ? Les primes et les récompenses n’épuisent pas les ressources de ce mode de gouvernement, qui fonctionne à l’initiative, à l’autoévaluation, à l’engagement personnel, à la responsabilisation, au volontarisme. Certains parlent de « contrôle d’engagement subjectif (7) », ou d’« enrôlement des puissances salariales (8) ». Ces formules mettent en relief l’ambivalence d’une domination qui se nourrit de la liberté, de la créativité et de la subjectivité des dominés. Bien que ces concepts aient été forgés pour décrire les mutations des relations de travail dans l’entreprise, ils valent également pour l’administration publique. En période de vaches maigres budgétaires et de condamnation généralisée des excès bureaucratiques, hors de question d’intervenir plus (ou avec davantage de moyens) : il faut mieux organiser, afin de dispenser les meilleurs services à moindre coût. Au slogan libéral classique du « moins d’Etat » s’est ainsi substitué le mot d’ordre néolibéral du « mieux d’Etat ». Mais la définition de ce qui est « mieux » pour différentes institutions ne coule pas de source. Si les entreprises visent le profit, quelle finalité s’assignent l’Etat et ses administrations ? En régime démocratique, il appartient — en principe — au peuple de le déterminer. De fait, cette question suscite un dissensus politique fondamental. Dès lors, la pratique du benchmarking n’a rien d’évident ni de naturel. Que l’Etat fasse usage de chiffres n’est pas nouveau : dès sa naissance, au XVIIIe siècle, la statistique se présente comme la « science de l’Etat ». Ironie de l’histoire : ce que la puissance publique avait conçu comme son instrument privilégié sert aujourd’hui à la mettre en pièces sous couvert de « nouvelle gestion ». En mobilisant les statistiques, le benchmarking cherche à capter leur pouvoir de description transformatrice. Afin de distinguer l’appareil statistique, dont la formation est coextensive à celle de l’Etat, du réseau de chiffres tissé par le benchmarking, nous pourrions parler d’une « nouvelle quantification publique » (NQP), comme d’autres parlent d’une « nouvelle gestion publique ». Dans les deux cas, ces expressions ont l’avantage de pointer une constellation d’éléments à géométrie variable dont on peut faire apparaître les régularités et la cohérence d’ensemble. Cette NQP regroupe des composants dont on nous rebat les oreilles depuis une dizaine d’années. Il s’agit des indicateurs de performance, variables quantitatives que les agents doivent renseigner eux-mêmes pour démontrer l’efficacité de leur activité ; des objectifs quantitatifs, que les instances dirigeantes leur assignent tout en cherchant à leur insuffler la « culture du résultat » ; des tableaux de bord, qui permettent d’appréhender en un seul coup d’œil un grand nombre de données chiffrées ; des classements identifiant les « bons élèves » et les moins bons en vue de distribuer primes et sanctions, etc. Ces techniques ont été systématisées dans l’administration publique française par la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) et par la révision générale des politiques publiques (RGPP), rebaptisée par le nouveau gouvernement modernisation de l’action publique (MAP). S’ils s’appuient sur la « bonne volonté » de chacun, de tels dispositifs ne fonctionnent pas pour autant en roue libre ou en pilotage automatique. La domination managériale est exercée par une élite dont le cercle se resserre. En outre, si les dirigeants politiques et économiques parviennent à imposer le benchmarking en arguant de l’universalité de cette méthode managériale, supposée tout-terrain, ils se l’appliquent rarement à eux-mêmes. Le meilleur exemple en est sans doute l’expérience de notation et de classement des ministres au regard des objectifs chiffrés qu’avait fixés le président Nicolas Sarkozy. Si la publication du palmarès dans l’hebdomadaire Le Point a fait grand bruit en janvier 2008, l’idée a vite été abandonnée. Le développement du benchmarking a en outre rencontré l’opposition d’une catégorie particulière d’agents : médecins, magistrats, commissaires ou professeurs d’université. Tous ont vu leur autorité traditionnelle radicalement mise en cause par l’introduction de ce type d’évaluation comparative et gestionnaire, qui tend à se substituer au jugement par les pairs. Habituellement peu enclins à l’action collective, ces « patrons » ont alors rallié la cause d’agents subalternes mobilisés contre des dispositifs dont ils sont les premières cibles. En revanche, d’autres travailleurs, qui ne bénéficiaient pas du même capital social, ont espéré que ces nouveaux systèmes d’évaluation leur permettraient de faire mieux reconnaître leurs qualités et de valoriser leur position. C’est donc par une alliance entre les plus hauts responsables et certains agents intermédiaires faisant figure d’« outsiders » (9) que le benchmarking est parvenu à surmonter les résistances et à s’imposer dans le secteur public. Les promesses d’objectivité et d’équité formulées par ses promoteurs n’ont toutefois pas été tenues, et de nombreux effets pervers sont apparus de façon flagrante. Les agents de tous niveaux ont senti s’abattre sur eux une pression psychologique énorme, qui, en particulier dans la police, haut lieu de la « politique du chiffre », a mené certains d’entre eux au suicide. Le nombre d’appels téléphoniques reçus par le service de soutien psychologique opérationnel des forces de l’ordre a presque quadruplé en dix ans. Obligés de poursuivre des objectifs peu consistants, toujours mouvants, les agents souffrent d’un manque de clarté et de stabilité dans leur activité. Ils parlent souvent d’une « perte de sens ». Quant aux usagers des services publics, ils ont pu constater que le prétendu « mieux d’Etat » signifiait en réalité une baisse de la qualité des services publics. On a par exemple assisté à une explosion du nombre de gardes à vue pour des personnes qui, auparavant, n’auraient pas été inquiétées. Et le tri à l’entrée des urgences hospitalières, présenté comme le gage d’un traitement plus rapide des malades, a provoqué une augmentation du taux de retour, signe d’une insuffisance de la prise en charge. Les agents évalués par des variables quantitatives ont dû apprendre à « faire du chiffre », ou à présenter leurs résultats de la façon la plus flatteuse pour eux. Des policiers ont procédé à des arrestations faciles, mais sans effets réels sur la délinquance ; des médecins ont écarté les pathologies les plus complexes pour traiter plus de cas simples ; des chercheurs ont saucissonné leurs articles pour en publier trois plutôt qu’un seul consistant. Comment les blâmer de se protéger, de défendre leurs intérêts ? Mais, du coup, la réalité sur laquelle portent les chiffres censés évaluer leur réactivité, leurs initiatives, est elle-même construite par la technique de management. Elle n’est plus le juge de paix final qui soupèse l’action de l’Etat : elle est susceptible d’être, elle aussi, construite. Première victoire en justice Une opposition au benchmarking en tant que tel commence à s’organiser, notamment en France. Le 4 septembre 2012, le tribunal de grande instance de Lyon a estimé que la mise en concurrence des salariés suscitait un stress permanent qui nuisait gravement à leur santé. Aussi a-t-il interdit à la Caisse d’épargne Rhône-Alpes Sud de fonder son mode d’organisation sur le benchmarking. Depuis 2007, cette banque avait en effet instauré un système de gestion des personnels qui consistait à comparer quotidiennement les résultats de chacun et à afficher un classement. Engagée par le syndicat Solidaires, unitaires, démocratiques (Sud), qui dénonçait la terreur engendrée par de telles méthodes, l’action en justice marque un tournant dans la résistance au dispositif. Ce jugement sans précédent ouvre la voie à de nombreux recours partout où le benchmarking est à l’œuvre. Isabelle Bruno et Emmanuel Didier Auteurs de Benchmarking. L’Etat sous pression statistique, La Découverte, coll. « Zones », Paris, 2013.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 18:41

TOUS EN GREVE LE 31 JANVIER !

Après les élections de mai 2012 et l’annonce de discussions sur de grands dossiers, dont le dialogue social, le changement ne se traduit pas dans le quotidien des personnels de la Fonction publique : pas de remise en cause du jour de carence, retard énorme dans la mise en application de la loi Sauvadet pour les Agents Non Titulaires , aucune avancée salariale…

La RGPP de Sarkozy a été remplacée par la MAP de J-M.Ayrault, le sigle change, la politique reste la même : réduction du nombre de fonctionnaires et des moyens pour remplir les missions, la remise en cause des services publics se poursuit...

Pour les salariés du privé, alors que les annonces de licenciements se poursuivent, le Medef vient d’obtenir de trois organisations syndicales minoritaires un accord dans la droite ligne des plans « compétitivité emploi » voulus par Sarkozy. La logique de cet accord a été encouragée par les positions du gouvernement sur les impératifs de la flexibilité du travail, cheval de bataille du Medef.

D’un côté il y a des cadeaux au patronat et l’acceptation des diktats sur la réduction des déficits publics, de l’autre l’austérité pour les salariés et les fonctionnaires. C’est pourquoi nos deux organisations ont décidé d’appeler les personnels de la PJJ à participer à la journée d’action intersyndicale du 31 janvier, qui sera un premier moment de mobilisation pour peser à la Fonction publique sur les négociations qui s’ouvrent.

Emploi :

A la PJJ, après des années de fermetures de postes, il y a eu un coup d’arrêt qui a permis de préserver des emplois de contractuels en septembre 2012. Mais, comme vous le constatez, les dates des concours reculent dans le temps et nous n’avons pas d’indication sur le nombre de postes qui seront proposés au final... Nous n’avons pas plus d’indications sur le nombre d’emplois offerts aux concours de recrutement classiques et nous ne savons donc pas quelle sera la réalité des créations d’emplois annoncées...

Nous demandons que les conditions des concours permettent à tous les contractuels qui remplissent les conditions de la loi Sauvadet d’obtenir un poste.

Nous demandons que le nombre de postes ouverts au concours classiques atteigne à minima l’annonce des 205 emplois, qu’ils compensent les départs en retraites, et permettent le développement du service public.

Salaires et statuts :

Concernant les salaires, la ministre de la Fonction publique annonce sa volonté de revoir les grilles indiciaires. Nous disons qu’il est inadmissible qu’un personnel de catégorie C perçoive un salaire inférieur au SMIC et voit son salaire augmenter de 20 euros en 17 ans ! Nous demandons, que les personnels CII de la filière médico-sociale, éducateurs, assistants de Service Social et les Infirmiers, soient reclassés en catégorie A type, ce qu’ils attendent depuis 1991 ! On nous répète qu’il n’y a pas de marges de manœuvre mais de l’argent, il y en a pour faire plaisir à la finance, et il n’y en aurait pas pour les salariés ? Pendant ce temps nous voyons nos salaires stagner et nos factures (eau, gaz, électricité, essence, loyers) et nos impôts augmenter ! Les augmentations de salaires, nous devrons donc aller les chercher !

Conditions de travail :

Il n’y a eu aucun moyen supplémentaire pour le fonctionnement quotidien de notre administration. La DPJJ reste lourdement grevée par les ardoises laissées par les budgets précédents, le fonctionnement 2013 sera plus difficile que celui de 2012. Ce budget 2013 qui n’offrait aucune marge se voit d’ores et déjà remis en cause puisque la dernière circulaire budgétaire du 15 Janvier, signée du premier ministre annonce d’ores et déjà le gel de la réserve : C’est à dire que le budget voté est amputé d’au moins 5% ! Et comme il va falloir payer les guerres au Mali (600 000 euros par jour) et en Afghanistan (1,2 millions par jour) nous pouvons craindre de nouvelles coupes sombres Pire, François Hollande vient de réaffirmer qu’il n’avait pas renoncé à doubler le nombre de CEF mais cependant que les moyens de l’hébergement collectif et diversifié seraient confortés... Créer 40 CEF tout en maintenant nos moyens actuels, voire en confortant les familles d’accueil, nous n’y croyons pas !

Nous réaffirmons qu’il n’y a pas besoin de doubler le nombre de CEF, mais qu’il y a besoin de renforcer les moyens en milieu ouvert, en insertion et conserver des solutions diversifiées d’hébergement...

Pour toutes ces raisons, la CGT-PJJ et le SNPES-PJJ-FSU appellent les personnels à être massivement en grève le 31 janvier. Nous appelons à la réunion d’Assemblées Générales des personnels au niveau territorial pour permettre l’échange d’information sur la situation réelle des services et à discuter des suites à donner à la mobilisation.. Nous appelons les personnels à participer aux manifestations du 31 janvier, en privilégiant la présence commune dans les cortèges de la filière sociale là où ils existeront Cette journée vise à peser sur les négociations. Nous savons qu’elle ne sera pas suffisante, ce doit être une première étape de la construction d’un véritable plan de mobilisation pour créer les conditions d’un rapport de force qui montre notre détermination et permette d’obtenir satisfaction !

Ensemble,

défendre le service public, nos missions,

gagner sur les salaires, l’emploi, les conditions de travail,

c’est possible !

Tous dans l’action, en grève et dans les manifestations

le 31 janvier.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 18:44

 

Série d’hiver. Ces corps qui parlent

20 janvier 2013
Par

 

Quelque chose se passe avec le corps des femmes en ce début de 21e siècle, au niveau mondial, quelque chose qui passe à la fois par la nudité et la circulation numérique. Les femmes ont fait de leur corps un média, qui constitue une arme dans leur combat pour l’émancipation, l’égalité, la parité et, plus que tout, le respect et l’intégrité. Elles écrivent littéralement sur leur corps, qui devient ensuite un véritable flyer de chair diffusé dans les grands médias, mais surtout sur l’internet, de manière virale. Ces écrits, éphémères, acquièrent de leur inscription numérique une permanence militante.

Le corps écrit des femmes est à la fois le lieu et l’outil d’une contestation hyper-visibilisée par la circulation sur le web. Cette contestation vise, au premier chef, les normes, et en grande partie les normes de genre qui les assignent à l’infériorité, la disponibilité et l’invisibilité. Cette contestation, dit Judith Butler dans Défaire le genre, est celle de la vie sur les normes : “Il existe […] un ensemble de réponses inédites que le sujet délivre à propos des normes, en assurant le cours, les déplaçant également, au point qu’il est possible de parler d’un pouvoir de la vie sur les normes, dont la figure de la contestation peut sembler, à première vue en tout cas, emblématique” (Butler 2006 [2004] : 11).

Ces écrits corporels d’un nouveau genre sont en effet des réponses inédites. Non que les inscriptions ou peintures corporelles n’aient jamais existé, mais leur circulation sur les fils de la toile en fait un phénomène technodiscursif ; c’est cela qui est inédit. Ces écrits expriment aussi le “pouvoir de la vie” sur “les normes et les conventions qui restreignent ou minent les conditions de la vie elle-même. La critique des normes de genre doit se situer dans le contexte des vies telles qu’elles sont vécues et doit être guidée par la question de savoir ce qui permet de maximiser les chances d’une vie vivable et de minimiser la possibilité d’une vie insupportable ou même d’une mort sociale ou littérale”(Butler 200§ [2004] : 21). La question de la vie, dans sa dimension à la fois simple et radicale, est ici essentielle, on le verra dans chacun des exemples que je présenterai dans cette série ; l’écriture ou la vie, en quelque sorte.

L’hiver dernier, j’avais consacré ma série de saison, Scriptocorpus, aux tatouages, écritures corporelles permanentes, qui elles aussi ont souvent cette dimension vitale, jouant la vie et la création contre le silence et la stérilité des normes négatives. Les corpographèses (Paveau 2009) dont je vais parler cet hiver sont toutes éphémères, parfois mélangées ou surimprimées sur des tatouages permanents d’ailleurs, formulées pour un temps précis, celui de la lutte et de la contestation. Les formes de cette nouvelle inscription corporelle numérique éphémère sont variées, et je propose d’en étudier quatre :

– La dedipix, feuille de papier ou pancarte tenue devant une caméra ou un appareil photo, et qui parle à la place du corps filmé ou photographié. J’ai parlé de la dedipix adolescente dans Scriptocorpus, mais je prendrai ici le cas de la dedipix des femmes violées, qui manifestent ainsi à la fois leur désir ou besoin de parler et leur volonté de protéger les autres femmes. Je me pencherai entre autres sur le tumblr Project Unbreakable consacré, de manière tout à fait spécifique et singulière, à la parole rapportée des violeurs.

– Les inscriptions éphémères féministes des groupes Femen amplement relayées sur Facebook, Twitter et sur les sites féministes, et qui présente l’intérêt de son internationalisation, et donc d’une forme d’interculturalisation.

– Les slogans corporels dans les slutwalks dans différentes régions du monde, avec un éclairage particulier sur les marches des vadias brésiliennes, qui me semblent produire un dispositif spécifique.

– Les inscriptions éphémères de soutien des femmes américaines du mouvement “Battling Bare”, mouvement très récent (2012) qui se développe actuellement et qui a commencé par une page Facebook : les femmes y posent de dos, leur dos inscrit d’un message d’amour pour leur mari combattant, et/ou de lutte contre le PTSD (merci à @A_C_Husson qui la première m’a signalé cet extraordinaire corpus).

Si ces formes techno- ou corpodiscursives sont inédites, elles s’inscrivent dans des dispositifs discursifs où elles tiennent la place de réponse, ou de resignification, au nom de cette puissance d’agir qui permet un discours habilitant : l’insulte sexiste, le harcèlement sexuel, au travail ou dans la rue, le slut shaming, la rape culture, le mansplaining, ou simplement la silenciation des subalternes, autant de formes discursives qui sont, de près ou de loin, les raisons de ces écritures corporelles combattantes.

Je regarderai ces corps parlants avec les outils de la théorie du discours ouverte sur la cognition distribuée (Paveau 2012), et ceux de l’analyse du discours numérique centrée sur la notion de technologie discursive. Je me situe dans le cadre épistémologique de ce que j’appelle la linguistique symétrique, qui souhaite discuter les conceptions logocentrées de la linguistique dans ses courants mainstream. Une linguistique symétrique accorde une place équivalente (« symétrique ») au langagier et au non-langagier dans l’analyse linguistique, et repose sur une conception de la langue et du discours composite : les objets de la linguistique et de la théorie du discours ne sont plus la langue en elle-même ou le discours comme dispositif d’énoncés contextualisés, mais des objets structurellement composites articulant constitutivement du langagier et autre chose (du social, du culturel, de l’historique, du matériel, de l’émotionnelle, etc.), dans le cas présent du langagier et du technologique. Dans cette perspective, je ferai quelques propositions d’analyse de ces corpus technodiscursifs féministes et féminins dans le cadre théorique et méthodologique d’une analyse du discours numérique.

Si j’ai choisi de faire entendre le titre français de l’ouvrage de Judith Butler, Ces corps qui comptent, dans celui de cette série d’hiver, c’est pour signaler que ses travaux, et plus largement ceux des études de genre, constituent pour moi un fonds épistémique. Mon travail reste inscrit dans une théorie du discours dont les objets sont des formes langagières et discursives, mais il se nourrit et se (trans)disciplinarise d’autres regards sur cet objet-sujet que constitue le corps des femmes.

Références

Butler  J., 2006 [2004], Défaire le genre [Undoing Gender], traduction de Maxime Cervulle, Paris, Amsterdam, 2006.
Butler  J., 2009 [1993], Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives du « sexe » [Bodies That Matter: On the Discursive Limits of 'Sex'], Paris, Editions Amsterdam, 2009.
Paveau M.-A.
– 2009 : « Une énonciation sans communication : les tatouages scripturaux », Itinéraires ltc, Cenel-L’Harmattan, mars 2009, p. 81-105 (lire sur HAL).
– 2011, Scriptocorpus, série de 7 billets sur La pensée du discours [carnet de recherche], http://penseedudiscours.hypotheses.org/category/series-de-saison/hiver-2011-scriptocorpus, consulté le 18 .01.2013
– 2012 : “Ce que disent les objets. Sens, affordance, cognition“, dans Synergies pays de la Baltique 9, revue du GERFLINT (en ligne).

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 17:30

 

 
Une boisson anti-gueule de bois ? C’est ce que propose la société belge Lifestyle Drinks SA, sous le nom d’Outox. Le produit sera mis en vente en France le 18 juin et présenté en conférence de presse ce même jour.

Outox prétend pouvoir accélérer "de façon importante la chute du taux d’alcool dans le sang". Maurice Penaruiz, PDG d’Outox, affirme que la boisson à base de fructose, d’acide ascorbique et d’arômes "accélère la diminution d’alcool dans le sang". Il précise cependant que son effet est "variable selon les sujets".

 

La nouvelle boisson pour fêtards responsables sera vendue sur internet, sous forme de canettes de 25 centilitres, au prix unitaire de 3,99 euros, avant de se retrouver peut-être en grande surface, dans les bars et les restaurants. Le produit "miraculeux" pourrait même être vendu dans des distributeurs automatiques au sortie des universités et des boîtes de nuit. Le PDG d’Outox Maurice Penaruiz a déjà indiqué vouloir écouler 250.000 de ces bouteilles, qui seront de couleurs noire et orange.

 

Les acteurs français de la lutte contre l’alcoolisme et les associations de sécurité routière ont d’ores et déjà fait savoir leur indignation face à ce qu’il considère être une escroquerie. Ainsi, selon la Sécurité routière, qui lançait la semaine dernière sa nouvelle vidéo "choc" pour prévenir des dangers de l’alcool au volant, il n’y a pas de remède pour faire baisser le taux d’alcool dans le sang. En outre, elle rappelle que l’alcool est la première cause de mortalité sur les routes.

 

Les associations de lutte contre l’alcoolisme affichent le même scepticisme quant aux qualités supposées d’Outox, à l’image de Patrick Fouilland, président de la fédération des acteurs de l’alcoologie et de l’addictologie, qui déclare au Nouvel Observateur : "Cette boisson est surtout efficace pour le porte-monnaie de ceux qui la produisent. Cela ne peut être qu’une escroquerie". Selon lui, le produit est "trompeur, malhonnête et dangereux. Cette boisson va surtout désamorcer le sentiment de culpabilité chez les conducteurs".

 

Outox, on ne se laisse pas déstabiliser. "Des tests médicaux ont été réalisés et ils sont très probants", répond la porte-parole de la firme. On en saura plus vendredi, jour de la conférence de presse lors de laquelle les fameux tests seront dévoilés .

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 17:30

L’observation de l’intelligence humaine et de son usage chez les parleurs au pouvoir ou en situation de tromperie est passionnante. Elle ne saurait fonctionner sans l’assentiment de la cible qui lui offre ses fondations. D’où l’importance de relais voués à servir le jus de pensée préparé par des fabricants labellisés pourvus des outils appropriés.
Ce sujet du registre psychologique aux incidences on ne peut plus réelles est fascinant. Et, seul problème mais de taille, inquiétant !

L’arrêt de l’examen -ou le déni- aux portes d’une découverte angoissante est éminemment humain. Il offre un bras de levier très puissant aux imposteurs qui, parallèlement aux avancées démocratiques, font feu de ce bois pour abuser (les masses) de leur pouvoir.
C’est une mine d’étude aussi vaste qu’effrayante. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, j’imagine que la désespérance de Chomsky au soir de sa vie, comme celle qu’exprimait Freud à la fin de la sienne assombrie par le nazisme, est de même origine. Chomsky va encore énerver certains de ses compatriotes en pointant du doigt le couteau dans la plaie.

21 avril 2010 / Noam Chomsky sur l’état d’esprit qui règne aux États-Unis : « je n’ai jamais rien vu de tel » par Noam CHOMSKY, Chris HEDGES
http://www.legrandsoir.info/Noam-Ch...

extrait :
« Ça ne m’intéresse pas d’écrire sur Fox News, » a dit Chomsky. « C’est trop facile. Ce qui m’intéresse ce sont les intellectuels libéraux, ceux qui se présentent et se prennent pour des critiques du pouvoir, courageux, qui se battent pour la vérité et la justice. Au fond, ils ne sont que les gardiens du temple. Ce sont eux qui définissent les limites à ne pas dépasser. Ce sont eux qui disent jusqu’où il est permis de s’aventurer. Ils disent « Regardez comme je suis courageux. » Mais ne vous aventurez pas un millimètre de plus. C’est vrai pour les secteurs éduqués de la population car ce sont eux les plus dangereux à cause de leur soutien au pouvoir. »

Mercredi soir (21/04), Arte, mieux inspirée depuis son saûmatre et stupide flingage du net par des patentés du périmètre de sécurité de la pensée (9/02), a diffusé un excellent documentaire sur Daniel Ellsberg et les papiers topsecrets du Pentagone relatifs à la guerre du Vietnam (lancement et SAV auprès des étatsuniens). Le genre de restitution qui fait dire que la réalité dépasse (toujours) la fiction.
Entendre la voix de Nixon dire à Kissinger qu’il veut utiliser l’arme atomique et qu’il se fiche des victimes civiles vaut son pesant d’immersion dans la réalité du pouvoir criminel : le coup d’arrêt à ces manœuvres cyniques n’est dû qu’au courage de ceux, dont Ellsberg a été tête de proue, qui se sont obstinés à les mettre à jour dans les consciences. Il s’en est fallu de peu : Nixon a été réélu avant de finir par tomber, mais absout par son successeur et donc sans condamnation criminelle ! Histoire de nous dire que penser de ces criminels dont il partage la table et prépare les plats, Kissinger a obtenu en 1973 le Nobel de la Paix (http://www.bibliomonde.com/livre/cr...). Ca vous en rappelle d’autres ?

8 novembre 2006 / La prochaine guerre n’attend que son prétexte, par Pierre Dubuc.
http://www.legrandsoir.info/article...

extrait :
Le tout premier Papier du Pentagone, publié dans le New York Times du 13 juin 1971, révélait que l’incident du Golfe du Tonkin était une tromperie, les États-Unis ayant accusé faussement le Nord-Viêt Nam d’avoir attaqué deux destroyers américains.
Daniel Ellsberg trace un parallèle entre cette situation et celle relatée par Richard Clarke dans Against All Enemies. Dans ce livre, Richard Clarke, chef du contre-terrorisme dans l’administration de George W. Bush et conseiller de trois présidents antérieurement, raconte que, dès le 12 septembre 2001, soit le lendemain des attentats terroristes, il découvrait avec stupeur Bush, Rumsfeld et d’autres conseillers du président en train de discuter d’une attaque contre l’Irak.
Clark raconte qu’il rappela alors à Bush et Rumsfeld que l’Irak n’était pour rien dans les attentats du 11 septembre et que le pays de Saddam Hussein n’avait pas de relations avec les auteurs de l’attentat, soit Al-qaïda. L’après-midi de ce même 12 septembre, il déclare au secrétaire d’État Colin Powell : « Bombarder l’Irak - comme Rumsfeld nous y incite prestement - après avoir été attaqué par Al-qaïda, c’est comme si nous avions envahi le Mexique après l’attaque japonaise contre Pearl Harbour. »
.../...
Lors de la Guerre du Golfe de 1990 et l’invasion récente de l’Irak, les dirigeants américains et les médias ont diabolisé Saddam Hussein en le qualifiant de nouvel Hitler et présenté l’Irak comme une menace militaire digne du IIIe Reich. Les faits ont démontré que cela n’était que foutaise. Il en va de même aujourd’hui. Dans sa confrontation militaire avec l’Irak (1980-1988), l’Iran a été incapable de vaincre de façon décisive les armées de Saddam Hussein qui l’avait attaqué avec la bénédiction américaine. Comment croire aujourd’hui que l’Iran représenterait une telle menace dans la région ?« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », écrivait le grand stratège militaire Clausewitz et la politique qui nous mène aujourd’hui vers la guerre, sous le fallacieux prétexte de lutte contre le terrorisme, est la politique de domination du Moyen-Orient et de l’Asie centrale par les États-Unis et ses alliés pour contrôler les champs pétrolifères et les oléoducs.

 
Pour revenir à N. Chomsky, à cette puissance intellectuelle dont la pertinence des analyses n’a d’égal que l’engagement personnel qui en découle, sa réserve concernant la tragédie du 11 septembre 2001 intrigue. Il avait aussitôt pointé la haine que suscite en retour l’impérialisme belliqueux des USA, mais était resté à l’écart des questionnements laissés en suspens par la tardive "Commission des Omissions" pour finalement soutenir en 2008 les veuves de victimes demandant la déclassification des documents officiels (censurés ou pas) relatifs à ces événements. Il ne pouvait pas faire moins. Mais personne n’est tenu d’attendre quiconque pour s’interroger et questionner les faits. Question de conscience ou d’inconfort à vivre avec trop de couleuvres. Car c’est bien l’interdiction d’enquête et de débats qui est suspecte. On sait ce à quoi renvoie la notion de refoulement. Trivialement, à l’odeur de merde. Tout aussi humainement, à l’odeur de cadavre dans le placard, à l’inavouable sur lequel on veut tenir la porte fermée. Alors pourquoi ne pas l’ouvrir, aérer et montrer qu’il n’y a(urait) rien dedans, une fois pour toutes ?

29 SEPTEMBRE 2009, une info anodine / La Commission sur le 9/11 confirme : la version officielle est un mensonge
http://les7duquebec.wordpress.com/2...

extrait :
Les responsables de la Commission gouvernementale sur le 9/11 ont confirmés ce que nous savions tout ce temps-là ; c’est-à-dire que le gouvernement américain a menti à propos des évènements entourant les attaques du 11 septembre 2001. .../... La Commission sur le 9/11 nous dit maintenant que cette version officielle du 9/11 était basé sur de faux témoignages et documents ; donc qu’elle est presque entièrement fausse. .../... Avec l’unique rapport « officiel » sur le 9/11 maintenant reconnu comme étant complètement faux, que faire maintenant ? Qui sont touchés par ces mensonges ? Les familles des victimes du 9/11 se sont battues pendant des années pour arriver à connaître la vérité. Et pendant des années, le gouvernement et les médias ont dissimulé la vérité derrière des mensonges et le secret pour les en dénier.
.../...
La Commission sur le 9/11 dit que le gouvernement américain nous a tous menti au sujet du 9/11. A quel autre sujet nous ont-ils menti ? Probablement à propos de tout ! Il serait sûrement plus aisé de compter les fois que le gouvernement nous raconte la vérité que d’essayer de compter tous les mensonges.
La Commission avait décidé de ne pas entendre le groupe de travailleurs qui a connu le plus de perte de vie lors du 11 septembre 2001 : les pompiers. Nombreux sont les témoignages de pompiers et de témoins rapportant des explosions multiples partout dans ces trois bâtiments du complexe World Trade Center qui furent complètement réduit en poussière et vaporisés. Il maintenant indéniable que des résidus d’explosifs à haute température, de la thermite, a été trouvé partout dans les décombres des WTC.

Pour quelles raisons cette information n’a-t-elle pas été relayée, analysée, commentée ? Est-elle erronée ? Ne mérite-t-elle pas attention ?
Ne doit-on pas cette véritable enquête aux familles des victimes comme aux victimes elles-mêmes ? Jusqu’où peut-on aller dans la tolérance de l’horreur avant de questionner faits et responsabilités ?
L’affaire semble trop ancienne pour nos contemporains, mais pas assez pour une nouvelle génération interrogeant l’histoire.
Dans notre beau pays, passées les remontées de bretelles aux saltimbanques s’imaginant libres de pensée et de parole, même mesurée, hormis des intervenants sur le net, si ce n’est pas très glorieux pour les citoyens, c’est franchement poisseux et hautement préjudiciable pour celles et ceux qui jouent au quotidien dans le grand orchestre médiatico-politique sans y consacrer une note.
 
Respect total pour les géomètres tout court.
source: Agora-vox
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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 17:30

Il ne se passe pas de jour sans qu'en guadeloupe on ne parle   de mort violente.Voyons ce qu'en dit  Laurent Mucchiélli, le sociologue:

 

 

http://www.scienceshumaines.com/notre-societe-est-elle-plus-violente-_fr_25031.html

 

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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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