blog d'un citoyen observateur du pire et des meilleurs en politique
Le psychiatre et psychanalyste Georges Zimra, qui partage son activité entre une unité d'accueil parents-enfants et son cabinet privé, publie une démolition argumentée de nos sociétés libérales offertes aux lois du capitalisme : Les Marchés de la folie (Éd. Berg International). L'humain, en vue de se montrer performant, doit être rentabilisé, donc se soumettre aux injonctions et aux normes, pour « faire de son désir un besoin et de sa liberté une habitude »…
Il y avait eu l'essai fondateur d'Alain Ehrenberg sur la domination de la pensée libérale et ses ravages : La Fatigue d'être soi. Dépression et société (Odile Jacob, 1998). Voilà dix ans, le journaliste allemand Jörg Blech, dans Les Inventeurs de maladies (Actes-Sud, 2003), avait montré comment une agence de relations publiques au service d'un fabricant de psychotropes propagea le “syndrome de Sissi” (trouble consistant à masquer un effondrement sous une jovialité de façade…). De son côté, Philippe Pignarre, observateur des fabricants de médicaments, a dénoncé les régulateurs d'émotions, les adaptateurs de comportements, les optimisateurs d'humeur : Le Grand Secret de l'industrie pharmaceutique (La Découverte, 2003).
Georges Zimra enfonce le clou avec conviction. Il souligne la responsabilité des laboratoires qui impriment désormais la cadence psychique dans le monde développé. Il rappelle en particulier comment, vis-à-vis des enfants, le commerce de la santé promeut des troubles ensuite alignés sur des produits (notamment la Ritaline). Et l'auteur d'asséner : « La psychiatrie est probablement, de manière caricaturale, la seule discipline médicale où les molécules thérapeutiques sont d'abord trouvées avant de trouver les maladies auxquelles elles sont destinées. »
Extrait d'un entretien realisé par Antoine Peraud paru sur Mediapart
Georges Zimra : Les Marchés de la folie (Berg International, 144 p., 16 €)