La DGSE a le « droit » d’espionner ton Wi-Fi, ton GSM et ton GPS aussi
181 28 488
/http%3A%2F%2Fcache-02.cleanprint.net%2Fmedia%2Fpfviewer%2Fimages%2FCleanPrintBtn_text.png)
/http%3A%2F%2Fcache-02.cleanprint.net%2Fmedia%2Fpfviewer%2Fimages%2FPdfBtn_text.png)
La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, les services spéciaux français) ne serait pas, en l'état, en mesure de
collecter "systématiquement les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France".
Une chose est de stocker "tous les mots de passe" qu'elle a pu intercepter sur les "réseaux grand public", comme je l'avais écrit en 2010 (voir Frenchelon: la DGSE est en « 1ère division
»), une autre est de pouvoir espionner "la totalité de nos communications", en France, comme l'écrivait Le Monde, la semaine passée, avec ses "Révélations sur le Big Brother
français".
A contrario, et comme l'écrivait Le Monde mi-juin, la DGSE est bien "au cœur d'un programme de surveillance d'Internet" lui permettant de surveiller "le flux du trafic Internet
entre la France et l'étranger en dehors de tout cadre légal"...
Le monde a bien changé depuis les plombiers de la DST
S'il est certes techniquement possible d'espionner tout type de réseau de communication, le maillage décentralisé du réseau Internet, en France, fait qu'il est par contre improbable que la DGSE ait pu concrètement, financièrement
et structurellement, placer l'intégralité de nos télécommunications sous surveillance afin de collecter et stocker nos méta-données (qui communique avec qui, quand, pendant combien de temps,
d'où).
Contrairement à des pays comme la Libye, où l'Internet était centralisé -ce qui a permis à l'entreprise française Amesys d'y installer un système de surveillance généralisée des
télécommunications (voir Barbouzeries au Pays de
« Candy »)-, l’historique du développement des télécommunications en France a débouché sur une infrastructure décentralisée.
Si la DGSE voulait placer tout l'Internet sous surveillance, elle ne pourrait pas se contenter de demander à Orange, Bouygues Télécom, SFR ou Free de dupliquer le trafic Internet. D'une part
parce qu'il existe de nombreux autres FAIs, particulièrement étrangers (les opérateurs européens, américains, voir indiens sont présents en France),
d'autre part parce que ça ne suffirait pas : l'Internet n'est pas une série de tuyaux contrôlés par quelques gros "telcos", c'est un peu plus compliqué.
Espionner les FAI ? Une fausse bonne idée
Comme l'avait très bien rappelé Benjamin Bayart dans sa conférence "Internet libre
ou minitel 2.0", "sur Internet on a mis l'intelligence en périphérie du réseau" :
« Dans Minitel on a mis l'intelligence au centre, c'est le contenu, c'est les bases de données avec des terminaux débiles autour. Internet c'est le contraire, on a mis des routeurs idiots
au centre et on a mis en périphérie des ordinateurs qui réfléchissent. »
Illustrations : quand un abonné Orange regarde DailyMotion (filiale d’Orange), le trafic peut ne pas sortir du réseau de France Télécom, ou même sortir du réseau d’Orange et y re-rentrer de
nouveau au gré des règles de routage. Plus généralement, en matière d'interconnexion entre opérateurs (Peering), certains
prestataires français préfèrent passer par des points d'échange situés à l'étranger, afin de payer moins cher... ce qui fait qu'un fichier envoyé par abonné Free à un internaute Orange
passera peut-être par Londres ou Francfort, ou encore la Belgique s'ils utilisent Google, sans que jamais ni Free, ni Orange, ni personne à Londres, Francfort ou Bruxelles ne sache exactement
ce qu'ils ont échangé.
Le problème se complique avec les services types web 2.0 : quand un internaute se connecte à l'un des services proposés par Google, son FAI ne sait pas lequel, ni ce qu'il cherche à y faire
(consulter son gmail, faire une recherche, travailler sur un document stocké dans le "cloud" de Google, etc.), car le trafic est chiffré (ssl), et que la réponse à la requête de
l'abonné sera routée par les serveurs de Google, et non par le FAI.
Rajoutez-y le fait que nombreux sont les internautes qui passent par Google pour consulter tel ou tel site, plutôt que de rentrer son URL dans son navigateur, et vous commencez à prendre la
mesure de la complexité du routage de l'Internet, et du fait qu'on ne peut pas installer de "Big Brother" au coeur des FAI.
L'an passé, le sénateur Jean-Marie Bockel voulait interdire la vente de routeurs de coeur
de réseau chinois en Europe, au motif qu'ils pourraient permettre à la Chine de nous espionner. Comme le rappelait alors L'Express, ces routeurs, utilisés par les opérateurs de
télécommunications pour gérer les flux de communications, peuvent en effet "intercepter, analyser, exfiltrer, modifier, voire détruire toutes les informations" qu'ils voient
transiter.
Une hypothèse récemment battue en brèche par Stéphane Bortzmeyer, dans un article intitulé Un routeur de cœur de réseau peut-il espionner le trafic ?.
Techniquement, c'est possible, et il existe effectivement des routeurs espions. Mais ils ne peuvent pas pour autant analyser tout le trafic en temps réel; et s'ils faisaient remonter le
trafic aux autorités, ça se verrait, les opérateurs s'en apercevraient, des ingénieurs auraient protesté ou démissionné, et l'information aurait fuité bien avant les "révélations" du
Monde.
- See more at: http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2013/07/11/la-dgse-a-le-droit-despionner-ton-wi-fi-ton-gsm-et-ton-gps-aussi/#sthash.aHWTR8aE.dpuf
La DGSE a le « droit » d’espionner ton Wi-Fi, ton GSM et ton GPS aussi
181 28 488
/http%3A%2F%2Fcache-02.cleanprint.net%2Fmedia%2Fpfviewer%2Fimages%2FCleanPrintBtn_text.png)
/http%3A%2F%2Fcache-02.cleanprint.net%2Fmedia%2Fpfviewer%2Fimages%2FPdfBtn_text.png)
La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, les services spéciaux français) ne serait pas, en l'état, en mesure
de collecter "systématiquement les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France".
Une chose est de stocker "tous les mots de passe" qu'elle a pu intercepter sur les "réseaux grand public", comme je l'avais écrit en 2010 (voir Frenchelon: la DGSE est en « 1ère division
»), une autre est de pouvoir espionner "la totalité de nos communications", en France, comme l'écrivait Le Monde, la semaine passée, avec ses "Révélations sur le Big Brother
français".
A contrario, et comme l'écrivait Le Monde mi-juin, la DGSE est bien "au cœur d'un programme de surveillance d'Internet" lui permettant de surveiller "le flux du trafic Internet
entre la France et l'étranger en dehors de tout cadre légal"...
Le monde a bien changé depuis les plombiers de la DST
S'il est certes techniquement possible d'espionner tout type de réseau de communication, le maillage décentralisé du réseau Internet, en France, fait qu'il est par contre improbable que la DGSE ait pu concrètement,
financièrement et structurellement, placer l'intégralité de nos télécommunications sous surveillance afin de collecter et stocker nos méta-données (qui communique avec qui, quand, pendant
combien de temps, d'où).
Contrairement à des pays comme la Libye, où l'Internet était centralisé -ce qui a permis à l'entreprise française Amesys d'y installer un système de surveillance généralisée des
télécommunications (voir Barbouzeries au Pays
de « Candy »)-, l’historique du développement des télécommunications en France a débouché sur une infrastructure décentralisée.
Si la DGSE voulait placer tout l'Internet sous surveillance, elle ne pourrait pas se contenter de demander à Orange, Bouygues Télécom, SFR ou Free de dupliquer le trafic Internet. D'une
part parce qu'il existe de nombreux autres FAIs, particulièrement étrangers (les opérateurs européens, américains, voir indiens sont présents en
France), d'autre part parce que ça ne suffirait pas : l'Internet n'est pas une série de tuyaux contrôlés par quelques gros "telcos", c'est un peu plus compliqué.
Espionner les FAI ? Une fausse bonne idée
Comme l'avait très bien rappelé Benjamin Bayart dans sa conférence "Internet libre
ou minitel 2.0", "sur Internet on a mis l'intelligence en périphérie du réseau" :
« Dans Minitel on a mis l'intelligence au centre, c'est le contenu, c'est les bases de données avec des terminaux débiles autour. Internet c'est le contraire, on a mis des routeurs idiots
au centre et on a mis en périphérie des ordinateurs qui réfléchissent. »
Illustrations : quand un abonné Orange regarde DailyMotion (filiale d’Orange), le trafic peut ne pas sortir du réseau de France Télécom, ou même sortir du réseau d’Orange et y re-rentrer de
nouveau au gré des règles de routage. Plus généralement, en matière d'interconnexion entre opérateurs (Peering), certains
prestataires français préfèrent passer par des points d'échange situés à l'étranger, afin de payer moins cher... ce qui fait qu'un fichier envoyé par abonné Free à un internaute Orange
passera peut-être par Londres ou Francfort, ou encore la Belgique s'ils utilisent Google, sans que jamais ni Free, ni Orange, ni personne à Londres, Francfort ou Bruxelles ne sache
exactement ce qu'ils ont échangé.
Le problème se complique avec les services types web 2.0 : quand un internaute se connecte à l'un des services proposés par Google, son FAI ne sait pas lequel, ni ce qu'il cherche à y faire
(consulter son gmail, faire une recherche, travailler sur un document stocké dans le "cloud" de Google, etc.), car le trafic est chiffré (ssl), et que la réponse à la requête de
l'abonné sera routée par les serveurs de Google, et non par le FAI.
Rajoutez-y le fait que nombreux sont les internautes qui passent par Google pour consulter tel ou tel site, plutôt que de rentrer son URL dans son navigateur, et vous commencez à prendre la
mesure de la complexité du routage de l'Internet, et du fait qu'on ne peut pas installer de "Big Brother" au coeur des FAI.
L'an passé, le sénateur Jean-Marie Bockel voulait interdire la vente de routeurs de
coeur de réseau chinois en Europe, au motif qu'ils pourraient permettre à la Chine de nous espionner. Comme le rappelait alors L'Express, ces routeurs, utilisés par les opérateurs
de télécommunications pour gérer les flux de communications, peuvent en effet "intercepter, analyser, exfiltrer, modifier, voire détruire toutes les informations" qu'ils voient
transiter.
Une hypothèse récemment battue en brèche par Stéphane Bortzmeyer, dans un article intitulé Un routeur de cœur de réseau peut-il espionner le trafic ?.
Techniquement, c'est possible, et il existe effectivement des routeurs espions. Mais ils ne peuvent pas pour autant analyser tout le trafic en temps réel; et s'ils faisaient remonter le
trafic aux autorités, ça se verrait, les opérateurs s'en apercevraient, des ingénieurs auraient protesté ou démissionné, et l'information aurait fuité bien avant les "révélations"
du Monde.
- See more at: http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2013/07/11/la-dgse-a-le-droit-despionner-ton-wi-fi-ton-gsm-et-ton-gps-aussi/#sthash.aHWTR8aE.dpuf