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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 13:11

Georges Kiejman ressemble à Clemenceau, avec 20 cm de plus : c'est un grand avocat. Toutefois, sa haute taille se courbe commodément : c'est un porte-queue, un caudataire, inféodé à souhait. Les célébrités ou les puissants auxquels s'attache Me Kiejman lui deviennent particuliers, personnels, intimes, au point que nous assistons, à chaque fois médusés, à une transfusion d'amour-propre. L'avocat explose d'indignation, par procuration, avec d'indéfectibles frissons viscéraux !

Il fait sienne la vileté de ses clients et de leurs basses-œuvres, en usant d'un langage relevé simulant la hauteur de vue. On croit entendre un moraliste, alors qu'il défend son bout de gras. Les effets de manche de Me Kiejman, ses trémolos, sa rhétorique galantisant l'éthique, feraient presqu'oublier que ce petit frère des riches illustre la sentence de Fénelon : « Les princes ont un pouvoir infini sur ceux qui les approchent ; et ceux qui les approchent ont une faiblesse infinie en les approchant. » Georges Kiejman est en effet un courtisan à l'âme mercenaire.

Tout avait bien commencé, voilà six décennies (Il est né, comme son chaland Chirac, en 1932), dans le sillage de Pierre Mendès France. On aurait aimé pouvoir respecter jusqu'au bout l'homme qui obtint, en 1976, l'acquittement de Pierre Goldman. Mais tout s'est mal terminé sous la tutelle de François Mitterrand. À l'automne 1990, Georges Kiejman est nommé ministre délégué auprès du garde des sceaux (Henri Nallet, émargeant aujourd'hui chez Servier). Il allait alors mettre son talent au service du pouvoir, de ses pompes et de ses abjections. Il allait crier au « cambriolage judiciaire » face aux magistrats osant mettre leur nez dans le financement du parti socialiste.

Surtout, pour satisfaire le président Mitterrand – qui l'avait déjà ravalé au rang de porteur (“caddie”) sur les terrains de golf –, le sous-ministre allait prétendre que la France n'avait pas besoin d'un procès Bousquet, du nom du responsable français de la rafle du Vel' d'Hiv' en 1942, auquel le maître de l'Élysée vouait une trouble complaisance.

La perversité mitterrandienne obtenait là son résultat le plus déconcertant : non seulement Georges Kiejman donnait l'impression de renier le mendésisme en servant les intérêts du monarque socialiste, mais encore l'avocat offrait l'image d'un homme infidèle à son père, mort à Auschwitz : il mettait hors de cause le factotum de l'occupant nazi, René Bousquet (1909-1993). Le “maître” devenait esclave : il s'anéantissait pour son patron du moment.

Une telle inconsistance sous des dehors très “grand genre”, éclatait, vingt ans plus tard, au détour des enregistrements du majordome de Liliane Bettencourt. Me Kiejman, alors conseil (ô combien rémunéré !) de la milliardaire opposée à sa fille, surfa sur les préventions un rien antisémites de sa cliente. Liliane Bettencourt est donc le rejeton admiratif d'un fasciste français, Eugène Schueller. Sa propre fille Françoise, en un geste singulier, a épousé un juif. Érudite, empathique, sensible, elle étudie la religion et la culture hébraïques, détestées par son milieu d'origine. Or l'avocat semble bien avoir chaussé les œillères, voire joué sur les antiques aversions, de celle qui le payait.

Cette façon de se fondre dans une cause jusqu'à se dissoudre, tout en donnant l'impression contraire de par un verbe flamboyant, nous la retrouvons aujourd'hui. Incapable de lâcher un dossier dont il fut éjecté – contrairement aux usages du barreau — Me Kiejman vole au secours de son ancien client Nicolas Sarkozy (il s'était occupé d'un volet de son divorce d'avec Cécilia). L'avocat hurle à tout va qu'il ne put y avoir abus de faiblesse (sinon il serait peut-être bientôt lui-même en mauvaise posture pour avoir touché des sommes astronomiques d'une vieille dame n'ayant plus sa tête). Ce faisant, il défend, comme d'habitude, hélas !, l'ordre établi ; avec un zèle de fayot de la République par trop habitué à flatter le bon côté du manche.

Le 25 mars au matin, sur France Inter, sa logomachie s'est ainsi exercée : « Cette mise en examen restera comme un mauvais coup porté à la justice et peu m'importe que son auteur ait voulu ou non rejoindre au Panthéon quelques gloires judiciaires que leur narcissisme a rendu illustres. Il y a trop d'invraisemblances et de doutes pour qu'en raison des textes de loi auxquels j'ai concouru et des faits que j'ai connus, je puisse me dérober, indépendamment de toute sympathie pour Nicolas Sarkozy. »

Traduction : les affaires portent tort à mes affaires ; il est hors de question que je laisse menacer les intérêts de mes clients, et partant les miens, sans tenter de faire accroire, grâce à ma faconde hâbleuse, qu'il s'agit d'un mauvais coup porté aux libertés publiques.

Ainsi le perfide favori rejoint-il à jamais la cohorte de « ces lâches courtisans qui se font une étude d'allumer le vice et d'éteindre la vertu » (Chateaubriand).

 

Article paru sur mediapart le 25/03/2013.

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 08:13
Tugdual Derville: «Si notre association a pris part à la Manif pour tous, c'est que les conditions d'émergence de la vie sont au cœur du débat.»
Tugdual Derville: «Si notre association a pris part à la Manif pour tous, c'est que les conditions d'émergence de la vie sont au cœur du débat.» Crédits photo : Stéphane Ouzounoff / CIRIC

PORTRAIT- Dimanche, «ce sera la preuve que notre force est devenue puissance durable», assure le porte-parole du collectif la Manif pour tous.

Surtout «ne pas s'arrêter aux apparences». Lui qui a été, un peu vite, étiqueté «raté» et «paresseux» à l'adolescence, en a fait sa philosophie: essayer «d'avoir un autre regard» sur son prochain, de «chercher ses talents». Et comme «le fait d'avoir souffert rend plus sensible à la souffrance des autres», les plus fragiles, Tugdual Derville leur a consacré toute sa vie. Aujourd'hui porte-parole du collectif la Manif pour tous, il appelle à la «ténacité paisible» sur le projet de loi Taubira: dimanche, «ce sera la preuve que notre force est devenue puissance durable»…

En tout cas, pour lui, ce sera peut-être un tremplin: Tugdual Derville s'apprête à lancer «un courant d'écologie humaine». «Ce qui s'exprime dans ce mouvement dépasse l'opposition à une loi, se justifie-t-il. Il s'agit d'une revendication plus profonde. Elle concerne le sort de l'être humain dans la société contemporaine.»

 

Une quinzaine d'écoles, deux premières, deux terminales, puis un bac obtenu de justesse à 19 ans et demi… le jeune Tugdual démarre mal dans la vie. Mais il se ressaisit. Ses difficultés, que l'on identifiera plus tard comme de la dyslexie, il les oublie et prépare Sciences Po à sa manière, «en chantant et en dessinant»… Enfin un succès! L'été de ses vingt ans a lieu la rencontre décisive: lors d'un camp de vacances pour enfants handicapés, il croise le regard de Cédric, un petit garçon qui ne s'exprime qu'en clignant des paupières. «Cette rencontre m'a rempli d'émerveillement devant son humanité, se souvient-il, encore ému. J'ai aussi expérimenté mes limites dans mes capacités à accueillir cette différence… En une semaine, j'ai senti que ma vie basculait.»

En 1986, à seulement 24 ans, il fonde À Bras ouverts, un mouvement qui accueille des jeunes handicapés. «Parfois un rejet viscéral montait en moi, confesse-t-il. Cela m'est très précieux aujourd'hui dans mon travail pour la dignité de la personne.» Il rejoint ensuite les Petits Frères des pauvres, puis, comme consultant, un cabinet de conseil aux institutions médicales et sociales.

Depuis 1994, il est délégué général d'Alliance Vita. Une association, fondée au moment des premières lois bioéthiques, dont l'objectif est de sensibiliser à la protection de la vie et au respect de la dignité humaine. «J'y ai développé deux services d'écoute, raconte ce père de six enfants. SOS bébé et SOS fin de vie.»

Aujourd'hui, fort de son «échec d'adolescent, l'une de ses valeurs les plus précieuses», le quinquagénaire sait que «des vies peuvent se jouer à très peu». «Si notre association a pris part à la Manif pour tous, explique-t-il, c'est que les conditions d'émergence de la vie sont au cœur du débat.» Derrière les banderoles roses et bleues, Tugdual Derville a fait «de magnifiques rencontres». «Je vois des similitudes entre ce mouvement et la naissance de l'écologie politique, il y a quelques décennies, s'enthousiasme-t-il. Au départ, ce fut la rencontre d'associations de défense de milieux naturels menacés et d'experts visionnaires autour d'une question altruiste nouvelle: quelle Terre allons-nous laisser en héritage aux générations futures? Nous assistons aujourd'hui à la naissance d'un élan historique et durable.»

«Une grande droiture»

Ce débat sur le «mariage pour tous» a aussi été l'occasion de se confronter à des «adversaires». «Le respect, ça ne se décrète pas, ça se travaille, souligne-t-il. J'ai, par exemple, eu de beaux échanges avec Nicolas Gougain, le porte-parole de l'Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans). J'ai du respect pour ce gars de 28 ans qui s'engage pour ses convictions. J'essaie de cultiver une non-violence intérieure, sans perdre la fermeté de mes arguments. C'est une “arme de construction massive” de la paix sociale.»

Ami de Tugdual Derville depuis Sciences Po, ce haut fonctionnaire de gauche tient à témoigner de sa «grande droiture»: «Il n'est pas du tout sectaire, assure ce partisan du mariage pour tous. Animé par une foi qui déplace les montagnes, il croit que rien n'est impossible.» Même admiration du côté de l'ancienne ministre de François Mitterrand, Georgina Dufoix: «On ne doit pas mettre les mêmes bulletins dans l'urne, mais je lui trouve des qualités au-dessus de la moyenne», dit-elle. Quant à Frigide Barjot, la médiatique figure de proue du mouvement, elle s'enflamme: «Avec Tugdual, c'est à la vie, à la mort! On est mariés jusqu'au retrait du projet de loi Taubira, et bien au-delà.» Plus sérieusement, poursuit-elle, «on est très complémentaires. Avec lui, j'ai appris plein de choses sur la vie, l'engendrement, la fin de vie.»

Celui dont tout le monde loue «la remarquable écoute» perçoit-il aujourd'hui les souffrances de ceux qui s'estiment discriminés? «Il y a un tropisme, dans ce projet de loi, sur certaines souffrances, qui sont bien sûr à entendre, répond Tugdual Derville. Mais derrière l'émotion, il ne faudrait pas occulter le risque de créer d'autres souffrances chez ceux qui ne peuvent pas se défendre, car ils ne sont pas encore nés… C'est un peu facile de dire que tout va pour le mieux dans le monde homoparental!»

Quant au gouvernement, «je crois qu'il n'a pas mesuré l'ampleur de ce qui se joue aujourd'hui», lance-t-il. «Il fonctionne comme dans Le Chêne et le Roseau, conclut ce passionné de La Fontaine. Il ne cille pas. Mais l'arrogance du chêne, on sait comment ça se termine…»

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 17:26

Affaire Sarkozy : un complot de la justice, bon dieu mais c’est bien sûr, puisque c’est l’UMP qui le dit !

Et voilà, après DSK et son odyssée dans le labyrinthe du terrible système judiciaire américain, un remake du film de série B politicienne vient de commencer avec la mise en examen de Nicolas Sarkozy par le juge Gentil pas très tendre et paraît-il très déterminé, bref, un gars de l’instruction bien trempé comme son confrère Mongolfier qui occasionna quelques ennuis aux maçons de la Côte d’Azur. Le film est lancé à grand coup de baz médiatiques. Le baze, comme disait le directeur de Libé chez Denisot. Le baze a commencé le 21 au soir, sur les télés de streaming avec un défilé de personnalités de plus ou moins gros calibre, plus quelques coups de fil, bref, du déjà vu et quelques similitudes avec l’épisode DSK. Attention, il n’y a aucun lien entre les deux affaires, si ce n’est que l’un était connu pour aimer avec force et affection la gente féminine alors que Sarkozy est plus connu pour son amour de l’argent. Ce qui n’en fait pas pour autant un gigolo prêt à détrousser une vieille milliardaire, et comme dirait l’ami Djack, il n’y a pas mort d’homme. Détrousser une milliardaire de quelques euros ce n’est pas plus grave que de trousser une femme de chambre aurait clamé JFK.

Le déroulement de l’affaire Sarkozy mérite quand même un détour parce que de puissantes similitudes sont en œuvre, trahissant les ressorts de la vie politique française. Comme pour DSK, on aura un CV du magistrat étudiant l’affaire, le fameux baze médiatique, et la flopée de commentateurs qui y vont de leur attestation de bonne conduite pour absoudre le pape Sarkozy d’un délit imaginaire inventé par un juge comploteur. On a vu sur les antennes un jeune loup de la droite forte jurer que Sarkozy était un homme intègre, comme si c’était un vieux pote de trente ans. Ce n’est pas très sérieux. Heureusement que les avocats de plus gros calibre genre Fillon ou Longuet interviennent. Parce s’il fallait compter sur les boys scouts de la droite populaire avec leurs excès verbaux, le grotesque aurait vite fait de balayer la raison. Nous qui ne sommes plus des enfants de cœurs avons reconnu dans cette affaire la bataille spectaculaire entre les partisans qui souvent pratiquent le déni. Les uns de droite et les autres de gauche et un show ininterrompu dont les acteurs ne savent pas vraiment pourquoi ils font ça si ce n’est pour réagir à chaud, comme s’il y avait deux instructions, l’une dans le secret du bureau du juge et l’autre au grand jour où les témoins de probité de Sarkozy se succèdent. Il y a deux justices, l’une qui fait son travail dans les règles du droit et l’autre, populaire, médiatique, qui ne travaille pas forcément avec sérieux mais se joue avec des arguments parfois étrangers à l’affaire et beaucoup de bavardage. Les plateaux de télé sont des prétextes à plaidoiries. On peut être coupable selon le droit et absout par le tribunal de l’opinion publique. Mais dans les deux cas, il faut des bons avocats. Des professionnels bien payés pour le juge et des saltimbanques de la politique bien couillus pour plaider sur les plateaux et jouer les bretteurs pendant un quart d’heure de célébrité.

Maintenant, observons quelques arguments avancés par la meute des avocats de nos deux diablotins, DSK et SarKo. Rappelons-nous, à l’époque de l’affaire DSK, beaucoup ne voulaient pas croire à l’événement, affichant un déni de réalité, certains étant même prêts à témoigner de la fidélité de DSK et de son comportement très respectueux envers les femmes. D’ailleurs, certains l’ont même vu un soir avec une mandoline jouer un madrigal pour une scène d’amour courtois jouée face à une princesse juchée sur le balcon du Crillon. D’autres plus perspicaces ont carrément imaginé un complot. On ne sait pas qui, mais c’était certain, il y avait un complot dans lequel DSK a été piégé, sans qu’on ne sache qui complotait mais on a laissé entendre que quelques connivences étaient avérées entre la police new-yorkaise et Nicolas Sarkozy. Bon dieu mais c’est bien sûr. Sarkozy avait trouvé là une magnifique occasion de pratiquer un coup tordu capable d’éliminer son concurrent pour 2012. Et maintenant que voilà l’autre camp tente de nous convaincre d’un traquenard tendu par un juge pour éliminer le principal concurrent de François Hollande pour 2017. D’autres sont plus mesurés, pensant que la mise en examen de Sarkozy est une intervention de pompiers judiciaires pour éteindre le départ de feu occasionné par la démission du ministre Cahuzac.

Bref, vous avez noté la présence de la théorie du complot. Vous aurez aussi remarqué que les élites moquent les internautes qui se réclament du complot et propagent des rumeurs infondées. Alors cette fois, ne nous privons pas, nous gens d’en bas, de moquer ce cirque médiatique en constatant que les élites politiques y vont aussi de leur propre théorie du complot quand il s’agit de pouvoir et de défendre l’un des leurs. Longuet le premier qui dans un élan de générosité, imagine même Sarkozy se présenter en 2017 pour laver son honneur. Comme si c’était le rôle d’une élection que de permettre à un politicien de régler ses comptes. C’est faire bien peu cas du citoyen et de ses problèmes mais on le sait depuis longtemps, ces gens ne vivent pas dans le même monde que nous.

 

 

Auteur: Bernard DUGUE

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 18:30

Demain, c'est un véritable Big bang céleste qui devrait secouer la communauté des astronomes avec la publication des observations du télescope spatial Planck. François Bouchet, de l'Institut d'astrophysique de Paris, l'un des pères de la mission, promet des révélations spectaculaires concernant le big bang et la naissance de l'Univers. Cocorico ! L'astrophysique française reprend la main, car Planck est essentiellement un enfant du génie français.

 

L'Agence spatiale européenne (ESA), qui gère la mission Planck, fait régner le black-out complet, même à la veille de la grande conférence scientifique programmée demain. Mais on sait déjà que le télescope spatial devrait répondre à une série de questions fondamentales et apporter de précieuses précisions. En voici les principales pour vous mettre l'eau à la bouche. L'âge de l'Univers : actuellement, les astrophysiciens l'estiment à 13,75 milliards d'années. On compte sur Planck pour fournir une estimation plus précise. La forme de l'Univers : est-il plat comme supposé par la majorité des astrophysiciens ? Ou bien est-il courbe ou même sphérique ? Planck pencherait plutôt pour la première hypothèse. Le futur de l'Univers : pendant combien de temps et à quel rythme l'univers continuera-t-il à s'étendre ? Faut-il craindre un nouveau Big Bang? L'âge des étoiles et des galaxies : faut-il les vieillir encore ? La matière noire et l'énergie noire : quelle est leur nature ? N'en jetez plus, la cour est pleine. Mais ce qui excite le plus les astrophysiciens, c'est que Planck pourrait remettre en cause certaines hypothèses ayant servi à bâtir la théorie la plus admise de la formation de l'Univers.

Rayonnement fossile

Maintenant, comment un unique télescope spatial - fût-il le fruit du génie français... - peut-il répondre à autant d'interrogations ? C'est tout simplement parce qu'il regarde l'Univers au fond des yeux, juste à l'instant de son premier vagissement. Pour bien le comprendre, vous n'échapperez pas à un modeste cours d'astronomie, sans prise de tête, rassurez-vous. Au tout début était... l'inconnu. Pas de temps, pas d'espace, pas de matière. Rien. À un instant indéfini (puisque le temps n'existait pas encore), une boule de matière virtuelle et d'énergie située partout à la fois bien que tenant sur une pièce d'un centime d'euros (ne me demandez pas comment c'est possible... même les astrophysiciens sèchent...) se met à gonfler, à gonfler... En une fraction de seconde (il faut comprendre une seconde divisée par des milliards de milliards de milliards...), l'univers a déjà la taille de notre système solaire. C'est incompréhensible pour nos petits cerveaux, mais c'est comme ça ! Quand cette hypothèse d'expansion brutale a été émise, voilà quelques décennies, un astronome qui ne la partageait pas s'en était moqué en parlant de big bang. Le terme est resté, même s'il ne recouvre rien de réel. En se dilatant, la soupe cosmologique primitive s'est refroidie. On est passé de plusieurs millions de millions de degrés centigrades à quelques milliers. Vous retrouvez le même phénomène dans votre frigo où c'est la dilatation d'un gaz qui produit le froid.

Au fur et à mesure du refroidissement de l'Univers, ses quatre forces fondamentales (la force nucléaire forte, la force électromagnétique, la force gravitationnelle et la force nucléaire faible) ont pu s'extraire et s'individualiser. Simultanément, la matière s'est construite en commençant par des quarks, puis de l'hélium et de l'hydrogène. On passe sur les détails (allez voir sur Wikipédia !). Bref, 380 000 ans après le début du big bang, les photons (c'est-à-dire la lumière) prisonniers jusque là ont enfin pu prendre le large. Comme si quelqu'un avait appuyé sur l'interrupteur, la lumière s'est libérée de l'emprise de la matière et l'univers est devenu transparent. C'est là qu'intervient Planck. Son télescope est capable de percevoir les échos de ce premier flash de lumière émis voilà 13,75 milliards d'années ! Durant trente mois, de 2009 et 2012, il a balayé l'univers sur 360 degrés pour relever ce rayonnement fossile baignant chaque millimètre cube du cosmos. À noter que l'énergie continue dans ce rayonnement fossile quasi imperceptible constitue, néanmoins, plus de 90 % de l'énergie lumineuse de tout l'Univers ! Pour décrire l'exploit de Planck, disons qu'il s'apparente à celui d'un Breton mesurant devant Brest les vaguelettes déclenchées par un grain de riz lâché au large de Sydney par un Australien.

Pour ne pas être taxé de chauvinisme, reconnaissons qu'avant Planck les Américains avaient déjà obtenu une première image du rayonnement fossile grâce aux deux satellites COBE et WMAP. Mais rien de comparable à Planck, dont la sensibilité a été rendue incomparable grâce à une technologie ayant permis de faire les observations à une température proche du zéro absolu. La carte du ciel fournie par Planck indique d'infimes variations du rayonnement fossile reflétant les soubresauts de la naissance de l'Univers, mais aussi de la création des étoiles et des galaxies.

Bref, la communauté mondiale des astronomes est sur des charbons ardents en attendant les révélations de demain lors du grand raout organisé par l'Agence européenne de l'espace (diffusé en direct sur le site de l'ESA : www.esa.int).

REGARDEZ le satellite Planck en bref :

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 16:21

Modèle agricole

Les alternatives aux pesticides se développent partout… sauf en France

Par Sophie Chapelle (20 mars 2013)

En France, le développement des alternatives naturelles aux pesticides reste un parcours du combattant. La faute aux règlements européens, affirme le ministère de l’Agriculture. Les préparations à base de composants naturels s’échangent pourtant sans problème dans plusieurs pays européens. Enquête sur ces alternatives aux pesticides.

« Vous voyez cette préparation ? Elle est à base d’ortie et de luzerne et vise notamment à stimuler la croissance des végétaux, à renforcer les défenses et à repousser les pucerons. » Nous sommes près d’Estella en Navarre (Espagne), dans la ferme de Cruz García et de son fils Rubén. Ils ont créé une entreprise familiale qui élabore et vend des extraits de plantes, sans aucun type de conservateur ou d’additif. Ils combinent leurs préparations avec de la valériane, de la sauge, de la lavande, de la camomille, du mille-feuille ou de la consoude. Et n’hésitent pas à les goûter. « Il faut se rappeler que nous sommes faits d’eau et de plantes que nous mangeons », lance Cruz, un brin provocateur. Vous l’aurez compris : ici, point d’engrais chimiques et de cocktails de molécules toxiques allègrement produits par Monsanto, BASF, Bayer ou Syngenta.

La grande fierté de l’entreprise familiale est d’être parvenue à soigner par les plantes des vignes abîmées par la grêle, ou à épaissir et rendre plus vigoureux les sarments. Ce jour-là, ils s’apprêtent à expédier plusieurs dizaines de bidons à un grand viticulteur. « 90 % des produits que nous vendons sont à destination d’agriculteurs conventionnels, précise Rubén. Deux de leurs produits sont actuellement commercialisés en Espagne. Ils n’ont rencontré aucune difficulté avec l’administration pour mettre leurs produits sur le marché, assure Ruben. Ils ont simplement rempli un formulaire de demande, et fourni une étude sur l’efficacité de leurs préparations.

Espagne-France : 1-0

En France, la réglementation est beaucoup plus complexe et coûteuse : la commercialisation de ces préparations requiert l’inscription de leurs substances actives sur une liste communautaire, au même titre que les produits chimiques. 40 000 euros, c’est le coût moyen pour le dépôt d’un dossier. Résultat : aucune « préparation naturelle peu préoccupante », c’est-à-dire à base de composant naturel [1] n’est aujourd’hui reconnue et acceptée officiellement à la vente. « Hormis une recette officielle de purin d’ortie que nous qualifions, nous, de "piquette d’ortie" », souligne Jean-François Lyphout, « ortieculteur » et membre d’Aspro-PNPP, une association qui promeut ces préparations. « Au lieu de faciliter les procédures, les textes réglementaires français créent un blocage évident, qui va à l’encontre de la demande des français de réduire au plus vite l’usage des pesticides », explique-t-il.

Qu’en disent les autorités gouvernementales espagnoles ? « Il y avait un vide juridique pour les fortifiants de plantes. Nous avons donc pris les dispositions nécessaires en créant un arrêté ministériel en 2007 prévoyant un régime simplifié de commercialisation », relate un fonctionnaire du ministère de l’Environnement. Le fort développement de l’agriculture biologique en Espagne a joué un rôle dans la mise en œuvre d’un cadre juridique spécifique. Mais, six ans après sa création, le registre espagnol compte seulement 19 fortifiants [2]. Car l’administration a des difficultés à traiter l’avalanche de demandes. Rubén et Cruz n’ont toujours pas reçu de numéro de registre pour leurs produits, malgré des demandes remontant à 2007...

Le modèle allemand

Un retard très critiqué par l’AEFA, une association de producteurs industriels de fortifiants. Elle milite pour que l’arrêté ministériel évolue afin d’éviter de se retrouver « avec des produits qui ne sont pas des fortifiants, commercialisés en totale liberté et sans le moindre contrôle », explique José Ignacio Castillo. « Nous avons découvert la loi de protection des végétaux en Allemagne qui distinguait les fortifiants, et avons décidé de la traduire en espagnol. Puis nous nous sommes rendus au ministère en disant que nous avions besoin d’un registre similaire à celui de l’Allemagne. »

Car à Berlin, les choses bougent. Pour se mettre en conformité avec un règlement européen de 2009 [3], l’Allemagne vient de réviser sa réglementation. « Nous sommes très heureux d’avoir pu conserver la catégorie des fortifiants, que nous pouvons utiliser en agriculture pour protéger les plantes », témoigne Stefan Kühne du JKI, un institut en charge de l’évaluation des fortifiants de plantes. La procédure d’inscription reste simple : un formulaire de notification à remettre à l’Office fédéral de la protection des consommateurs et de la sécurité alimentaire, avant la mise sur le marché. « Quant à la procédure d’enregistrement, elle demeurera accessible au plus nombre », assure Stefan. Le coût de l’examen général de la demande devrait avoisiner les 290 euros en Allemagne... contre 40 000 euros en France !

Lobby de l’industrie chimique

Près de 500 produits étaient inscrits dans la catégorie des fortifiants en Allemagne. Avec la nouvelle loi, tous ces produits doivent être réévalués avant d’envisager une réinscription. Mais Stefan reste confiant. « Les préparations de plantes, qui représentaient 46 % des produits inscrits, devraient retrouver leur place ». En revanche, des produits comme la poudre de lait ou le vinaigre blanc pourraient être considérés comme des « phyopharmaceutiques », un qualificatif appliqué aux pesticides chimiques. Leur commercialisation s’avérera donc beaucoup plus coûteuse. Les autorités publiques allemandes pourraient être aussi beaucoup plus strictes avec les produits à base de micro-organismes, auparavant autorisés.

« Prenons l’exemple du compost du jardin qui recèle une grande diversité de micro-organismes. Beaucoup d’entre eux sont bénéfiques aux plantes, d’autres sont des pathogènes, et les autorités vont maintenant nous demander des millions d’euros pour les enregistrer », s’emporte Helmut Junge, responsable d’une petite entreprise allemande de biotechnologie. Depuis quelques années, il commercialise un produit à base de bactéries, qui colonisent les racines des plantes de façon à ce que les pathogènes ne puissent pas se développer. Avec la nouvelle réglementation, ce produit pourrait être exclu de la catégorie des fortifiants. « Cette situation est le résultat du lobby des grosses compagnies pour faire cesser l’activité des plus petites », confie-t-il. Pour le moment, la nouvelle liste allemande de fortifiants ne comprend que 46 produits, contre 500 auparavant.

« Produits naturels alternatifs »

A Oberndorf, une petite ville autrichienne située dans la région de Salzburg, Helmut Rampler développe depuis 25 ans des « produits naturels alternatifs » pour la protection des plantes. Lui-aussi regarde avec attention la situation en Allemagne. Car les autorités autrichiennes suivront sans doute le cadre juridique allemand. L’un de ses produits, qui vise à régénérer les micro-organismes du sol pour revigorer les plantes, et ainsi réduire la consommation d’engrais artificiels et de produits phytosanitaires, est directement concerné. « Pour le moment, c’est surtout en France que les entreprises rencontrent des difficultés pour distribuer nos produits car il n’existe pas de catégorie pour les fortifiants. On doit choisir entre les pesticides et les fertilisants, et entre les deux il n’y a rien. »

Illustration de ces blocages : l’Institut technique de l’agriculture biologique travaille depuis 2008 sur des demandes d’homologation. En janvier 2013, aucun d’entre eux n’avait encore abouti. « Même des produits aussi anodins que le sucre, l’huile de colza ou le vinaigre restent en France bloqués sur une liste d’attente, témoigne Jean-François Lyphout de l’Aspro-PNPP. Les préparations naturelles peu préoccupantes répondent à la demande des agriculteurs, des jardiniers, des collectivités locales et d’un nombre croissant de consommateurs. Leur avenir dépend de la volonté politique de faire aboutir ce dossier ». Face à ce blocage, le commerce des pesticides illégaux s’envole. Au détriment de la santé publique.

Sophie Chapelle

@Sophie_Chapelle sur twitter

Photo : FlickR

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 18:30

Entretien avec Robert Castel

Par Baptiste Mylondo et Simon Cottin-Max

 

 

C’est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès de Robert Castel. Mouvements a eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises, que ce soit autour d’un "itinéraire" ( numéro 27/28) ou bien pour notre prochaine parution ( numéro 73). Pour lui rendre un dernier hommage nous avons souhaité vous livrer l’utilme entretien qu’il avait accordé à la revue. Il nous livre ici sa critique sur la notion de revenu universel et son regard sur la place que tient encore aujourd’hui le travail.

 

 

La controverse est portée à gauche : face à la dégradation des régula-tions du travail, la montée de la précarité, le revenu universel est-il une solution ? Le sociologue présente le « travail » comme le terrain des con-quêtes sociales passées et à venir, mais aussi comme un élément central et nécessaire pour la réalisation de la dignité des individus. Sceptique face à la proposition de garantir l’autonomie des individus en déconnectant le revenu de l’emploi, Robert Castel propose une stratégie qu’il souhaite réaliste et collective, sur le terrain du travail, de conquête de nouveaux droits pour garantir un accès entier à la citoyenneté.

1. Le revenu universel : une mesure de gauche ?

Mouvements (Simon Cottin-Marx / Baptiste Mylondo) : Nous faisons partie tous les deux d’un collectif, POURS, POur Un Revenu Social. Le collectif, qui réunit d’autres collectifs [1] , fait la promotion d’un revenu social, universel et inconditionnel ; une prestation monétaire, versée mensuellement à chaque citoyen à titre individuel et tout au long de la vie, sans aucune condition ni contrepartie. Il constitue un socle de revenu inaliénable visant à garantir un niveau de vie à tous, suffisant pour accéder aux « biens et services essentiels ». Instaurant une couverture sociale universelle, ce revenu inconditionnel apporte une réponse aux limites actuelles des politiques sociales de lutte contre le chômage et la pauvreté. Cet engagement pour un revenu social est clairement ancré à gauche.

Robert Castel : Moi aussi je me définis comme de gauche depuis très longtemps, même si je n’ai jamais adhéré à un parti pour un certain nombre de bonnes ou de mauvaises raisons. Mais j’ai été « compagnon de route », comme on disait à l’époque, j’ai voté communiste à peu près jusqu’en 1968. Après j’ai pensé que l’on aurait pu aller un peu plus loin à gauche, je me suis rapproché, sans trop, car ils étaient dogmatiques et sectaires, de courants plus gauchistes. Aujourd’hui, je ne suis pas au Parti Socialiste, je ne suis pas vraiment enthousiaste vis-à-vis du Parti Socialiste, mais en terme de réalisme, je pense que, même si on peut le regretter, la révolution n’est pas pour demain, ni pour après demain, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas d’alternative radicale. On doit essayer de faire le mieux possible dans le sens d’un réformisme autant de gauche que possible, en particulier avec la défense des droits du travail, de la protection sociale, des valeurs de solidarité –ceci dit très schématiquement pour décrire la position qui est la mienne aujoud’hui. En ce qui concerne les Verts, j’avais accepté d’aller aux journées d’été cette année, parce que ce sont des gens sympathiques, mais si je comprends qu’il y a un enjeu essentiel sur l’écologie, j’ai de fortes réticences vis-à-vis des idées de décroissance et de la remise en cause des dynamiques de progrès et d’émancipation. Ceci dit, très schématiquement et juste pour me situer, car ce ne sera pas sans lien avec la manière dont je vais essayer de répondre à vos questions plus précises.

M. : Lorsque nous avons pris contact avec vous pour cet entretien, vous nous avez indiqué être assez hostile à l’idée de RU.

R.C. : Oui, la question est globale, mais il faudrait préciser d’abord ce que pourrait être le revenu universel, ou revenu d’existence, ou allocation universelle, comme disent certains. Ça serait un médiocre revenu de subsistance. J’ai beaucoup d’admiration pour André Gorz, qui a fait en 1994 dans la revue Futuribles un article contre ce type de revenu, avec de très bons arguments qui sont aussi les miens, même si lui a changé d’avis sur cette question par la suite. En substance, en 1994, Gorz suggérait qu’un simple revenu de subsistance aurait des effets néfastes s’agissant du travail. Une telle mesure reviendrait à donner un faible revenu de base ne permettant pas aux gens de vivre décemment. Les bénéficiaires de ce revenu seraient obligés de faire tout et n’importe quoi pour arrondir ce revenu insuffisant en soi, mais jugé suffisant par les employeurs. Un employeur dirait à celui qu’il veut embaucher : « tu as déjà tes 400 euros, je défalque cela de ton salaire ». Ce serait un facteur de multiplication de situations de travail précaire, de travail intermittent, entraînant une croissance des travailleurs pauvres. Or ces questions sont le noyau de la question sociale aujourd’hui : la dégradation des régulations du travail, et des conditions de travail, qu’il faut combattre et non encourager. L’illusion des défenseurs de ce revenu universel, c’est qu’ils pensent être des défenseurs de l’autonomie, or je pense à l’inverse que c’est un outil d’institutionnalisation de la dépendance. Ses bénéficiaires vivraient dans le manque, aux abois, disponibles pour n’importe quel type d’instrumentalisation. Il faut se souvenir que l’inspiration principale de cette idée est tout de même libérale. Elle fut lancée par Milton Friedman, reprise en France par Lionel Stoléru dans « vaincre la pauvreté dans les pays riches » en 1973. Aider le marché à se déployer selon ses propres exigences, voilà l’idée, et ceux qui sont incapables de s’adapter, on s’en débarrasse, mais au lieu de les laisser crever purement et simplement, on leur donne à peine de quoi survivre.

2. Les droits sociaux sont issus du travail

M. : À l’origine, on ne peut pas dire que ce soit une idée libérale. D’autres avant les libéraux l’ont défendue [voir dans ce même dossier l’article sur Thomas Paine], avec des montants souvent plus conséquents. Imaginons qu’un tel revenu, à un niveau décent – autour de 1 000 € – soit réaliste, vos objections à l’encontre de ce revenu seraient-elles toujours pertinentes ?

R.C. : L’histoire sociale nous apprend que l’autonomie des individus s’est construite à partir de droits, et de droits attachés d’abord au travail. Les prolétaires misérables des débuts de l’industrialisation étaient des moins que rien, méprisés, des classes miséreuses, des classes dangereuses dont on avait peur ; ils étaient complètement en dehors de la citoyenneté démocratique, même après la mise en place du suffrage universel. Comment ce malheureux travailleur, ou plutôt ce misérable pour reprendre l’expression de Victor Hugo, est-il devenu un citoyen à part entière ? En devenant un salarié protégé. C’est d’abord un ensemble de droits attachés à la condition ouvrière, puis salariale, qui ont donné cette consistance à l’individu moderne et qui en ont fait un citoyen. Autrement dit, il me semble que, et ce n’est pas une opinion personnelle mais un constat que nous apprend l’histoire sociale, que les protections les plus fortes ont été attachées au travail. Elles ne sont pas tombées du ciel, mais après des luttes sociales, syndicales, et aussi des compromis, des négociations avec les « partenaires sociaux ». Peut-être qu’en dernière analyse, si on ne peut plus attacher des protections fortes au travail, il faudra se résigner à ce revenu d’existence comme à une position de repli. Dans ce cas, il faudra qu’il soit le plus fort possible, plutôt 1 000 € que 400 €. Mais ce serait une régression par rapport à notre conception de la protection sociale. Le fond théorique de mon objection au revenu minimum, c’est qu’il entérine l’acceptation de la déconnexion complète, l’absence totale de relation entre travail et protection, c’est-à-dire qu’il risque d’opérer une formidable régression par rapport à notre conception de la démocratie.

M. : Vous insistez sur l’idée que les droits sociaux se sont historiquement construits à partir de l’emploi, Vous en déduisez que la mise en place d’un revenu universel serait un grave recul, car on déconnecterait les droits de l’emploi. Mais en quoi serait-ce grave ? Pourquoi serait-ce un retour en arrière et non un pas en avant ?

R.C. : Parce que le droit est toujours construit à partir de conditions objectives. Ce n’est pas de la charité ou de la philanthropie que sont nés les droits sociaux. La période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, qu’on appelle de manière discutable « les 30 glorieuses », a donné naissance au « compromis social du capitalisme industriel ». C’est une certaine forme d’équilibre, propre à une société capitaliste où la révolution n’a pas eu lieu. Ce compromis dit la chose suivante : l’économie de marché assure des gains de productivité et la compétitivité des entreprises, mais en contrepartie de l’acceptation d’une certaine forme de subordination du salariat, c’est-à-dire de l’acceptation du régime capitaliste, des droits, des sécurités fortes du côté du monde du travail sont garanties. Il me semble que ce compromis, qui n’est pas parfait mais qui, cependant, a relativement bien fonctionné dans les années 1960, s’est défait parce qu’on est passé à un autre régime du capitalisme, plus sauvage avec la mondialisation. Par rapport à votre question, il ne s’agit pas de défendre en l’état ce compromis. Si l’on est obligé d’accepter certaines exigences nouvelles du capitalisme, parce que nous sommes dans une société de plus en plus mobile et concurrentielle, on ne peut pas attacher tous les droits venant du travail au statut de l’emploi, car il est et sera de plus en plus nécessaire de changer d’emploi, de se reconvertir, de passer par des alternances emploi-non emploi, etc. Donc, la question n’est pas de maintenir la forme de ce compromis, mais d’inventer, d’instituer un nouveau compromis entre les exigences du marché, la compétitivité, la mobilité, d’une part, et, d’autre part, la sécurité, la protection des travailleurs. Ce nouveau compromis passera par des formules qui ne sont pas des recettes miracles, mais dont « la sécurisation des parcours professionnels », telle que la conçoit la CFDT, ou « la sécurité sociale professionnelle », défendue par la CGT, offrent une traduction plausible. On ne sera pas dans un autre monde, tant qu’on sera en régime capitaliste. L’antagonisme capital/travail qui caractérise le capitalisme (antagonisme qui s’exprimait au XIXe siècle par la lutte des classes) se poursuit sous de nouvelles formes. Il y a aujourd’hui encore des conflits d’intérêt entre le capital et le travail et il faut choisir son camp. Ce que je propose ne constitue pas des recettes miracles et je ne suis pas aveuglément optimiste par rapport à la possibilité de les réaliser, mais il me semble que c’est la position maximale de gauche que l’on peut défendre aujourd’hui. Dans le monde actuel, on est encore dans le capitalisme, il y a toujours l’exploitation du travail et le risque d’hégémonie des marchés. C’est par rapport à cela qu’il faut penser et c’est contre cela qu’il faut essayer de riposter. C’est un des points de mon désaccord avec les analyses d’André Gorz suggérant que l’histoire de l’emploi est liquidée, que le travail est en voie de disparition. Ce n’est pas vrai aujourd’hui. On peut avoir raison de dire que dans « un autre monde » les choses se poseront différemment, en attendant il faut continuer à penser le monde actuel, qui est encore capitaliste.

3. Le travail comme lieu de la conflictualité sociale, terrain objectif des luttes sociales

M. : La sortie du capitalisme serait donc un préalable à l’instauration d’un Revenu Universel ?

R.C. : Peut-être, mais je ne vois ni comment, ni même si on va sortir du capitalisme, si bien que ce n’est pas une question d’actualité. Après le capitalisme, on sera peut-être tout à fait dans une autre problématique, mais en attendant il faut penser un peu sérieusement la manière dont les problèmes se posent aujourd’hui.

M. : L’un des piliers du capitalisme est précisément le salariat, le lien de subordination entre le patron et le salarié. Est-ce que le fait de donner à chaque individu de quoi répondre à ses besoins sans forcement avoir un emploi salarié, ne peut pas permettre de refuser le lien de subordination et de trouver d’autres modes d’organisation de la production ?

R.C. : Mais qui créera la richesse sociale ? Karl Polanyi a fait une belle analyse de la logique du capitalisme, ce qu’il appelle le « marché autorégulé », qui n’obéit qu’à ses propres injonctions en s’asservissant l’ensemble de la société. On était parvenu à se sortir de cette situation en régulant ce marché, en lui imposant certaines limites. Aujourd’hui, ce marché est encore plus puissant qu’au XIXe siècle, et comment allez-vous faire pour le contrer ? C’est la question qui s’adresse à vous. « Je te file tes 1 000 € tous les mois et tu es libre ». Mais comment serait produite cette richesse pour être ensuite redistribuée ? Vous n’allez pas demander aux banquiers de faire cela, je suppose. Ce seraient les travailleurs qui pourraient contribuer à le faire, à condition qu’ils travaillent.

M. : Vous revenez sur une objection pratique : l’impossibilité de produire la richesse nécessaire à la distribution du revenu universel…

R.C. : Il ne s’agit pas seulement d’une objection pratique quand à la distribution du revenu lui-même, objection qu’il faut par ailleurs prendre au sérieux si, comme je le pense, elle rend impossible la réalisation d’un revenu suffisant. C’est aussi une objection pratique dans le sens où le travail est le lieu où s’obtiennent les avancées sociales. Pour employer un vieux langage, le travail, c’est toujours un front de lutte, c’est même à mon avis encore le noyau des luttes sociales et des antagonismes sociaux. Si on se donne comme objectif de donner 1 000 € à chacun, on ne pose plus les problèmes du travail collectivement, ni politiquement. Certainement il y aura des gens qui se débrouilleront bien avec leurs 1 000 €, tant mieux pour eux, mais ce n’est pas une réponse collective ou politique à la question des protections du travail. Or ce sont elles qu’il faut viser. La reconstruction ou la réinvention du compromis capital/travail est la tâche la plus urgente, elle consiste à attacher de nouveaux droits et de nouvelles sécurités aux situations de mobilité et de précarité qui se développent dans le capitalisme avancé. Ces nouveaux droits et nouvelles sécurités pourraient donner à presque tout le monde les conditions de l’autonomie, ou plus modestement, d’une certaine indépendance économique et sociale. Un sujet social n’est jamais complètement autonome, il est entouré de contraintes, et le mieux que l’on puisse demander, c’est qu’il dispose d’un minimum d’indépendance, qu’il puisse développer ses propres stratégies, comme peut le faire un salarié protégé. Ce n’est pas la liberté absolue, mais il peut conduire sa vie en faisant des choix, avoir des loisirs, s’investir dans la politique ou la vie associative, envoyer ses enfants à l’université, etc. C’est une traduction sociologique approximative de la notion philosophique d’autonomie et ce que l’on demande à un régime politique, c’est bien d’accorder aux citoyens les conditions de ce type d’indépendance sociale. Et encore une fois je pense que c’est par l’intermédiaire des droits que l’on peut atteindre ces objectifs. Y renoncer me paraît constituer une démission politique.

M. : Pourquoi le RU mettrait-il forcément fin à la lutte politique ? Il pourrait entraîner aussi une réorganisation du travail, non exclusive d’une lutte contre le patronat…

R.C. : Et pourquoi lutteraient-ils contre les patrons ?

M. : Pourquoi ne le feraient-ils pas ?

R.C. : Parce que les gens ne sont pas des héros. Pourquoi y a-t-il eu un mouvement ouvrier puissant ? C’est parce que les ouvriers luttaient pour leur survie, sur leur lieu de travail. Au XIXe siècle, personne n’aurait été assez fou pour demander l’équivalent de 1 000 €, mais les travailleurs se sont mobilisés parce qu’ils étaient acculés, il leur fallait améliorer leur condition, et, en même temps, retrouver une certaine dignité. Les transformations sociales ne tombent pas du ciel, elles sont structurées par des conditions objectives – les rapports sociaux de production. En même temps, on comprend très bien la séduction qu’exerce l’idée que vous défendez. Nous sommes dans une société très individualiste, et je pense moi-même que l’individu est la valeur de référence dans des sociétés comme les nôtres. Mais les problèmes du travail sont des problèmes d’organisation collective qui exigent une prise en charge collective.

M. : Si on donne un revenu universel à 1 000 € ça serait trop confortable, tellement confortable que toute lutte deviendrait inutile ?

R.C. : Je n’ai aucune compétence pour répondre à cette question, car je ne sais pas ce que pourrait être une société de rentiers, même de petits rentiers. La grande majorité de la population gagne sa vie en travaillant, c’est le rapport au travail qui donne la place qu’on occupe dans la société, contrairement aux insanités que l’on a entendues sur la fin du travail. Sur toute la planète, il y a plus de 9 humains sur 10 dont la situation dépend de leur rapport au travail. Donc les gens se déterminent pour l’essentiel par rapport au travail, dans une époque historique et dans des conditions historiques données, et la question que vous me posez, je refuse d’y répondre, je ne vois pas ce que je peux répondre sur la manière de se conduire dans un monde où chacun naîtrait avec 1 000 € dans la poche. Ce serait peut-être ça le paradis, mais je ne suis que sociologue et je n’ai rien à dire sur le paradis.

4. Des droits pour tous plutôt qu’un revenu

M. : Est-ce qu’on peut se satisfaire d’une situation dans laquelle les individus se définissent en fonction de leur emploi ? Est-ce que le travail se limite à sa valorisation marchande ? Ne devrait-on pas repenser la valeur du travail (salarié) en valorisant toutes les activités sociales ?

R.C. : En ce qui me concerne, j’ai toujours défendu l’idée de la réduction du temps de travail. Je pense que c’est une idée progressiste, comme nous l’enseigne l’histoire sociale, que ceux, au début du XIXe siècle qui travaillaient 80 heures par semaine en soient venus à travailler 40 heures en 1936, puis 35 heures, et pourquoi pas 20 heures ou même 10 heures dans 20 ans ? Mais c’est à la condition que sur la base de ce temps de travail – aussi limité soit-il et donnant aux individus une large gamme de possibilités de faire ce qu’ils veulent dans l’ordre du loisir et des d’activités hors travail – il y ait un socle de travail salarié à partir duquel le travailleur gagne son indépendance sociale. Il a gagné par son travail cette indépendance, il ne vit pas de la charité. Les gens ne se définissent pas intégralement en fonction de leur emploi, mais c’est par leur travail qu’ils « gagnent leur vie » et je pense que l’on n’a pas encore inventé autre chose que le travail pour produire la richesse sociale.

M. : Mais le travail ne se limite pas à l’emploi, il ne se limite pas qu’au salariat ?

R.C. : C’est vrai, mais l’emploi a été la forme principale d’organisation du travail dans la société salariale et il le demeure encore, en dépit des bêtises qui ont pu être dites sur la sortie du salariat. Les droits conquis par le salariat se sont diffusés sur les autres types d’emplois, comme les paysans ou les artisans. Il y a aujourd’hui une retraite des paysans et c’est très bien qu’un vieux paysan qui a travaillé toute sa vie ait une retraite : on le doit au salariat. Certes, la forme de l’emploi évoluera, évolue déjà beaucoup et malheureusement sans doute plutôt dans un sens régressif que progressif. Mais je n’ai pas à me prononcer sur la situation qui sera la nôtre dans 50 ans, je constate qu’aujourd’hui, en France, environ 9 actifs sur 10 sont des salariés et que le salariat demeure le noyau principal de construction de la richesse sociale.

M. : L’activité de création de richesse sociale n’est pas réduite aux activités reconnues par le marché, et le fait que certaines activités ne sont pas reconnues par le marché est un choix totalement arbitraire. Ne pourrait-on pas imaginer qu’une intervention politique puisse permettre aux activités non reconnues par le marché de l’être, en favorisant pour les individus qui les pratiquent l’acquisition d’une indépendance sociale ? C’est bien l’un des objets du revenu universel que de pointer que toutes les activités contribuent à la création de richesse sociale et que tous les individus qui réalisent ces activités méritent leur indépendance. Il ne faut pas laisser au seul marché le soin de valoriser socialement telle activité et plutôt que telle autre.

R.C. : C’est peut-être le principal point de la divergence entre nous. Ce n’est pas pour mon plaisir, mais j’essaye de tirer les implications du fait que l’on est dans un régime capitaliste, même si nous avons actuellement une majorité politique de gauche. Un régime capitaliste implique une valorisation des activités par le marché. On peut souhaiter, et je souhaiterais profondément que nous ne soyons pas en régime capitaliste, mais la révolution n’a pas eu lieu et selon toute vraisemblance n’aura pas lieu. Ne pas prendre ses désirs pour des réalités, c’est tenir compte de cette réalité, tout en essayant de militer pour promouvoir des positions qui pourraient la modifier dans le sens d’un réformisme de gauche. Par exemple, je suis en accord sur ce point avec des syndicats de salariés type CFDT ou CGT pour penser qu’autour de la précarité il y a des enjeux très forts, qui appellent une sécurisation des parcours professionnels pour lutter contre la dégradation de la condition des travailleurs. Plus généralement, je pense que nous sommes dans une société démocratique, que tous nos concitoyens devraient être assurés d’un certain nombre de droits. Par exemple, le droit à la santé, le droit à la retraite, le droit au logement, le droit à quelque chose comme une formation permanente pour être capable de faire face aux changements incessants. Vous additionnez 5 ou 6 de ces droits fondamentaux, et vous avez constitué le socle de l’indépendance sociale d’un individu. Plutôt que 1 000 € par mois, c’est la somme de ces droits, arrachés sur le terrain de la lutte réelle que constitue le monde du travail, qui me parait la substance de ce que devrait être un revenu garanti.

M. : Votre socle de droits, il serait versé au titre de la solidarité, au nom d’une appartenance à la communauté politique. Et dans une logique de solidarité, il serait donné à tous les citoyens ou aux seuls nécessiteux, c’est bien cela ?

R.C. : C’est un socle qui, par principe, touche tout le monde de manière égale, mais dont chacun userait bien sûr en fonction de sa situation. S’agissant des droits concernant le travail, ils ne peuvent plus être uniquement attachés au statut de l’emploi qui a perdu sa permanence. Pour reprendre une idée d’Alain Supiot, il faudrait « donner un statut aux travailleurs mobiles », car on ne peut plus aujourd’hui imaginer garder le même emploi de 16 ou 18 ans jusqu’à l’âge de la retraite. S’il faut être mobile, il faut alors que cette mobilité soit assortie de droits au lieu d’être sanctionnée par un verdict d’inemployabilité, comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Il me semble que tout le monde retrouverait son compte par cette addition de droits. Ce qu’il faut opérer c’est une redéfinition juridique des ressources de base en termes de droits, de ce que vous traduisez en termes mercantiles, monétaires, et je devrais même dire, si je ne craignais pas de passer pour provocateur, un peu trop capitalistes en pensant que la solution idéale consiste à distribuer de l’argent.

M. : Du coup, si on présente le revenu inconditionnel comme une base de gratuité. On dit que l’on a un droit de tirage sur certains biens collectifs (transports en commun gratuits, premières tranches d’eau ou d’électricité gratuites, etc.), cela vous semblerait plus en accord avec le socle de droits que vous défendez ? Même si au final cela reviendrait à constituer un panier de biens et services équivalent à 1 000 €, cela vous semblerait plus réaliste ?

R.C. : Je ne sais pas si c’est le mot réaliste qu’il faut employer, mais je pense que ce serait préférable, en termes d’intelligence collective. Nous aurions là une traduction de ces droits qui donneraient des garanties d’accès la citoyenneté de tous les membres de la société. L’essentiel est que chacun ait des droits, et que la somme de ces droits constitue ce socle nécessaire pour être un citoyen à part entière, semblable aux autres parce qu’il est capable de faire partie du circuit des échanges sociaux, sans viser l’égalité totale des conditions.

M. : Mais est-ce qu’on ne s’exposerait pas à la critique que vous formuliez plus tôt ? Une fois que l’on a donné ces droits aux individus, on peut les laisser en marge de la société ? Est-ce que cette critique que vous adressez au revenu inconditionnel ne peut pas aussi s’appliquer à votre proposition ?

R.C. : Non, parce que par exemple le droit à la retraite qui me paraît être un des droits les plus forts et qui a eu le plus de poids, ce droit, le travailleur l’a gagné parce qu’il a travaillé. On ne lui fait pas la charité, ce n’est pas de l’aumône et il n’y a rien de marginal à être le propriétaire d’un droit, au contraire un droit vous inscrit à part entière dans une communauté et vous place en situation d’interdépendance avec les autres.

M. : Mais alors ce n’est pas un droit pour tous, c’est un droit réservé aux travailleurs, pas à tous les citoyens ?

R.C. : Précisons un peu les choses. La majorité des gens sont valides et aptes à travailler, et je pense qu’ils ont le devoir de travailler. L’utilité sociale d’un individu, ce n’est pas d’aller se dorer au soleil des îles Seychelles, elle passe par l’acceptation des contraintes du fait de vivre en société, et c’est en même temps un acte de solidarité à l’égard de ses concitoyens.

M. : On a quand même un problème à partir du moment où la société ne permet pas à tous ses membres de travailler et de remplir ce devoir. On a toute une génération, surtout les jeunes, qui est touchée par la précarité et l’exclusion du travail, et qui ne peut pas faire valoir ce droit au travail et les droits qui en découlent. La réflexion sur le revenu inconditionnel part aussi de ce constat.

R.C. : Je ne suis pas un ennemi inconditionnel du revenu inconditionnel. On devrait peut-être s’y résigner si l’autre possibilité s’avérait totalement exclue. Mais l’autre possibilité, c’est de lutter sur le front du travail contre la précarité, ce qui me parait une priorité politique. Il faut promouvoir des mesures qui élargissent l’accès au travail des jeunes, développer des emplois de qualité. Ou alors du moins élargir l’accès au RSA ou des minima sociaux accessibles aux jeunes. L’urgence, c’est de renforcer la qualité de l’emploi, et si cela s’avérait complètement impossible alors pourquoi pas quelque chose comme le revenu minimum ? Mais brandir l’instauration d’un revenu minimum comme mesure prioritaire me paraît un renoncement politique dans la situation actuelle. Le travail, aujourd’hui encore, demeure l’endroit où des acquis sont à préserver et où de nouveaux droits sont à conquérir. Il n’est pas certain, mais il n’est pas exclu non plus, que la problématique du travail continue à se dégrader, de sorte qu’à la limite, il n’y aurait plus rien à tirer du travail en termes de protections, de sécurités et de droits. C’est dans cette conjoncture que la problématique d’un revenu minimal prendrait et prendra peut-être bientôt tout son sens. Je me refuse donc à l’exclure, mais je me refuse tout autant à m’y installer dès maintenant, car en faire aujourd’hui un objectif prioritaire, c’est se résigner à l’avance à occuper une posture de vaincu dans les combats qu’il faudra continuer à mener pour défendre la dignité du travail. Telle est du moins la conception que je me fait d’une position de gauche confrontée aujourd’hui à la dynamique du capitalisme mondialisé, mais elle est bien entendu à discuter.

5. Vers une société du libre choix des activités ?

M. : Vous dites qu’on a le devoir de travailler au nom de l’utilité sociale, qu’on ne peut pas se dorer au soleil. Devoir de travailler donc, devoir d’avoir un emploi, et du coup vous établissez une équivalence entre emploi et utilité sociale. Mais l’emploi aujourd’hui, c’est essentiellement le salariat. Le salariat est essentiellement déterminé par le marché et les choix de profitabilité des employeurs. Difficile de voir une équivalence entre le choix des employeurs et l’utilité sociale. À l’arrivée, aujourd’hui, il y a beaucoup d’emplois qui ne sont pas socialement utiles et des activités qui ne sont pas des emplois, mais qui sont très utiles à la société.

R.C. : Utile, mais qu’est-ce que ça veut dire ? On a sans doute une divergence là-dessus. Quand je dis que « travailler, c’est une exigence », c’est parce que je pense que nous ne sommes pas au paradis. La condition humaine, c’est une lutte contre les contraintes. Le travail, ça peut être souvent pénible, mais ça donne les conditions nécessaires pour vivre. C’est dans ce sens que je le défends. Qu’il y ait d’autres activités utiles en dehors du travail salarié, tant mieux, il faudrait d’ailleurs le développer et aller dans le sens d’un assouplissement des formes de travail. C’est dans cet esprit que j’ai défendu la thèse d’une réduction du temps de travail sous des formes qui laisseraient de très larges plages de liberté en dehors du travail. On pourrait aussi choisir de travailler même après la retraite, et c’est d’ailleurs ce que je fais. Travailler peut aussi être un plaisir, du moins pour les privilégiés du travail. Souligner l’importance du travail, ce n’est pas se fixer exclusivement sur la défense du salariat.

M. : On vient d’élargir soudainement le champ du travail, mais alors qui ne travaille pas ?

R.C. : C’est un problème assez compliqué, mais je pense quand même que le travail a toujours quelque chose à voir avec l’utilité sociale. Comment la définir ? Je ne défends pas l’idée que le travail ce serait d’aller pointer à 8 heures à l’usine pour en sortir à 18 heures. L’utilité sociale peut prendre de multiples formes. Je pense par exemple qu’un artiste travaille, qu’il a une utilité sociale. Il y a une large gamme de travaux socialement utiles qui ne se réduisent pas à l’emploi et qui doivent aussi être assortis de droits. Par exemple le statut des intermittents du spectacle me paraît tout à fait défendable. En tant que partisan de la réduction du temps de travail, je suis absolument contre la conception du travail telle qu’elle est orchestrée par la droite, cet impératif de travailler à n’importe quelle condition, ce qui engendre les travailleurs pauvres, les travailleurs précaires etc. Le travail qui mérite d’être défendu, c’est cette conception du travail assorti de droits, qui donne à la fois des ressources matérielles, mais aussi une reconnaissance sociale aux travailleurs.

M. : Donc le travail doit être source de droits, notamment le droit à l’indépendance. Le travail, c’est aussi l’utilité sociale.

R.C. : Oui, au sens large...

M. : Le postulat des militants de gauche du revenu inconditionnel, c’est que tout le monde travaille. Personnellement je ne vois pas qui on pourrait pointer du doigt comme non travailleur. Et puisque tout le monde travaille, tout le monde a droit à l’indépendance, et ce droit on le concrétise par le versement d’un revenu inconditionnel suffisant qui permet de vivre correctement en exerçant les activités de son choix.

R.C. : Peut-être mais, qu’est-ce que ça veut dire tout le monde travaille ?

M. : L’artiste travaille, tout le monde travaille. Toute activité est utile socialement. À partir du moment où l’on dit que le travail c’est l’utilité sociale, il faut définir ce que l’on entend par utilité sociale. À part la loi, il n’existe aucun critère objectif permettant de dire ce qui est utile et ce qui ne l’est pas. La loi permet de faire le tri entre ce qui est nuisible et ce qui ne l’est pas, mais qu’est-ce qui nous permet de dire que l’artiste est utile, ou que tel artiste est utile et que tel autre ne l’est pas ? Qui dès lors ne mériterait pas de percevoir un revenu décent ?

R.C. : Je ne pense pas qu’il faille poser la question en termes de « mérite ». Je suis au moins aussi critique que vous à l’égard des orientations libérales actuellement dominantes qui consistent à subordonner l’octroi des secours à la bonne volonté du bénéficiaire, à exiger de lui une contrepartie quelque soit la situation dans laquelle il se trouve, faute de quoi on le traite de misérable assisté qui vit au dépends de la France qui se lève tôt, et on accuse même les chômeurs d’être des « chômeurs volontaires », ce qui est indécent. Je défends donc aussi, comme je l’ai déjà dit, l’inconditionnalité d’un droit au secours pour tous ceux qui, provisoirement ou définitivement, ne peuvent pas subvenir à leurs besoins par le travail. Mais cela ne signifie pas que l’on puisse sous-estimer l’importance de la question de l’accès au travail pour le plus grand nombre, bien au contraire. Il faut établir une complémentarité entre une politique inconditionnelle de droit au secours pour les situations de hors travail et une politique volontariste d’accès au travail pour tous ceux qui ont la capacité de travailler. À mon avis, c’est sur cette complémentarité que peut reposer la solidarité dans une société démocratique. Le travail est aussi nécessaire que jamais car c’est lui qui crée la richesse sociale qui peut ensuite être redistribuée d’une manière plus ou moins juste. En particulier, on ne pourrait redistribuer les ressources nécessaires à l’instauration d’un revenu minimum que si elles sont produites par ceux qui travaillent. On pourrait ainsi défendre qu’il y a un devoir de travailler qui est exigible auprès de tous, au nom de la solidarité. Mes critiques adressées au revenu universel reposent sur la conviction, ou sur l’espérance, qu’il demeure des enjeux sociaux et politiques essentiels qui continuent à se structurer autour de la place que le travail occupe encore dans notre formation sociale. Autrement dit, je pense que si la structure de la société salariale qui s’est imposée à la fin du capitalisme industriel est aujourd’hui profondément contestée et ébranlée, elle n’est pas détruite. Il faut quand même se rappeler qu’il y a encore aujourd’hui en France une majorité de la population qui travaille, et même qui travaille sous la forme d’emplois stables de type CDI (de l’ordre de 60 %). Il est donc pour le moins prématuré de proclamer, avec André Gorz par exemple, « l’exode hors de la société du travail ». Mais qu’en sera-t-il à l’avenir ? Si l’on n’a pas la prétention de jouer les prophètes, il faut convenir que nul n’en sait rien tant l’avenir apparaît incertain. Il n’est pas certain, mais il n’est pas exclu non plus, que la problématique du travail continue à se dégrader, de sorte qu’à la limite, il n’y aurait plus rien à tirer du travail en termes de protections, de sécurités et de droits. C’est dans cette conjoncture que la problématique d’un revenu minimal prendrait et prendra peut-être bientôt tout son sens. Je me refuse donc à l’exclure, mais je me refuse tout autant à m’y installer dès maintenant, car en faire aujourd’hui un objectif prioritaire, c’est se résigner à l’avance à occuper une posture de vaincu dans les combats qu’il faudra continuer à mener pour défendre la dignité du travail. Telle est du moins la conception que je me fais d’une position de gauche confrontée aujourd’hui à la dynamique du capitalisme mondialisé, mais elle est bien entendu à discuter.

Pour compléter cet entretien vous pouver aussi lire l’itinéraire de Robert Castel : http://www.cairn.info/revue-mouveme...

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 18:30

Des économistes proposent la semaine de 30 heures

« Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes est particulièrement effrayant », alertent des économistes allemands. « Sans oublier les travailleurs pauvres qui triment parfois 50h par semaine sans pouvoir en vivre ». Dans une lettre ouverte, ces économistes proposent de réduire équitablement le temps de travail en passant à la semaine de 30h, sans baisse de salaires. Une proposition qui suscite le débat en Allemagne.

Surprise au pays du « modèle allemand » : dans une lettre ouverte aux syndicats et aux partis politiques, des économistes allemands demandent une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine. Il n’y aura « jamais plus de plein emploi sans réduction du temps de travail », défendent les auteurs de l’appel déjà signé par plus de cent économistes, chercheurs, responsables syndicaux et quelques personnalités politiques de gauche ou indépendantes (Die Linke, SPD et Pirates). L’initiative a été discutée dans des grands journaux nationaux, de gauche comme de droite.

« L’Allemagne et toute l’Union européenne se trouvent dans une crise sociale et économique grave », écrivent les auteurs de la lettre ouverte. « Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes, qui dépasse les 50 % dans certains pays, est particulièrement effrayant. En Allemagne le nombre d’emplois a certes augmenté ces dernières années, mais il s’agit en grande partie d’emplois précaires et à durée déterminée, qui ne suffisent pas pour vivre », assènent-ils, loin des poncifs répétés à l’envi par certains commentateurs français.

« Aujourd’hui en Allemagne, si nous incluons les employés travaillant à temps partiel de manière contrainte, environ six millions de personnes sont au chômage ou sont sous-employées, poursuivent les économistes. Alors que beaucoup de personnes au chômage souffrent de dépression et de dévalorisation, les salariés doivent, eux, assumer un surcroît de travail. Comme nombre d’études scientifiques le montrent, le stress, le phénomène de Burnout et les maladies chroniques et psychosomatiques augmentent. Cette situation est indigne dans une société moderne du XXIe siècle. » De quoi faire écho aux débats sur l’accord interprofessionnel signé le 11 janvier à Paris.

« Près d’un million de travailleurs pauvres font aujourd’hui des semaines de 50 heures et plus pour gagner un revenu suffisant pour vivre. De plus en plus d’actifs doivent recevoir, malgré un emploi, des allocations sociales en complément. Et ceux qui n’ont rien aujourd’hui sont aussi promis à la pauvreté quand ils arriveront à l’âge de la retraite. Les conditions dans les autres États européens sont comparables, voire pires. »

Face à ce terrible constat, économistes et syndicalistes estiment qu’« une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine est nécessaire et urgente. Le temps de travail moyen en Allemagne est de toute façon aujourd’hui déjà en moyenne de 30 heures par semaine, mais le travail est réparti de manière inégale (*). L’exigence d’une semaine à 30 heures prend en compte toutes les formes de réduction envisageables (allongement des congés payés, sortie plus précoce de la vie active, années sabbatiques). Cette revendication est à poser pour tous les États européens. Car le chômage de masse est partout présent et augmente de manière dramatique dans beaucoup de pays de l’Union. »

Pour les initiateurs de l’appel, la réduction du temps de travail ne concerne plus seulement les partenaires sociaux : « Il s’agit d’un projet de la société toute entière. » Ils insistent par ailleurs sur la nécessité d’une réduction « sans perte de salaire ». « Nous connaissons les nombreux cas où les travailleurs ont fait des expériences négatives, parce que les réductions du temps de travail réalisées jusqu’ici se sont faites sans embauche de chômeurs et souvent avec une hausse de la pression au travail ».

Pour eux, seule une réduction collective du temps de travail à 30 heures, à un niveau macroéconomique, est « une clé décisive, si ce n’est la plus importante, pour la perspective d’un plein emploi.  » Des réductions du temps de travail ont déjà été entreprises en Allemagne, mais au niveau d’une entreprise, avec la semaine des 28,8 heures dans certains ateliers de Volkswagen, ou d’une branche, avec la semaine de 35 heures instaurée dans les années 1990 dans le secteur de la métallurgie dans l’ouest du pays.

D'aprés un article d'Ivan Du Roy

http://2ccr.unblog.fr/2013/03/12/des-economistes-proposent-la-semaine-de-30-heures/

(*) 26 % des actifs allemands, et 45 % des femmes, travaillent à temps partiel, contre 17 % en France, 30 % pour les femmes (source Eurostat)

Lire également : MODELE ALLEMAND, NON MERCI…

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 18:30

François Hollande enterre un peu plus l'illusion démocratique qu'il aurait pourtant pu - et dû - faire renaître de ses cendres après des années de résignation politique assumée, en particulier sur les questions économiques et sociales. Par sa faute, le risque d'implosion sociale approche encore un peu plus d'un point de non-retour.

Il semble que l'Accord National Interprofessionel (« pour la compétivité et l'emploi »), en transformant le parlement en simple chambre d'enregistrement de décisions purement corporatistes, n'ait été pour François Hollande qu'une première entaille insuffisamment profonde aux principes démocratiques, dont sa formation politique ne cesse pourtant de se réclamer.

En faisant savoir par divers canaux qu'il pourrait prochainement légiférer par ordonnances, le président élu crache à nouveau au visage de la représentation nationale, dont on se demande bien à quoi elle peut encore servir.

Résumons : là où le parlement ne peut servir de chambre d'enregistrement, on chosit de le court-circuiter.

Le règne de la technocratie, la dictature des experts, la fatalité de lois économiques élevées au rang de lois naturelles, voire divines, auxquelles les hommes ne peuvent rien changer et face auxquelles ils ne peuvent que plier, sont ainsi consacrées. L'espoir d'un contrôle du peuple sur son propre destin s'évanouit un peu plus. Un peu trop ?

Si le peuple ne peut plus compter sur les élections et sur ses représentants élus pour faire valoir ses intérêts et ses droits les plus fondamentaux, quels moyens choisira-t-il pour se faire enfin entendre ?

Il est temps pour notre représentation nationale de réagir avant que la situation ne bascule dans le (vraiment, vraiment) tragique. Le temps n'est plus aux atermoiements.

Parlementaires socialistes, VOUS êtes responsables. RESAISISSEZ-VOUS au nom du peuple qui vous a élu pour LE représenter !

 

Auteur: Willien in Agoravox

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 18:30

L'intérieur du Sénat, en octobre 2011.

Les sénateurs ont fixé à l'unanimité, jeudi 14 mars, en seconde lecture, à 1 000 habitants, au lieu de 3 500 actuellement, le seuil à partir duquel sera en vigueur dans une commune, pour les élections municipales, le mode de scrutin proportionnel par liste. En première lecture, les députés avaient abaissé ce seuil à 500 habitants.

Dans ce mode de scrutin, actuellement réservé aux communes de 3 500 habitants et plus, les sièges au conseil municipal sont répartis pour moitié à la représentation proportionnelle entre toutes les listes ayant obtenu plus de 5 % des voix, tandis que l'autre moitié est attribuée uniquement à la liste majoritaire. Les listes doivent être constituées paritairement, avec une alternance d'un homme et d'une femme.

PLUS SOUPLE DANS LES COMMUNES DE MOINS DE 2 500 HABITANTS

En revanche, le mode de scrutin est très souple dans les communes de moins de 2 500 habitants, les électeurs composant la liste de leur choix. Dans les communes de 2 500 à 3 500 habitants, l'élection se fait selon le système majoritaire par liste, les électeurs pouvant panacher des candidats de plusieurs listes sur leurs bulletins. Il n'y a pas d'obligation de parité : moins d'un tiers de femmes ont été élues en 2008 dans les petites communes.

Si la disposition votée par les sénateurs est définitivement adoptée à l'issue de la navette parlementaire, le système en vigueur dans les communes de moins de 2 500 habitants sera réservé aux plus petites, de moins de 1 000 habitants. Le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, a assuré le Sénat du soutien "ferme" du gouvernement sur ce seuil.

Cette mesure fait partie du projet de loi sur les scrutins locaux. Jeudi matin, les sénateurs ont rejeté pour la seconde fois la mesure phare de ce texte, l'institution d'un scrutin binominal paritaire aux élections départementales, avec un ticket homme-femme dans des cantons deux fois plus grands.

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 18:26

À un capitaine des étoiles

Salut à toi
Adolphe le marin
Qui porta haut
Les couleurs de nos îles
À la barre de tes navires.

Salut capitaine des vents
Chasseur de vagues et d’embruns
Armateur tôt levé
D’étoiles en partance.

Salut pionnier
Des labours maritimes
Éleveur de carènes
Arpenteur de cyclones
À la proue de nos rêves.

Salut briseur d’écume
Patron d’Océan du Lynndy
De la Roche Percée
Amoureux patenté d’Antoinette
Et de Miss.

Salut grand connaisseur
De cartes et portulans
Découvreur d’estuaires et de rades
Raidisseur de cordages
Et d’estropes.

Salut fils de pêcheur
Enfant de la navigation.
Pour toi s’en sont allés les quais
Qui jamais ne reviennent

A nos yeux impuissants
Se sont trop tôt
Rompues les amarres du voyage.

Nous te saluons de la drisse
De nos mâts bourlingueurs
Où flotte en berne
Le pavillon de la détresse
Comme une larme
Aux yeux d’une maîtresse.

Salut à toi Adolphe le marin
Qui porta haut les couleurs
De nos îles
À la barre de tes navires.

Raymond Joyeux.

 

Annotations personnelles : Chers amis  lecteurs de la cours des braves, c'est avec grand plaisir que j'ai pris la décision de vous faire partager  ce poème écrit par  Raymond Joyeux  ,en la mémoire de notre compatriote Adolphe partit trop tôt  sur l'autre rive.

 

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  • L'archipélien
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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