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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 20:57
Le Japon, pays en pointe sur la prévention du risque sismique
Depuis le séisme meurtrier de Kobe en 1995, le pays a pris conscience de l'urgence et la nécessité de mettre en place des dispositifs anti-sismiques. Le Japon, situé à la jonction de quatre plaques tectoniques, subit 20% des séismes les plus violents enregistrés dans le monde. On estime que le pays subit une secousse toutes les 5 minutes. Il est donc le premier pays à avoir enregistré la parasismologie au registre des recherches scientifiques du pays, dès l'ère Meiji (1868-1912).

Malgré cette récurrence des secousses, ce n'est qu'après le violent séisme de Kobe, qui a fait 6000 victimes dans la région le 17 janvier 1995, que le Japon a mis en place des systèmes de protection anti-sismique, et des plans de prévention. D'autant que, dans les régions du Tokai et de Tokyo, les experts et la population s'attendent depuis de nombreuses années au "Big One", un tremblement de terre aussi important que celui qui a touché le pays en 1923, faisant plus de 140 000 victimes.

Depuis près de cinquante ans, le gouvernement nippon a mis en place un programme d'exercices de prévention. Entraînés dès l'enfance, les Japonais savent qu'ils doivent couper le gaz et se précipiter sous une table dès les premières secousses. Au cas où ils se retrouveraient prisonniers des décombres, indique-t-elle, certains achètent des kits de survie pour tenir jusqu'à l'arrivée des secours, et les écoliers disposent d'un casque de protection dans leur casier.

D'autre part, en 2009, près de 800 000 personnes à travers le pays, dont le Premier ministre, ont participé le 1er septembre au grand exercice annuel et national de prévention, à la date anniversaire du grand tremblement de terre de 1923. Régulièrement, des camions de simulation sismique sont mêmes installés dans la rue dans le but de sensibiliser la population aux effets des tremblements de terre.

Enfin, les fonctionnaires de l'Etat bénéficient aussi de ce programme. Toshitaka Katada, professeur au laboratoire de recherche sur les désastres de l'Université de Gunma, explique que "les administrations locales sont aussi formées pour émettre des bulletins d'évacuation, offrir de la nourriture et des abris aux sinistrés". Et au pays de la haute technologie, nombre de Japonais sont prévenus par téléphone portable de l'arrivée imminente d'un séisme, qui entraîne en outre l'arrêt automatique des centrales nucléaires et des trains à grande vitesse.

Un système d'alerte aux raz de marée perfectionné a été mis en place et amélioré au fil des années, avec des capteurs avancés en haute mer. Il doit signaler les régions menacées, via la télévision et la radio notamment, dans un délai ne dépassant par les quatre minutes après un séisme. Mais le phénomène reste encore difficilement prévisible avec exactitude. Pour tenter de protéger des rivages, des millions d'arbres ont aussi été plantés et des digues de 10 à 20 mètres de hauteur élevées à des endroits sensibles.


Des installations publiques très sophistiquées

"Le gouvernement a conféré à l'Etat la responsabilité de protéger les citoyens face aux catastrophes", expliquait en 2009 le professeur Toshitaka Katada, qui cite la construction de digues et remblais pour éviter inondations et glissements de terrain. De plus, l'Etat a mis en place dans certaines villes des quartiers urbains disposant d'"aires de rassemblement" pour les habitants au cas où des immeubles menaceraient de s'écrouler.

Les Japonais sont aussi les plus avancés dans le domaine des techniques d'amortissement des chocs sismiques pour les bâtiments. Plus de 2 000 grands immeubles japonais sont équipés de ces systèmes «isolants», contre moins de 400 dans le reste du monde. Après le séisme de Kobe en 1995, des mesures gouvernementales ont été prises pour stimuler encore la recherche sur les systèmes parasismiques et muscler la prévention. En 2007, Tokyo a procédé à un durcissement draconien des normes de prévention des séismes, après un scandale retentissant. Un architecte renommé avait ainsi été condamné à cinq années de prison pour avoir bâti une centaine d'immeubles d'habitation et d'hôtels avec des dispositions parasismiques insuffisantes, à des fins d'économie bien sûr. Du coup, les autorités avaient imposé, pour tout permis de construire, une validation des plans par un organisme homologué, alors qu'auparavant un simple examen par un cabinet privé suffisait.

Des milliers d'entreprises, de bâtiments publics, de gares ou de trains sont aussi équipés de dispositifs permettant de déceler les premiers frémissements du sol. Et les autorités ont élaboré un plan de routes réservées aux seuls secours en cas de catastrophe, ainsi qu'un réseau d'abris pour stocker du matériel de survie. La prévention passe aussi par la formation de la population. Dès la maternelle, dans toutes les écoles, des exercices de simulation et d'évacuation ont lieu plusieurs fois par an.

"Nous avons beaucoup appris de l'analyse des dégâts à Kobe", estimait pour sa part en 2010, Satoru Saito, expert au cabinet de recherche Nomura. Ce spécialiste explique que désormais, les systèmes d'isolation, placés entre les fondations et les structures élevées, permettent d'atténuer ou d'empêcher aux édifices de se déformer ou de se rompre. De plus, montés sur vérins, sur ressorts, sur rails ou roulements à billes, trempés dans une cuve d'eau, soutenus par des amortisseurs ou haubans, ou reposant sur d'imposants "boudins" en caoutchouc, les immeubles nippons peuvent désormais faire face aux catastrophes naturelles. Pour rappel, le Japon compte 7 gratte-ciels de plus de 270 mètres, dont deux à Tokyo. Le plus haut culmine à Yokohama (sud de la capitale) à 296,3 mètres

Muneharu Araya, directeur adjoint du bureau de prévention des désastres à Hachinohe, ajoute en exemple que des rénovations dans la ville d'Hachinoche (nord) ont aussi été mises en place après le tremblement de terre de 1995. "La ville a eu recours, pour la première fois au Japon, à des canalisations antisismiques dont les joints sont flexibles."

De magnitude 7.2, le séisme de Kobe qui s'est produit en 1995, avait fait plus de 140 000 victimes ou disparus, et des dégâts matériels se chiffrant à près de 100 milliards d'euros. 

Cette prévention des risques sismiques a un coût économique. Fin 2007, à la suite du durcissement des normes sismiques, la Banque du Japon avait significativement abaissé ses prévisions de croissance - de 2,1 % à 1,8 % -, devant le dévissage de l'investissement dans l'immobilier.


Points faibles: les maisons individuelles

Toutefois, comme l'indique Satoru Saito, de nombreuses maisons individuelles, en zones semi-urbaines et rurales notamment, sont encore inadaptées, malgré une fois encore une prise de conscience de la population après le séisme de 1995. Exemple à Hachinohe, où un habitant témoigne, joint par l'AFP en 2008: "On avait eu bien plus de dégâts lors du dernier gros tremblement de terre à Kobe. Après ce séisme, j'ai complètement refait l'extérieur et renforcé la structure du bâtiment [de mon atelier de photographie], avec environ 10 tonnes d'acier." Un témoignage que confirme le spécialiste Muneharu Araya: "Les gens [d'Hachinohe] ont pris conscience de la nécessité de se préparer à des séismes majeurs."

Les observateurs s'inquiètent également de l'état de certains bâtiments publics parfois érigés à la hâte en banlieue dans les années 1960. Selon eux, il n'est matériellement pas possible de tous les reconstruire ou mettre à niveau en quelques années, ne serait-ce que d'un point de vue financier dans un pays surendetté.

Reste que "le Japon a le système d'alerte le plus évolué du monde, même s'il n'est pas parfait", affirmait en 2009 Hiroshi Inoue, de l'Institut national de recherche pour la prévention des désastres. La bonne gouvernance du pays est en effet un autre point faible du système nippon: un bâtiment a plus de chance de s'écrouler si les responsables locaux ont triché sur les matériaux de construction pour récupérer de l'argent au passage, indique la journaliste Harumi Ozawa. Ce type de scandale s'est notamment produit en 2008, après le séisme du Sichuan en Chine, qui avait entraîné la destruction de nombreuses écoles

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Published by L'archipélien - dans actualités
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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