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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 20:11

L'humilité "finale" de Sarkozy n'impressionne pas les Américains


Rédigé par Stephane Trano le Jeudi 10 Mai 2012 à 14:25 | 0 commentaire(s)


Vu des Etats-Unis, l'étrange nostalgie qui se manifeste en France après la défaite infligée à Nicolas Sarkozy est une bizarrerie de plus. Mais ce que les Américains voient dans une élection dont le résultat leur donne à réfléchir, c'est à la fois la faute d'un président qui a ouvert un boulevard pour l'extrême-droite, et un sérieux avertissement pour le candidat Obama.


Le Président Barack Obama durant son interview à Good Morning America avec Robin Roberts sur ABC, à la Maison Blanche, le 9 Mai, 2012. (Photo Maison Blanche par Pete Souza)
Le Président Barack Obama durant son interview à Good Morning America avec Robin Roberts sur ABC, à la Maison Blanche, le 9 Mai, 2012. (Photo Maison Blanche par Pete Souza)
Les Américains sont pragmatiques. Et ils ne sont jamais tendres avec les perdants. Le malaise exprimé par une partie de l'opinion française après le retrait étonnament « humble » de Nicolas Sarkozy, aux antipodes de son mandat et de sa campagne, leur parait de ce fait quelque peu surprenant.

Sur le style de « Mister Bling Bling », comme on l'a souvent appelé ici, ce commentaire acerbe de The Economist: « M. Sarkozy semblait incapable de de contrôler ses propres impulsions, que ce soit pour exhiber sa nouvelle petite amie (Carla Bruni), pour humilier un leader en public (Silvio Berlusconi) ou tout simplement pour gérer son humeur (l'insulte lancée lors de sa visite au Salon de l'Agriculture). » Mais, souligne ce magazine parmi les plus influents du monde économique,« si ses résultats politiques avaient été plus impressionnants, les Français auraient pu lui pardonner ses faiblesses. Ils ne l'étaient pas, ils ne l'ont donc pas fait. »

Sur le fond, la presse anglo-saxonne tranche également singulièrement avec les larmoiements d'une partie de la presse française. Car il y a, d'abord, la vision dérangeante d'une France poussée vers l'extrême-droite au nom d'une ambition personnelle.

Dans le Daily Beast (14 millions de lecteurs), Christopher Dickey ne mache pas ses mots vis à vis du "looser" (perdant, NDA) des présidentielles: « En France, la cinquième plus puissante économie du monde avec le troisième plus grand arsenal nucléaire, une combinaison de mécontentement populaire et d'opportunisme cynique de la part du Président Nicolas Sarkozy a ouvert la voie au leader rusé de l'extrême-droite Marine Le Pen pour inscrire quasiment son parti dans le champ des grands partis traditionnels. Sarkozy pensait qu'il battrait les électeurs. Mais il a perdu l'élection. Le père de Marine Le Pen peut avoir flirté avec les fascistes lorsqu'il a batti le Front National mais maintenant, c'est elle qui flirte avec le vrai pouvoir à travers son pari pour devenir une force majeure lors des élections parlementaires le mois prochain. »

Même constat pour Forbes, pour qui Sarkozy « reste en grande partie la victime de sa propre arrogance. Il ne peut blâmer personne d'autre que lui-même pour sa défaite. En fin de compte, il récolte ce qu'il a semé durant ses cinq ans de présidence. Son virage abrupte à droite pendant la campagne était cruciale pour sa survie politique. C'était une tentative desespérée de dernière minute pour gagner plus de partisans de l'extrême-droite du Front National, qu'il n'est pas parvenu à convaincre en nombre suffisant. (...) Là encore, l'intérêt principal de Mr. Sarkozy était Sarkozy lui-même. Viré de son leadership, l'avenir de l'UMP n'est guère son problème. » 

C'est donc avec une certaine anxiété que l'on attend maintenant, outre-Atlantique, l'issue des élections législatives en France. Alors qu'il n'est un secret pour personne qu'Obama n'est guère enthousiaste pour l'instant à l'idée de travailler avec François Hollande, une France partagée entre un pouvoir socialiste et une extrême-droite en position forte dans l'opposition ne ferait que compliquer la donne. Mais son face à face avec François Hollande n'est pas pour déplaire à tous.


Le mariage gay, un "coup" soufflé par Hillary et Bill Clinton

Nombre de commentateurs voient un avertissement sérieux, dans l'élection de François Hollande, pour le candidat Obama.

Le staff présidentiel avait beaucoup travaillé aux différents scénarios possible pour le 6 mai, à la fois en France et en Grèce. Le brutal virage du président américain pris en ce début de semaine pour orienter sa campagne sur un thème social très polémique ici, le mariage gay, est le résultat direct de l'alerte qui a sonné à la Maison Blanche. L'idée lui en a été soufflée voilà quelques jours par Hillary et Bill Clinton, extrêmement actifs pour sa réélection, chacun dans leurs domaines respectifs. Après le ballon d'essai lancé dimanche par son Vice-Président (voir notre billet à ce sujet ), le Président a surpris son monde, ce mercredi, en prenant ouvertement position pour celui-ci... mais à titre personnel. Effet réussi: l'annonce a servi de pare-feu, au moins durant quelques heures, à tous ceux qui, autour de lui comme autour de son adversaire Mitt Romney, tentent de prendre la mesure des nouveaux enjeux annoncés par ce week-end européen mémorable. 

Car il ne faut pas s'y tromper: il n'y a rien d'historique dans la déclaration de Barack Obama. Le Président n'a pas de majorité pour pousser une loi en faveur du mariage gay. La reconquête de la Chambre des Représentants par le Parti Démocrate cette année est très improbable. Et de nombreux Etats batailleront longtemps avant de céder devant une telle mesure. Alors, pourquoi un tel effet, sur ce sujet et maintenant?

Obama, médiateur entre Merkel et Hollande

Les Etats-Unis redécouvrent, avec l'élection de François Hollande, une autre face de l'Europe qui n'est pas exclusivement celle d'Angela Merkel, pour l'économie, et de Nicolas Sarkozy, pour l'alliance atlantique. Ils font face, désormais, à une troisième voie qui s'oppose aux chemins de la rigueur qu'eux-mêmes n'ont même pas commencé à mettre en oeuvre, et qui tend désormais à prendre la mesure de son engagement sur des théâtres d'opérations militaires pour en réévaluer l'opportunité.

Le Washington Post expliquait ainsi, dans son édition d'hier,  que Barack Obama « va probablement se retrouver en situation d'intermédiaire entre Hollande et Merkel. » Mais, estime le quotidien, " ces deux leaders ont de bons tempéraments et sont pragmatiques, pas comme l'imprévisible Sarkozy. » Il va donc falloir que le Président américain fasse oublier sa complicité avec Nicolas Sarkozy, lequel lui permettait de rester à distance de la complexité européenne, pour s'investir directement. Ce qui n'est pas pour lui chose facile. Et ce d'autant plus que l'annonce, cette nuit, par le Président russe Vladimir Poutine qu'il ne participera pas au Sommet du G8 à Camp David les 20 et 21 mai, a jeté un froid à Washington. Cette défaillance - prétenduement pour cause de formation d'un nouveau gouvernement à Moscou, ce qui tient de la plaisanterie - affaiblit à la fois le sommet et Obama lui-même. 

Avec un brin de malice, de nombreux journaux attendent désormais le face à face Obama-Hollande, le nouveau Président français étant de plus en plus présenté comme le symbole d'une nouvelle Europe qui risque bien de donner envie aux Americains d'une nouvelle Amérique. 

Sarkozy, un monde qui n'existe déjà plus

Dans le New Yoker, John Cassidy apporte la touche finale au constat actuel: « Pour Barack Obama, la vision de Nicolas Sarkozy, un autre membre de la classe présidentielle 2007-2008, chassé par les électeurs Français, soulève des sentiments mitigés. Arrivant trois jours après que les électeurs britanniques aient répudié la coalition libérale-conservatrice de David Cameron aux élections locales, et le jour même où les Grecs ont infligé de lourdes pertes aux deux grands partis lors des législatives, le résultat Français est un nouveau revers pour les Conservateurs et les partisans de l'austérité budgétaire. (...) Au terme de cinq années de règne, le peuple Français ne croyait plus que (Sarkozy) pouvait lui offrir le brillant avenir qu'il leur avait promis. Obama, lui-aussi, est arrivé au pouvoir en promettant des jours meilleurs. (Mais) la question la plus importe, a-t-il dit Samedi, n'est pas seulement ce que nous faisons aujourd'hui. C'est ce que nous ferons demain. Quand un politicien en place demande aux électeurs de ne pas le juger principalement sur son bilan mais sur ses plans d'avenir, vous savez qu'il est plutôt inquiet. »

Et il a d'autant plus de raisons de l'être que le Président François Hollande n'a pas montré, au cours des 48 dernières heures, de signes de faiblesse quant à sa détermination à maintenir ses position sur le dossier Afghan, sur le Traité européen ou sur le tournant social. A Chicago, la semaine prochaine, puis à Camp David, la semaine suivante, Sarkozy ne sera plus que le vague souvenir d'un monde qui n'existe déjà plus.
Auteur :Stéphane STRANO in MARIANNE

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Published by L'archipélien - dans politique
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commentaires

Clovis Simard 05/08/2012 20:37

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