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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 18:44

Le 15 mai, Nicolas Sarkozy rendra les clés de l'Elysée. La passation de pouvoirs avec François Hollande est prévue ce jour-là. Il faudra encore attendre 30 jours pour qu'il redevienne un justiciable presque comme les autres.

Presque comme les autres.


"Monsieur Sarkozy, bonjour, c'est Renaud van Ruymbeke..."


Ayrault ou Juppé
La semaine dernière, certains à l'UMP, sur le Web ou ailleurs, ont cru bon d'exhumer une vieille histoire relative à Jean-Marc Ayrault. Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale avait une vieille affaire de 1997. Jeudi, il a dû s'expliquer pour une condamnation datant de 1997 pour favoritisme et moins de 5000 euros d'amende (30.000 francs). Son avocat a précisé le lendemain que son client avait été réhabilité en 2007 : « Il apparaît que la condamnation de M. Ayrault en 1997 est nulle et anéantie par la réhabilitation intervenue en 2007 » a expliqué Maître Mignard.

Le journaliste Bruno Roger-Petit a eu la remarque qu'il fallait, en conclusion d'un long billet sur l'affaire: « Qu'en aurait-il été si, Nicolas Sarkozy réélu, il avait nommé Alain Juppé à Matignon, comme on lui en prêtait l'intention, au moins autant que celle prêtée à Hollande de nommer Jean-Marc Ayrault à Matignon ? »

L'UMP de Sarkofrance avait donc l'exigence volage: Ayrault, condamné puis blanchi, pour 5000 euros à peine. Les cas de Woerth, Gaubert, Bazire, ou Squarcini mis en examen n'avaient jamais soulevé une telle indignation.

Sarkozy, et la vraie justice.
Ancien président, Nicolas Sarkozy intègrera le Conseil Constitutionnel. C'est l'une des bizarreries de la Vème République qui permet de récompenser les perdants. Les anciens présidents y ont un siège à vie moyennant 12.000 euros mensuels.

Le Sénat avait annulé cette disposition en 2008. Mais à l'époque, comme le rappelle Mathilde Mathieu pour Mediapart dans son édition 11 mai, les députés UMP avaient rétabli ce privilège. L'Elysée était furieux de cette initiative bipartisane au Sénat. D'après un sénateur UMP cité par Mediapart: « Le soir même, lors d’un dîner du groupe UMP, on a pris une volée de bois vert de la part de François Fillon. J’ai cru sentir que le premier ministre nous réprimandait au nom de l’Elysée… »

« M'sieur Hollande, on peut me reprocher bien des choses, mais pas de ne pas assumer mes responsabilités.»

Cette phrase, prononcée jusqu'au débat de l'entre-deux tours, Nicolas Sarkozy l'a souvent répétée. Et donc, le moment est bientôt venu d'assumer, et devant la justice.

Karachi revient
Mercredi 9 mai, le Parisien - que d'aucuns à l'UMP devraient donc rapidement qualifier d'officine - publiait le fac-similé du bordereau de retrait de 10 millions de francs. Le coup était rude pour Nicolas Sarkozy. A l'époque, en 1995, il était ministre du Budget. Son chef de cabinet adjoint, Thierry Gaubert, a depuis été mis en examen pour «recel d'abus de biens sociaux» et «subornation de témoins» dans cette même affaire. Sarkozy lui-même avait couvert et validé les montages fiscaux qui permettaient ces étranges commissions pourtant légales destinées à corrompre quelques dignitaires pakistanais et saoudien dans le cadre de vente d'équipement militaire.Le juge Marc Trévidic, en charge de l'enquête sur l'attentat de Karachi, étudie l'hypothèse que cet attentat ait été une vengeance pakistanaise après l'arrêt de versements de ces commissions. De fil en aiguille, ses collègues Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire ont obtenus des témoignages validant la piste d'un financement politique illégal, et notamment de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur. Le directeur de cabinet de ce dernier et proche ami de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire, a été mis en examen en octobre dernier.

Le document publié mercredi par le Parisien était une sacrée mauvaise nouvelle.

« C’est une pièce capitale. Depuis deux ans, le volet financier de l’affaire Karachi n’a qu’un but : rechercher l’origine douteuse d’un versement de 10 millions de francs (1,5 M€) sur le compte de campagne du candidat Balladur, le 26 avril 1995. Selon la thèse suivie par les juges, cet argent proviendrait du détournement de commissions — les rétrocommissions — issues de contrats d’armement signés sous le gouvernement Balladur. Une piste plus que jamais crédible depuis la découverte, le mois dernier, d’un bordereau de retrait en liquide effectué en Suisse par un prête-nom de l’intermédiaire Ziad Takieddine. Sa date : 7 avril 1995. Son montant : 10 MF. Bref, tout colle. »

C'était terrible. Les juges avaient donc la preuve d'un sacré et curieux retrait d'espèces de 10 millions de francs tout rond. Comme dut l'écrire Gary Assouline, pour le Figaro, la thèse des rétrocommissions était « confortée ».

Kadhafigate
Vendredi 11 mai, Karl Larske et Fabrice Arfi publiaient pour Mediapart un transcript authentifié d'un échange téléphonique entre Nicolas Sarkozy et le colonel Kadhafi, quelques jours après sa prise de fonctions à l'Elysée. La discussion est troublante.

1. Contrairement à ce qu'il a affirmé pendant la campagne, il a bel et bien cherché à vendre du nucléaire français à la dictature libyenne. Ses dénégations de campagne avaient d'ailleurs été contredites par de nombreuses preuves officielles (contrats, communiqués) entre 2007 et 2009.

« J’ai été beaucoup touché par la lettre de félicitations que vous m'avez envoyée, et je souhaite donner une nouvelle dimension à nos relations bilatérales, par exemple par rapport à l'énergie nucléaire, et si vous acceptez, je suis prêt à envoyer une mission d’exploration pour étudier ce sujet, et dans le domaine de la défense je suis heureux si nous pouvons travailler concrètement avec la Libye (...). »


2. Dans la même discussion, Sarkozy eut cette autre formule plus curieuse encore. Il avait déjà énuméré les sujets officiels de l'échange (le nucléaire, la libération des infirmières bulgares, la lutte contre le terrorisme, la coopération en Méditerranée, il conclua:

« Qui est la personne que je pourrai rencontrer pour échanger avec elle sur des questions délicates ? Est-ce monsieur Bachir ou le ministre qui vient de votre part ? »

Quelles questions délicates avait-il donc à traiter avec Bachir Saleh ? Pourquoi Bachir Saleh, recherché par Interpol après la chute de Kadhafi, a-t-il été protégé par les autorités françaises ?

 

 

Auteur juan sarkofrance in Marianne

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Published by L'archipélien - dans politique
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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