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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 18:41

J’ai tout largué y compris les amarres !

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Mouillage gratuit au Sud du Portugal.

640 jours !

Voilà 640 jours que nous avons quitté Paris, nos familles, notre travail, nos amis...
Après en avoir rêvé pendant toute une vie j'ai vendu tout ce que j'avais pour acheter un voilier et je suis parti avec femme, enfant et chat. Un peu d'argent pour tenir quelques mois et dix doigts dont je sais me servir et sur lesquels je comptais pour regarnir la caisse de bord quand son niveau plonge sous celui de la mer.
 
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C’est encore loin ?

La décision de changer pour une vie de romanichelle n'a pas été facile à prendre. Et encore moins à faire accepter à ma femme. D'autant qu'entre temps une petite fille a rejoint le clan familial, ce qui, aux yeux de ma femme, rendait le projet quasi-impossible. Il m'a encore fallu quelques années pour la convaincre, d'autant que notre expérience du bateau était pratiquement nulle, à part quelques ronds dans l'eau sur un petit bateau pendant les vacances. Et c'est avec une fillette de cinq ans que nous avons enfin largué les amarres.

 
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Des kilomètres à pieds.

Il a aussi fallu lutter contre ceux qui veulent vous convaincre de laisser tomber. La famille qui s'inquiète et qui voudrait voir grandir notre fille. Ceux qui vous explique que c'est un suicide professionnel, qu'on ne retrouvera pas de travail à notre retour, qu'on sera catalogué "inapte au travail". D'autres qui nous ont expliqué que nous finirions clochards dans un pays pourri, que rien ne vaut la France etc, etc, etc... Et encore nous ne leur avions pas dit que nous ne comptions pas rentrer en France mais chercher un endroit pour vivre où nous serions mieux et qui nous donne plus d'espoir pour l'avenir de nos enfants. Nos enfants car depuis notre départ un petit garçon est venu rejoindre l'équipage. Encore une occasion pour nos familles de nous dire : "Bon. Maintenant, avec un bébé, vous allez arrêter vos conneries et rentrer ?".

 
Bref une utopie... De la folie... Mais la folie n'est-ce pas plutôt de passer trois heures par jour dans les transports en commun pour aller gagner quelques pièces ? Un peu d'argent, de quoi faire garder notre fille pendant que nous bossons alors que nous rêverions de la voir grandir. Et pour s'acheter le dernier téléphone parce que la pub nous explique qu'il est indispensable et que si nous ne l'avons pas nous ne sommes que des cons. C'est vrai qu'il est bien, il y a même un programme qui nous dit ce qu'il ne faut pas rater à la télé ce soir. Il faut dire aussi que l'anormalité poussait en nous depuis longtemps. On l'avait déjà jeté il y a pas mal d'années cette foutue boite à images...
 
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Des copains qui nous accompagnent souvent.

Donc on a vendu tout ce qu'on avait accumulé comme objets, bidules, véhicules et autres, on a acheté un beau voilier d'occasion que nous avons préparé pendant cinq mois et nous voilà partis.

 
Au programme rien de spécial. A chaque étape nous décidons quelle sera la suivante. Pas question de foncer vers les Antilles comme la plupart des bateaux voyageurs mais au contraire prendre notre temps. Si on n'aime pas un endroit on repart le lendemain. Si ça nous plait on reste un peu plus. On est même resté deux mois dans un village portugais où on s'est senti bien, accueilli et accepté par toute la population. A ce sujet, c'est incroyable mais la solidarité existe encore ! Nous la rencontrons presque tous les jours. Un personne rencontrée deux heures qui nous prête sa voiture pour que nous puissions découvrir l'arrière pays, les pêcheurs qui nous offrent du poisson, les exemples sont si nombreux que les lister remplirait un livre. Et quand on vous aide gratuitement, comme ça pour le plaisir, mais tellement que vous ne pouvez rien faire pour rendre la pareille, le jour où vous pouvez à votre tour aider quelqu'un vous le faites. Et ça crée encore du bonheur ! Et le bonheur attire le bonheur. Et notre vie parisienne si morose est devenue d'une richesse impossible à décrire. Nous croisons parfois des gens qui ont fait des choix de vie comme le nôtre et il n'y a qu'avec eux qu'on arrive à se comprendre, à partager certains sujets.
 
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Recoudre une voile, c’est long mais pas cher.

Nous vivons maintenant de peu de choses, ce qui m'aurait paru impossible il y a encore quelques années. Nous pêchons, cueillons, échangeons... Nous rencontrons beaucoup de gens, créons des amitiés sincères car basées sur aucun intérêt particulier. Nos journées passent entre la scolarité de notre fille que nous faisons nous-mêmes (au passage on évite les théories du gender et autre folie actuelle), l'entretien du bateau qui est devenu un membre à part entière de la famille et pas le moins chronovore, les rencontres avec les amis, les visites des lieux que nous traversons, l'avitaillement et la recherche de nourriture. Sans compter les coups de mains que nous donnons à droite à gauche... Dire que nos amis restés en France nous imaginent en train de glander dans le cockpit, sous le soleil. Nous n'avons pas une minute à nous ! Tout le temps débordés mais notre vie a gagné en intensité.

 
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Un repas gratuit mais excellent.

Nous sommes aujourd'hui dans un modèle décroissant sans avoir l'impression de nous priver pour autant. Notre électricité est celle produite par nos panneaux solaires. Une douche nous coûte entre dix et douze litres d'eau. Nous avons un vieil ordinateur, plus de téléphone, troquons, ne mangeons que les légumes de saisons et achetés au paysan du coin. Quel plaisir de bricoler un truc avec un vieux bout récupéré dans l'eau. J'ai plus de plaisir à me servir de mon palan artisanal que j'en avais à utiliser mon smartphone dernier cri.

 
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Vue sur notre jardin le soir.

Je sais que vous aussi vous avez au fond de vous un vieux rêve impossible. Et bien j'ai une bonne nouvelle pour vous : il est tout sauf impossible. Foncez ! accomplissez-vous ! N'attendez surtout pas votre retraite pour le faire, il n'est pas sûr que ça existe encore la retraite d'ici là. Ni que vous ayez encore la force, le courage ou le temps pour le faire. Ne croyez surtout pas ceux qui vous disent qu'il n'y a qu'une vie et qu'elle se résume à métro, boulot, dodo...

 
Et si un jour vous vous lancez dans votre rêve, envoyez-moi un petit mail pour me le raconter, ça me fera sincèrement plaisir.
 
Pour suivre notre histoire ou nous contacter : www.opalula.com.
Auteur :Chalau

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Published by L'archipélien - dans divers
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  • L'archipélien
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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