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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 17:30
Pourquoi la France ? Pourquoi une équipe au standing footballistique correct s’est-elle révélée la plus calamiteuse, par son jeu et surtout son comportement, parmi les trente-deux sélections présentes en Afrique du Sud ? Sur le strict plan sportif, Michel Platini a donné son explication, courte mais pas fausse : le niveau des Bleus de 2010 n’est pas celui de 2006 et encore moins celui de 1998. On sait que l’essentiel est ailleurs : dans l’absence criante de ce fameux « esprit d’équipe »,  aussi vague qu’incontournable, mélange de motivations personnelles, d’ego comme d’appartenance à une famille, un groupe. Une nation ?  Vous avez dit identité nationale ? La débâcle du 11 tricolore serait-elle donc à chercher du côté de cette obsession  très française que de médiocres ambitions électorales ont transformée en pantalonnade vidée de sens ?

 

D’une certaine manière,  « identitaristes » de droite et de gauche viennent effectivement d’en remettre une couche sur le cadavre encore fumant du « football français .» Les uns, conformément à leurs fantasmes « racialistes »  pensent qu’il est tout simplement impossible d’unifier autour du drapeau des joueurs souvent issus de l’immigration et dont le sens de la nation serait, par nature, déficitaire. Les autres, à l’image de Julien Dray, ont voulu voir dans l’immense écoeurement suscité par le comportement des Anelka and Co la revanche d’un peuple lui aussi,  par nature, raciste, hostile au métissage et manipulé d’en haut par un Sarkozy démiurge. Maurice Szafran, directeur de Marianne, a dit ici même ce qu’il fallait penser de cette vision fausse et dangereuse.

 

Alors pourquoi les Bleus ? Seraient-ils les seuls enfants gâtés pourris de la planète foot, les uniques pratiquants de l’insulte et du coup de boule comme mode d’affirmation au monde ? Comme tant d’autres, Ribéry et  consorts sont les enfants irascibles et éventuellement violents des mutations qui affectent toute l’Europe : le questionnement et la fragilisation des anciennes cohésions nationales, la brutalité de la « révolution » ultra-libérale, la  déterritorialisation générale qui l’accompagne comme l’agonie des utopies politiques. Le proche, qui est souvent le « clan », avec ses intérêts financiers, son étroitesse d’esprit, sa dureté mais aussi sa chaleur rassurante, compte plus à leurs yeux que toutes les institutions censées incarner et faire vivre l’esprit de la République.

Dans leur vie de milliardaires transnationaux, se déplaçant dans les jets privés des clubs, entourés en permanence d’une cour d’assistants polyglottes, d’agents, de managers et de loufiats en tous genres, la structure « Equipe de France » apparaît pratiquement comme la seule contrainte. Elle devrait être positive, formatrice. Educative. Elle est devenue peu à peu une garderie grand luxe pour garnements malpolis, toujours prêts à casser leurs jouets. Cela tient bien sûr à la médiocrité de nombreux cadres de la Fédération française de football, à la personnalité de Raymond Domenech mais cela n’explique pas la sensation laissée à tous les observateurs en Afrique du Sud : celle d’une équipe à la dérive, comme aucune autre, fracturée, privée de tout sens de la solidarité, en manque d’énergie, de souffle comme aucune autre. Bref racontant, comme aucune autre, la « souffrance »  (au risque de scandaliser leurs nombreux fans smicards, plusieurs joueurs ont employé le mot en conférence de presse) française.
Celle d’un pays qui a longtemps proclamé sa vocation d’Etat-nation, basé sur le consensus, l’adhésion collective au mythe républicain, à la centralité et qui, plus que tout autre, accepte mal son intégration aux forceps dans le grand tout de la mondialisation post-capitaliste. Pour le meilleur,  pendant de nombreuses années, le football français moderne fût le produit de l’ancien modèle colbertiste, pyramidal et national. Aujourd’hui il se lézarde et s’effondre progressivement comme l’ensemble de l’édifice. Voilà maintenant quelques années que les Bleus s’agitent de manière désordonnée sur les gravats, plus que réceptifs au nouveau mot d’ordre de l’époque : tous vos désirs sont légitimes et tous les moyens sont bons pour les satisfaire. Comme dans tant d’autres domaines, il faudra du temps, et pas un simple coup de sifflet autoritaire, pour comprendre qu’il s’agit-là d’une impasse destructrice .
Rédigé par Alain Leauthier le Mercredi 23 Juin 2010 ./ 

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Published by L'archipélien - dans actualités
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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