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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 18:30

On le dit isolé et concurrencé au centre ? François Bayrou contre-attaque et dévoile son programme pour 2012.

 

François Bayrou, qui sera réélu dimanche président du MoDem, veut «proposer de l'espoir, de la vérité, de l'enthousiasme pour reconstruire». (Nicolas Reitzaum/Le Figaro Magazine)
François Bayrou, qui sera réélu dimanche président du MoDem, veut «proposer de l'espoir, de la vérité, de l'enthousiasme pour reconstruire». (Nicolas Reitzaum/Le Figaro Magazine)

 

Le Figaro Magazine Les crises se succèdent en Europe. Trouvez-vous les dirigeants européens à la hauteur des enjeux?

François Bayrou - Les dirigeants européens se révèlent faibles, désorganisés et confus. Il n'y a pas de cap clairement fixé, qui rassure les citoyens et les acteurs économiques. Cette indécision augmente les dangers de la crise.

Que faudrait-il faire?

L'Union européenne et la zone euro doivent fixer le but à atteindre et la vision à porter: il faut annoncer au monde que l'euro sera défendu envers et contre tout ! C'est une obligation historique: rendre la parole et l'autorité aux décideurs politiques, par rapport à l'univers des décideurs bancaires qu'on appelle «marchés». Il faut donc construire une politique de défense de l'euro autour de la Banque centrale européenne : le premier pas, c'est la mutualisation des emprunts avec la création d'obligations européennes. Les emprunts ne seront plus réalisés par les Etats chacun pour leur compte, mais solidairement par l'ensemble de la zone euro. S'il le faut, pourquoi la BCE, comme les autres banques centrales, ne prêterait-elle pas directement aux Etats? Ce type de soutien créera instantanément trois obligations: renforcer le sérieux de la gestion financière dans tous les pays solidaires, harmoniser peu à peu les fiscalités, choisir les mêmes priorités économiques.

Mais les Allemands y sont opposés!

Il est assez rare que je me trouve en désaccord de fond avec les dirigeants allemands. Mais je n'approuve pas aujourd'hui leur attitude crispée, comme s'il fallait punir ceux qui sont en crise, comme si on leur demandait à eux des aides ou des subventions. On ne leur demande rien de tout cela: on demande une organisation commune du crédit à des pays en difficulté. Je rappelle que dans les années 90, il y a eu une immense polémique en France parce que nous avons accepté des taux d'intérêt très élevés, jusqu'à 12 %, pour rester solidaires, à l'intérieur du système monétaire européen de l'époque, avec l'Allemagne qui construisait sa réunification. A l'époque, j'ai soutenu cette solidarité qui nous coûtait très cher. Tout le monde doit comprendre que nous sommes dans le même bateau. Au lieu de pousser les plus faibles en dehors pour sauver les plus forts, les pays européens devraient s'inspirer de la tactique des troupeaux de bisons pourchassés par les loups: s'ils choisissent la fuite en avant, les plus faibles, les plus jeunes, les malades, ne peuvent pas suivre, ils décrochent, et les loups les dévorent. Si au contraire, ils mettent les plus faibles au milieu et les plus forts à la périphérie pour les défendre, les loups abandonnent la partie. Face aux spéculateurs, dont la condition est de chasser en meute, c'est la seule solution.

Certains militent pour une autre solution: la sortie de l'euro, qui permettrait de doper nos exportations.

Ce serait une catastrophe épouvantable et la misère pour beaucoup de Français, particulièrement les classes moyennes ! La dette française vogue vers les 1800 milliards d'euros. Avec des taux d'intérêt à 3 %, la charge de la dette s'élève à 45 milliards d'euros par an. C'est le premier budget de l'Etat devant celui de l'Education nationale. Si on quitte l'euro, les taux d'intérêt exploseront. S'ils montent à 9 ou 10 % (situation de l'Irlande aujourd'hui), il faudra trouver 100 milliards de plus dans la poche des Français ! Cela équivaut à tripler l'impôt sur le revenu. Les emprunts pour la maison, pour la voiture, deviendront hors de prix. Je me refuse à toute indulgence à propos d'une telle folie.

La France est-elle menacée par la spéculation?

Les propos de circonstance qui laissent entendre que s'il y a le feu chez le voisin, tout va bien chez nous, je ne m'y prêterai pas.

La rigueur prônée par Fillon ne suffira pas à éviter cette menace?

L'idée selon laquelle les efforts sont derrière nous et que les décisions prises suffiront à rétablir la situation est faite pour rassurer. Mais l'heure de vérité viendra.

Que préconisez-vous?

J'ai tout à fait conscience que c'est en période de croissance qu'on peut faire des économies plutôt qu'en période de récession. Mais nous n'aurons pas le choix. Pour rétablir l'état de nos finances publiques, il faudra construire un large consensus national. J'ai alerté notre pays sur ce sujet depuis ma campagne de 2007. Il y a trois directions à suivre, en un plan de cinq ans: le retour à l'équilibre des régimes de retraite et de la Sécurité sociale nous permettra d'économiser 40 milliards; il faudra réduire les interventions de l'Etat à hauteur de 25 milliards et faire une réforme fiscale juste qui permette de trouver 25 milliards supplémentaires. Le but est de rejoindre un seuil de déficits, entre 20 et 30 milliards, à partir duquel - enfin ! - le stock de dettes n'augmente plus. Le bateau ne s'enfonce plus, la croissance peut le remettre à flot. A condition de concentrer les moyens et les efforts sur les deux priorités de croissance pour la France : l'éducation (d'abord apprendre à lire à tous les enfants) et l'emploi (innovation, création, relocalisation des productions sur le sol européen en général et sur le sol français en particulier).

Etes-vous favorable à la suppression de l'ISF?

Je pense qu'on doit non pas supprimer, mais transformer l'ISF en l'incluant dans le calcul de l'impôt sur le revenu. Affecter un pourcentage du capital détenu par le contribuable (par exemple 0,5 %) à sa base d'impôt sur le revenu, accompagné de la création d'une tranche supplémentaire à 45 %, la combinaison de ces deux décisions suffirait à équilibrer l'opération.

En échange de la fin du bouclier fiscal?

Le bouclier fiscal est une injustice d'Etat. C'est une organisation de la fiscalité dans laquelle - on l'a vérifié au fil de l'affaire Bettencourt - les plus riches payent en réalité proportionnellement beaucoup moins que les plus pauvres, moins qu'un smicard ! C'est une organisation qui rend l'impôt non pas progressif, mais dégressif au bénéfice des plus privilégiés. Le bon sens et l'esprit de justice se révoltent devant un tel montage.

Etes-vous favorable à l'instauration de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels?

Je ne crois pas que le fait d'amoindrir l'autorité des magistrats en les faisant passer pour laxistes soit la bonne solution. Le ministre de la Justice est devant un défi personnel considérable: rendre confiance aux Français dans l'indépendance de la justice alors qu'au gouvernement domine un courant d'opinion qui n'aime pas l'indépendance de la justice. Je n'ai pas de doute sur ses sentiments profonds. Aura-t-il la force de résister? S'il le fait, il remplira une mission historique.

L'espace politique que vous représentez est aujourd'hui encombré pour 2012: Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, voire Dominique de Villepin veulent l'occuper.

Il n'y a aucune concurrence possible: le centre est attendu, mais le centre, par définition, c'est l'indépendance par rapport à l'UMP et au PS. Tous ceux qui se sont situés, depuis des années, dans le pouvoir actuel ou sous sa coupe se retrouvent aujourd'hui forclos. En prenant tous les risques - et Dieu sait que cela n'était pas évident - pour bâtir cet espace d'indépendance, j'ai donné aux Français la preuve qu'ils pouvaient avoir confiance.

Ils viennent quand même chasser sur vos terres...

Non. Depuis le premier jour de mon engagement, je défends l'idée qu'il existe bel et bien un autre projet, un autre idéal, une autre pratique de la politique. La voie proposée par le pouvoir d'aujourd'hui, une société d'inégalités et de rapports de force, et celle proposée par la gauche, qui pense que l'Etat doit prendre en charge tous les problèmes de la société, ce sont deux erreurs. Je propose une voie qui s'oppose à ces deux impasses, une voie fondée sur la vérité. C'est pourquoi je me sens proche d'un Pierre Mendès France ou d'un Raymond Barre, d'un Jacques Delors, qui ont fait de la vérité, en économie, aussi bien que dans le social, le socle de leur politique. Comme eux, je pense qu'au fond les choix éthiques sont les premiers choix, les seuls vraiment efficaces en démocratie parce qu'ils sont la condition de la confiance.

Redoutez-vous les candidatures en 2012 de Dominique Strauss-Kahn au PS et d'Eva Joly pour Europe Ecologie?

Personne ne sait qui sera candidat en 2012. Mais ce qui compte, ce n'est pas les concurrents, c'est sa propre force.

Vos critiques à l'encontre de Nicolas Sarkozy ont semblé moins virulentes ces derniers mois.

Il y a un temps, quand tout le monde se tait, quand tout le monde est tétanisé, où la dénonciation est un devoir. J'ai été présent, et en avance, à ce rendez-vous. Aujourd'hui, tous les yeux se sont ouverts. Nous sommes entrés dans un autre temps, où il faut encore être en avance pour proposer de l'espoir, de la vérité, de l'enthousiasme pour reconstruire. C'est là désormais que je me situe.

Ecririez-vous à nouveau «Abus de pouvoir» aujourd'hui?

A ce livre, je n'ai pas une ligne à changer. Et même parfois, l'actualité donne plutôt envie d'en souligner quelques-unes.

Pourquoi avez-vous voté blanc au second tour de la présidentielle de 2007?

J'avais annoncé que je ne voterais pas pour Nicolas Sarkozy, parce que je ne voulais pas être de sa majorité présidentielle. Mais le programme et les choix de Ségolène Royal ne me paraissaient à la même époque ni convaincants ni rassurants.

Comment retrouver en 2012 la partie de l'électorat socialiste qui s'était porté sur vous en 2007?

La plupart des gens réfléchissent et jugent par eux-même. Ce n'est pas un parti qui dicte leur choix. L'électeur choisit ce qui lui paraît le plus honnête, le plus juste, le plus entraînant. C'est cela la vertu de l'élection d'un Président par les citoyens, directement, par un choix de femme ou d'homme, en conscience: c'est la seule élection dans laquelle les partis n'ont pas le pouvoir de s'interposer.

Craignez-vous un score élevé de Marine LePen à la présidentielle?

Les votes extrêmes sont la garantie absolue du maintien des pouvoirs et des influences déjà en place, avec tous leurs abus.

Le remaniement a permis de rééquilibrer le pouvoir entre le Premier ministre et le président de la République...

... je n'en crois rien !

Vous ne croyez pas à une nouvelle répartition des rôles?

Ni les institutions, ni le quinquennat, ni la structure de la majorité ne peuvent laisser place à un autre rapport de force, à un Premier ministre qui prendrait le pas sur le Président. C'est une vision journalistique.

Nicolas Sarkozy ne changera pas?

Les hommes ne changent jamais vraiment sur leurs fondamentaux.

N'avez-vous pas l'impression d'être isolé?

Si j'étais isolé, j'aurais disparu. Le combat politique est si âpre qu'il exige aussi de la chaleur humaine. Pendant toutes ces années, j'ai eu deux appuis : une équipe soudée, solide, amicale, et les gestes de soutien des Français. C'est beaucoup.

Mais la nomination attendue de nouveaux secrétaires d'Etat devrait renforcer la présence des centristes au gouvernement!

Je n'ai jamais pensé que des maroquins suffisent à construire l'équilibre, alors des sous-maroquins... c'est dérisoire.

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Published by L'archipélien - dans politique
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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