Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 05:58

Moins de deux semaines après la surprenante et non moins subite chute de l’ex-dictateur tunisien Zine El Abidine Ben Ali, c’est au tour de Hosni Moubarak d’être invité à "la sortie" par son peuple. Selon le quotidien britannique The Sun, dans son édition de Lundi 31/12/2011, le Raïs égyptien aurait déjà planifié un départ avec son épouse pour Londres, où ses deux fils et leurs familles se seraient déjà installés. Mais, pour l’heure, Moubarak semble s’obstiner à rester au pouvoir, malgré le rejet de son système par le peuple et l’engagement pris par l’armée, lundi soir, de ne pas tirer sur les manifestants. Et si c’était pour donner l’impression d’un rôle salvateur de l’armée avant le départ programmé du Raïs, le tout sous contrôle de l’administration états-unienne ?

Et ce qui devait arriver arriva !

Comme nous l’annoncions en avril dernier (lien), l’Egypte devait s’attendre tôt ou tard à une périlleuse transition vers l’après - Moubarak. "La transition s’avère être une entreprise à hauts risques, tant le pouvoir en place et le milieu d’affaires se trouvent gangrenés par la corruption et le champ politique miné" précisions-nous avant de conclure par cette question o combien d’actualité aujourd’hui :

"Le peuple égyptien, si attaché à sa patrie, est à même de relever le défi. En sera-t-il de même du futur leader égyptien dans un pays si fragilisé et une région si sensible ?"

La révolte tunisienne et la chute de Ben Ali ont, sans doute, eu un effet déclencheur de l’explosion sociale qui secoue actuellement l’Egypte. Mais il faut se rappeler également que les élections législatives de novembre - dernier furent entachées d’irrégularités flagrantes, sans oublier le décès tragique, survenu en juin dernier, du jeune Khaled Saïd (28 ans), battu à mort par la police pour avoir diffusé sur Internet une vidéo montrant deux policiers se partageant de la drogue après un coup de filet.

Sur le fond, Hosni Moubarak aura réussi, en trente ans de règne sans partage, à conduire l’Egypte à la ruine et à rudement compliquer sa propre succession. Avec un peuple de 82 millions d’habitants dont 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (moins de 2$US/jour), un milieu d’affaires et une administration gangrenée par la corruption, de manière quasi généralisée, et une opposition politique complètement laminée, l’Egypte n’est pas prête de finir de payer les "pots cassés" du système Moubarak.

Face à la crise, le Raïs a jusqu’ici réussi à ne consentir aucune concession politique concrète, malgré la pression des manifestations et du temps, hormis la désignation d’un vice président, à laquelle il s’était refusé pendant trente ans à l’inverse de ses deux prédécesseurs. Mais ni la désignation à ce poste de l’ex patron des renseignements, le général Omar Souleiman, ni le renoncement implicite à placer son gendre Gamal Moubarak dans la course à sa propre succession, n’ont suffi pour calmer un tant soit peu la colère du peuple. Rien ne semble, désormais, pouvoir arrêter les égyptiens qui, sur les traces des tunisiens, réclament le départ du Raïs et veulent en découdre avec le régime corrompu et liberticide en place.

Moubarak donne même l’impression de s’obstiner à rester au pouvoir, en adoptant la seule stratégie qu’il semble connaître, celle du tout sécuritaire. En ordonnant, ce week-end, à la police de se retirer des centres urbains, le régime Moubarak a usé d’une stratégie bien connue en la matière, celle du pourrissement, pour faire peur à la classe moyenne en instaurant le chaos. L’entrée en scène de l’armée avait pour but de garder les sites sensibles et maintenir l’ordre dans les points de rassemblement importants. Mais Moubarak n’est pas sans savoir que les soldats de toute armée qui se respecte ne tirent jamais sur le peuple, surtout lorsque celui-ci proteste légitimement contre une police et une administration qu’ils savent corrompues et "vendues" aux ennemis des petits gens.

La manœuvre de Moubarak viserait donc à faire semblant de s’accrocher au pouvoir et à gagner du temps, pour que l’opinion publique ait l’impression que l’armée joue réellement un rôle salvateur dans la sortie de crise. L’appel au soutien à Moubarak lancé par le premier ministre d’Israël aux pays occidentaux procède de cette même stratégie, puisque Israël s’est déjà assuré la nomination à la vice-présidence du très "conciliant" Omar Souleiman et que le gouvernement essentiellement militaire qui vient d’être nommé par Moubarak a dû recevoir l’aval des Etats-Unis. Reste à savoir jusqu’à quand les Etats-Unis pourront-ils continuer à "verrouiller" l’armée égyptienne et à tolérer que le régime en place empêche de manière anti-démocratique le parti des Frères Musulmans, principale force d’opposition du pays, de jouer pleinement son rôle à l’instar de l’AKP en Turquie ?

Le départ de Moubarak : une question de temps ?

Le départ de Moubarak ne serait donc plus qu’une question de jours, voire d’heures, dans la mesure où l’Egypte ne peut supporter plus longtemps les impacts humanitaires, sécuritaires, sociaux et surtout financiers et économiques du bras de fer qui oppose manifestants et forces de l’ordre. Il devrait même être précipité par les grandes marches populaires prévues un peu partout dans le pays ce 1er février 2011.

Selon The Sun, Gamal Moubarak (47 ans), deuxième gendre du président égyptien, aurait déjà transporté sa petite famille, et ses 97 pièces de bagages, à bord d’un avion privé à Londres, où il possède un palais d’une valeur estimée à 13.5 milliards $US, à deux pas du célèbre Harrods, magasin chic situé dans le quartier Knightsbridge. Le couple présidentiel, Hosni (82 ans) et Suzanne (69 ans) Moubarak, planifierait également un départ vers Londres selon la même source, qui précise que l’actuelle première dame d’Egypte tient la nationalité britannique de sa mère, Layla Palmer, qui en 1934 épousa un jeune étudiant égyptien, avant de s’installer en Egypte où le jeune couple donna naissance à Suzanne, en 1941.

Hosni Moubarak a pu, avec son épouse et ses deux fils, amasser et transférer à l’Etranger une fortune estimée à plus de 40 milliards de dollars (25 milliards de livres sterling) rappelle The Sun. Selon d’autres sources, ce pactole est placé, dans des biens fonciers acquis aux Etats-Unis et dans des pays d’Europe occidentale (dont la Grande Bretagne, l’Allemagne, la France et l’Espagne), ou sous forme de placements dans des entreprises américaines, des banques suisses et britanniques ou des fonds d’investissement américains et britanniques. La fortune des Moubarak se répartirait entre les quatre principaux membres de la famille comme suit : Hosni Moubarak : 15 milliards de $US, son épouse Suzanne : 1 milliard, leur second fils Gamal : 17 milliards et leur fils aîné Alaa : 8 milliards.

Ben Khabou (01/02/2011).

Partager cet article

Repost 0
Published by L'archipélien - dans actualités
commenter cet article

commentaires

Profil

  • L'archipélien
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.

Archives