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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:32

CAHUZAC. Les nouveaux Machiavel : la politique est-elle une activité légale ?


Avatar de Francis Métivier

Par 
Philosophe

LE PLUS. Scandale, tourbillon médiatique et aveu. Des mots qui en disent long dans le monde de la politique. L'ex-ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a avoué posséder des comptes en Suisse. Ces menteurs du pouvoir sont-ils les nouveaux Machiavel ? Analyse philosophique de Francis Métivier.

Édité par Louise Auvitu  Auteur parrainé par Amandine Schmitt

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marianne au bord du suicide. Nous avons régressé à Machiavel avec les moyens de la communication moderne, et même dépassé les bornes du machiavélisme…

 

"(…) combien d’engagements sont partis en fumée par la déloyauté des princes" constatait le philosophe italien. "Et les hommes ont tant de crédulité, ils se plient si servilement aux nécessités du moment que le trompeur trouvera toujours quelqu’un qui se laisse tromper." C’est le cas dans les périodes d’élections, entre le candidat et les citoyens ou, pour ce qui est de la gestion des affaires (sans jeu de mot...), dans les relations entre un ministre et son roi.

 

Aujourd’hui, les nouveaux Machiavel sont bien présents et ceux qui parlent encore de moralisation de la vie politique ont vraiment un train de retard. La question est désormais : comment faire de la politique une activité légale ?

 

La particularité du "salaud" sartrien

 

L’un des sujets du bac philo de l’an dernier demandait "Le mensonge est-il une vertu politique ?". Le fait même de poser la question dans le cadre d’un examen institutionnel et républicain, à plus forte raison par une tournure qui pourrait bien être ironique, façon oris fututio, est le signe que nous avons effectivement passé un cran sur l'échelle de la corruption publique : le mensonge est constitutif de l’activité politique, le mensonge est consubstantiel à la conscience politique. C’est officiel.

 

Ceci est admis et la question devient dès lors : le mensonge est-il, en politique, une vertu ?

 

Pas un moyen indispensable pour donner le change, acquérir le pouvoir et le conserver. Pas un accident auquel il faut s’attendre, dont il faut assumer le risque. Pas non plus un attribut, une sorte de qualité de la conscience malheureuse, une particularité du "salaud" sartrien (comme le dit Mélenchon qui, lui, préfère la figure du "lâche" sartrien brandissant la virilité symbolique sans la réalité du pouvoir, revendiquant la violence sans jamais la pousser jusqu’au bout du fantasme révolutionnaire, parlant haut sans faire face concrètement à ses responsabilités), salaud sartrien, donc condamné à être ainsi parce, devant ses engagements, il faut bien se résoudre à écraser les autres, les trahir, avoir les mains sales, et concrétiser ses ambitions – ou se suicider.

 

Pas un défaut contingent mais sublimé parce que préférable, hélas, à l’absence de pouvoir politique. Non, une vertu, vous dis-je... Une vertu ! Le mensonge est la vertu de celui qui doit être le premier à ne pas mentir !

 

Aujourd’hui, en France, comme on ne peut plus utiliser la force physique et enfermer les contestataires dans des camps, on utilise une autre arme, celle du mensonge.

 

Le mensonge comme moyen pour satisfaire ses intérêts personnels

 

Avant, avec Machiavel, le chef, le prince, le ministre, le responsable de parti, appelez-le comme vous le voudrez, se devait d’exercer la force du lion et la ruse du renard.

 

Démocratie aidant, il ne reste plus au représentant de la démocratie que la ruse du renard. Cette ruse devait permettre de comploter, de tuer en douce et de mentir. Mais comme le complot est difficile et souvent aussitôt dénoncé, et que le crime est interdit, ne reste au représentant de la démocratie que le mensonge afin de se donner les moyens de satisfaire ses intérêts personnels. L'intérêt personnel reste (quand même !) l’objet même de la politique.

 

Dans le mensonge, l’on est souvent à deux doigts de la mauvaise foi, c’est-à-dire le mensonge fait à soi-même en vue d’une meilleure tromperie. Quand on pense soi-même comme vrai ce qui est en fait faux, on a d’autant plus de chance d’être crédible. Les yeux dans les yeux. La main sur le micro. Les caméras de biais. Les associés, visages sérieux, neutres en fait, en arrière-fond, qui se demandent s’ils ont bien raison de se trouver là, en support plus qu’en soutien d’un possible mensonge, d’une infidélité dont ils seraient bien la victime en direct.

 

"Le problème de la mauvaise foi vient évidemment de ce que la mauvaise foi est foi" écrivait Sartre. La mauvaise foi est la religiosité du mensonge. Pas étonnant que le mensonge dévoilé, avoué, du politique, se transforme en remords, forme laïque de la contrition. Encore une imposture… Et pourquoi pas être religieux au point de demander le pardon ?

 

Cahuzac, c’est la fin de la gauche

 

L’homme politique de droite ment. C’est son essence. C’est sa logique. Il faut cacher le fait que l’on protège les intérêts des plus grands. Et pour cela, on ment, on dissimule, on cache.

 

Mais la gauche est condamnée à la mauvaise foi. Mitterrand a inventé la mauvaise foi en politique. C’est inévitable car la gauche prône la justice et la vérité. Elle condamne les affaires. Et quand elle trempe dedans – tout le monde ment – alors il faut croire le contraire, avoir (mauvaise) foi en la sincérité de l’homme de cœur.

 

La différence entre la gauche et la droite ? Quand un homme de droite ment, la droite ne meurt pas. Elle vit, au contraire, elle se porte à merveille.

 

Quand un homme de gauche ment, la gauche tombe malade, agonise, et meurt. Cahuzac, c’est la fin de la gauche. Ou, plus exactement, le dévoilement de la gauche comme "gauche mythologique et bavarde", comme le disait si bien l’un de mes voisins. La contradiction entre les paroles et les actes rend Marianne schizophrène.

 

Tout le monde ment

 

Après, pour autant, faut-il être kantien, vivre selon la règle du "ne mens jamais" ? Il faut le répéter, sans cynisme : tout le monde ment. Mais un point reste troublant : celui qui devrait moins mentir que les autres – l’homme politique de gauche – ment davantage. "Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains" disait Péguy…

 

Être utilitariste, alors, au sens de J. S. Mill ? "En s’écartant, même sans le vouloir, de la vérité, on contribue beaucoup à diminuer la confiance que peut inspirer la parole humaine, et cette confiance est le fondement principal de notre bien-être social actuel". Le mensonge "n’est pas une solution". Il n’apporte rien, ni au bien-être social, ni au menteur. Mais voilà… nous mentons tous. L’essentiel est que le mensonge ne nuise à personne.

 

Décidément, entre avoir des mains mais des mains sales ou avoir les mains propres mais ne pas avoir de main, l’on ne sait plus où donner de la tête.

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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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