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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 09:37

...au bord de l’effondrement ?

L’accélération et l’intensification de l’actualité méritent que l’on reste sur le pont, à observer les événements. L’affaire Cahuzac secondée par on ne sait quelle synchronicité avec les révélations sur les paradis fiscaux percute les consciences en affolant les médias et la classe politique. Le mécréant pourra penser à du spectacle mais le mouvement qui se dessine est plus profond et relève bel et bien d’une crise de régime ; qui s’ajoute à la crise sociale. Le seul problème, c’est que d’une part personne n’a une idée claire de ce qu’est ce régime et d’autre part, encore moins de personne n’ont une conception sérieuse du régime qui pourrait le remplacer. Et donc, le régime devrait perdurer parce que nous ne savons pas quelle est sa nature et que nous n’avons aucune idée de ce qui serait réalisable comme alternative. Je parle évidemment au nom du nous. Mon Je pense différemment mais il est trop radical pour passer dans l’opinion.

L’affaire Cahuzac représente bien une affaire d’Etat et plus que ça puisque c’est une affaire de régime. Car cette affaire dépasse de loin les rouages du gouvernement en place. On s’aperçoit peu à peu que des complicités et connivences se sont dévoilées. Ne serait-ce que la bienveillance de l’UMP vis-à-vis de Cahuzac au moment où cette histoire se résumait à quelques faits relatés par Médiapart et comme la presse de masse restait prudente, alors la droite se retenait, ce qui peut se comprendre dans le cadre de la présomption d’innocence. Sauf qu’on sait à peu près que les services de renseignement étaient au courant et que par conséquent, le gouvernement connaissait l’affaire, ainsi que les membres de l’opposition. Il faudrait être bien couillon pour ne pas supposer que les services secrets n’informent pas tous les partis des indices qu’ils détiennent. Et bien indulgent pour ne pas rappeler que lorsqu’un citoyen a connaissance d’un délit, il doit en informer la justice. Depuis bien longtemps la règle de l’omerta semble de mise pour des élites devenues une sorte de mafia d’Etat.

Le gouvernement en place semble faire de Cahuzac un fusible trop facile et évident pour ne pas éveiller les soupçons. François Bayrou propose une pétition sur la moralisation de la vie publique, Hollande promet une série de lois mais si l’affaire Cahuzac a éclaté, c’est parce que cet affairiste n’a jamais été inquiété et que ce sont les services de l’Etat qui n’ont pas fait leur travail, par copinage ou négligence, on ne sait, mais toujours est-il que le fisc aurait dû coincer le ministre et donc que le problème n’est pas le défaut de loi mais l’application de la loi. Comme dans des tas d’autres affaires médiatisées où les politiques promettent des textes alors que les problèmes sont dus au fait que les textes en vigueur n’ont pas été suivis d’une application stricte. Réfléchissez bien car l’esprit des lois se transpose aussi dans l’esprit du désir de lois. Et que l’on tourne ici autour de la crise de régime. Avec quelques traits se dessinant. Pour les uns, édicter des lois nouvelles, pour les autres, procéder à un remaniement ministériel et même aller jusqu’à proposer une loi d’amnistie fiscale. Comme si ces mesures étaient en rapport direct avec une affaire qui trahit le dysfonctionnement de tout un système et la bienveillance des services de l’Etat à l’égard d’une catégorie oligarchique d’individus. On l’a vu avec le final du conflit entre Bernard Tapie et le Lyonnais ou bien, rappelez-vous, ce grand couturier bénéficiant d’une amnistie fiscale ou encore des sondages commandés par l’Elysée. Certes, la justice fait son travail mais les affaires courent plus vite que les juges qui, étrange réminiscence, deviennent les sauveurs du régime un peu comme en Italie il y a plus de dix ans avec l’opération mains propres. Restent aussi les institutions de la cinquième république qui donnent une marge de manœuvre au système pour ne pas virer à l’effondrement du régime. Mais la plus grande stabilité pour le régime, elle repose sur l’adhésion des masses qui, dépossédées de la raison et de la réflexion, ne peuvent que constater le spectacle et se satisfaire de quelques effets d’annonces, de mises en examen, de verdict judiciaires, de démissions, remaniement et autres hochets agités pour calmer les gens énervés. Les lois nouvelles ne sont que des artifices pour déplacer les problèmes.

La crise de régime est donc une crise d’opérette. Avec un président et des dignitaires de parti affichant une foi inébranlable en la loi républicaine, croyant qu’en édictant des lois, les problèmes seront résolus alors que la seule solution, c’est d’appliquer les lois, ce qui suppose la mobilisation des serviteurs de l’Etat qui hélas, bien souvent, lorsqu’ils font leur travail consciencieusement, ne sont pas récompensés ni reconnus tandis que beaucoup d’affairistes et d’arnaqueurs tirent le meilleur du système en terme d’auréole ou de profit. Les hommes du régime vénèrent l’argent et la gloire médiatique. Mais pourquoi ce régime tient-il ? Eh bien parce que les citoyens vénèrent eux aussi les mêmes choses. Au final, les interprétations de Leo Strauss sur le régime et le citoyen n’ont pas pris une ride. « L’homme bon n’est pas lié à un régime, tandis que le bon citoyen l’est ». Et j’extrapole en suggérant que le citoyen corrompu peut être lié au régime et réciproquement, dans une perspective évolutionniste, que le régime corrompu peut corrompre le citoyen. Ce qui est le cas actuellement. Bien que parmi les citoyens, nombre ne soient pas corrompus et qu’il se trouve également quelques hommes bons. Mais les hommes sincères restent en marge et n’ont pas droit au chapitre de la fin de l’histoire en ce monde factice où la réponse des gouvernants face à la crise de régime est une annonce pour le spectacle, genre adapté à l’individu massifié. Pour Aristote, un changement de régime transforme une cité en une autre nous dit Strauss. Mais ajoute-t-il la France monarchique est restée la France quand elle devenue démocratique et j’ajoute que même maintenant, l’oligarchie qui définit une partie du régime composite actuel de notre pays n’a pas aboli la « France éternelle ». Mais d’ici trente ans, rien n’est sûr et il appartient aux citoyens et aux élites éclairés de décider si ce régime oligarchique doit perdurer au risque d’éteindre la France, ou bien s’il faut résister et considérer ce régime tout aussi illégitime que celui de l’Occupation avec ses collabos. C’est peut-être le seul enjeu qui s’offre au peuple français mais le peuple est-il à la hauteur de l’Histoire ? Si oui, ce régime doit chuter, si non, ce régime a de l’avenir devant lui.

La presse de masse, lorsqu’elle conjecture sur les sondages, sur l’attitude de Hollande, sur les phrases politiciennes, sur les chaises musicales, ne fait que participer au maintien du régime en feignant de croire que le système peut perdurer avec des remaniements et des lois, sans comprendre que ces mesures ne sont que reculer l’échéance fatale en cas de prise de conscience citoyenne ou à l’inverse, d’enfoncer le système dans le totalitarisme oligarchique. Le mal dure depuis trente ans au moins. Cinquante diront ceux qui pensent que la cinquième république a été un régime de crise. Honnêtement, cette république a surtout été un instrument efficace pour passer les crises. Et finalement, il se pourrait que cette crise de régime pointée par les analystes et agitée par quelque habile récupérateur ne soit que passagère et surtout conjoncturelle, autrement dit amplifiée par les médias et surtout le contexte du ralentissement économique depuis cinq ans. Autant dire que les Bayrou, Le Pen et autres Mélenchon se fourvoient lorsqu’ils pensent que les solutions sont politiques. Cette crise de régime est surtout spectaculaire alors que si crise il y a, elle est plus profonde, anthropologique, idéologique avec la technique, et même une crise de la Modernité, de la Civilisation moderne. Gardons-nous des penchants nihilistes et de souhaiter le pire. Un régime qui chute sans qu’un autre soit prêt à prendre le relais ne peut qu’être préjudiciable à la société. L’addition risque d’être, comme bien souvent, pour le peuple.

Avant de faire chuter le régime, il faut inventer un projet de société. Les intellectuels ont délaissé cet enjeu et le peuple se divertit pour l’essentiel. Allez, au boulot, aux neurones, citoyens !

 

Auteur Bernard DUGUE

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Published by L'archipélien - dans politique
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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