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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 18:30

Les Grands Fonds de Sainte-Anne descente au Jardin d'Eden

Les Grands Fonds de Sainte-Anne descente au Jardin d'EdenExplorer les Grands Fonds, c'est savoir qu'il faut se lever tôt, à l'heure où le soleil fait son apparition et que les coqs commencent à chanter. En créole, on appelle ce moment « le pipirit chantant ».

Trop habitué à n'emprunter ses petites routes sinueuses que pour échapper aux embouteillages quotidiens, on en oublierait presque que règne dans cette région des Grands Fonds une vie « à part », à la flore, à la faune, aux moeurs et aux traditions singulières. La route serpente à travers une multitude de petites vallées étroites, encadrées de collines en forme de pain de sucre-les mornes*-où abondent, bananiers, manguiers et autres plantations. Les chaussures de marche s'imposent.

Il suffit de traverser la route pour emprunter le dédale ; ici point de balisage menant au fond du fond. Les Grands Fonds sont peuplés de jardins créoles répartis en hauteur autour de cette large cuvette.

Il fut un temps où les Grands Fonds étaient qualifiés de vivier de la Guadeloupe. Près de la totalité des plantes médicinales répertoriées en Guadeloupe pousse dans cette terre argileuse et crayeuse. Autrefois, les gens transportaient leur production aux marchés, ignames, patates douces, malangas, sur leur tête et descendaient à pied par les sentiers jusqu'à Pointe-À-Pitre. Puis, à dos d'âne, puis en charrette, puis en transport en commun, les fameux chars, ces typiques bus en bois. Maintenant, tout le monde ou presque a son bâché*.


Les Grands Fonds de Sainte-Anne descente au Jardin d'EdenLes Grands Fonds de Sainte-Anne descente au Jardin d'EdenLes Grands Fonds de Sainte-Anne descente au Jardin d'Eden

Éviter de se prendre les pieds dans les roches, les ajuster de biais pour ne pas risquer une glissade plutôt abrupte, contourner les volailles qui piaillent et les cabris qui paissent dans l'herbe rase, la descente est plutôt sportive. Une bonne demi-heure est nécessaire pour sentir que l'atmosphère est différente, qu'il y fait moins chaud et que la végétation a changé de visage. La forte humidité qui y règne a bousculé les codes de la croissance des arbres, des plantes, et l'on pourrait se croire en Basse-Terre, sur la route des Mamelles. Entre les magnifiques fougères démesurées circulent les zanolis* qui à cette altitude sont constellés de taches. L'humus formé par la profondeur de la vallée, l'humidité constante et la hauteur des versants ont donné naissance à une démesure de la végétation.

À ce stade, l'environnement très feuillu et très dense réduit la visibilité à parfois moins de quelques mètres et nous surprend par sa végétation luxuriante et son calme absolu. La découverte est saisissante. Les fromagers*, gommiers géants, les arbres au bois précieux, le mahogany, le carapate, le châtaignier, l'acomat, côtoient les lianes et les philodendrons.

Les Grands Fonds de Sainte-Anne descente au Jardin d'EdenPuis, on ne sait par quel phénomène, on se retrouve d'un coup, dans une magnifique clairière et l'on s'amuse de voir arriver en file indienne de tout petits cochons tachetés de noir et rose, rejoindre rapidement leurs parents attachés à des piquets et dont les paysans propriétaires feront bientôt bombance pour toute la communauté lors des cérémonies religieuses. L'hospitalité des habitants des Grands Fonds est légendaire et la fameuse soup' à congo ou mangé à maléré faite de tous les restes de la semaine trône encore dans les habitations pour les visiteurs de passage.

Mais revenons à nos cochons. Nourris des bananiers, des arbres à pain, des « ados » cousins de la pomme de terre, des avocatiers, ils ont fière allure. Le soleil tape dur et les manguiers sont bienvenus et servent d'abris aux côtés d'un four sommaire pour fabriquer du charbon de bois. La soif se fait sentir mais boire de l'eau de coco et croquer dans une orange, un « z'abicot », ou une goyave, rien de plus simple. Il suffit de les cueillir.

En remontant, on ne rencontre pas grand-monde ici-bas, mais quand on croise quelqu'un, il ne faut surtout pas omettre de dire « Bonjour » ! C'est élémentaire et cela suffit pour entrer en contact. Chaque jour, au lever du soleil ou à la tombée de la nuit, paysans, propriétaires de boeufs, de cabris ou de cochons viennent se ressourcer dans cet univers rural, hors du temps et qui semble ne jamais avoir changé depuis des lustres.

* Petit lexique créole

- Zanoli : petit lézard vert
- Bik : un lieu de rencontres pour discuter, échanger, chanter, danser...
- Cabri(t) : chèvre
- Fromager : grand arbre réputé comme abritant des esprits
- Morne : colline aux pentes escarpées
- Mombin : le fruit d'un arbre (pyé-monbin en créole)
- « Ka'w fè » : Comment ça va ?
- Z'abicot : abricot des Antilles
- Bâché : 4x4 pick-up

 

PS:Derriere ce tableau idyllique prospérait une économie souterraine

 

 

 

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Published by L'archipélien - dans actualités
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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