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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 19:15

Au premier abord, il pourrait paraître incongru que la philosophie soit susceptible de s’intéresser à un acte aussi anodin et banal que celui de marcher. Quel besoin en effet de s’interroger sur une activité à laquelle nous ne pensons même plus tant nous la pratiquons au quotidien depuis notre enfance ? C’est bien peut-être – et c’est toute la leçon de ce livre minutieux et patient de Frédéric Gros – que d’ordinaire nous ne marchons pas vraiment, ou plutôt que nous avons oublié les vertus de la marche concernant ce que, authentiquement,  nous sommes. En effet, comme la pensée, la marche brise des rythmes qui ne sont pas vraiment les nôtres, qui ne nous définissent pas en ce que nous avons de plus profond ou de plus vrai : marcher, penser, c’est oser rompre avec ce qu’il y a de plus convenu et de plus réducteur dans notre existence quotidienne. Quand je marche, l’ennui de vivre me quitte, je délaisse les cadences de la productivité qui me sont imposées du dehors par une société qui ne sait plus vraiment marcher, tant sa passion de la vitesse pèse sur elle et sur tous ses membres comme un destin. Penser, faire de la philosophie, c’est reprendre son temps – au sens le plus propre –, c’est revenir au rythme de ce que nous sommes vraiment, à rebours des idéologies et des préjugés qui nous imposent leur pas. Marcher, une philosophie : les penseurs, les poètes, les mystiques et autres vagabonds qui parcourent ce livre nous en montreront les chemins.

 
Le temps de la marche

Marcher n’est pas un sport. C’est un acte qui ne nécessite pas l’apprentissage de gestes techniques mais est accessible directement à chacun. Il ne saurait entrer dans le domaine de la compétition car il n’est pas mesurable au sens d’une performance et ne vise pas un résultat ou une victoire sur l’adversaire. En ce sens, le temps de la marche n’a rien à voir avec celui de la compétition sportive ou du quotidien. S’il n’a pas l’intensité de la première, il ne relève pas plus du quadrillage gris et morne du second. On ne marche pas vraiment en se rendant de chez soi à la bouche de métro la plus proche pour aller travailler. Marcher est une activité monotone, régulière, répétitive : « un pied devant l’autre ». C’est l’injonction implicite qui guide tout marcheur, dans un véritable dialogue que celui-ci noue avec lui-même. Et cette injonction ne cessera de ponctuer ce livre autour de la marche - il faudrait plutôt dire de la marche tant il tente de comprendre l’essence de cette activité de l’intérieur –  selon le rythme secret de chacun, comme une respiration de ce que nous sommes vraiment, libéré de nos contraintes quotidiennes, de ce qui nous détermine de manière inauthentique dans la vie de tous les jours. Car marcher rompt l’ennui, en dépit de sa monotonie, grâce à sa monotonie. Marcher nous remet en présence de nous-même par le décalage que ce geste instaure avec ce qui ordinairement nous aliène . C’est bien en ce sens que marcher est une libération, similaire à celle de la pensée : une rupture avec la sclérose du corps et de l’esprit. 

Titre du livre : Marcher, une philosophie
Auteur : Frédéric Gros
Éditeur : Carnets nord
Date de publication : 15/05/09
N° ISBN : 2355360081

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  • L'archipélien
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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