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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 17:30
 
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    Connaissez-vous le mot «wilsonnien»? Rien à voir avec les comédiens de père en fils Georges et Lambert Wilson, ni avec Thomas Woodrow Wilson, président des Etats-Unis d'Amérique raflant la mise diplomatique dans une Europe ravagée par la guerre en 1919. Non, «wilsonnien» vient de Daniel Wilson (1840-1919): ses inconduites (trafic de décorations au premier chef) ont contraint son beau-père, Jules Grévy, président de la République française, à la démission en 1887. Dans les années qui suivent, «wilsonnien» désigne donc le profiteur de la République, dont la rapacité se drape dans les plis du régime. Le «wilsonnien», c'est le politicien prébendé, qui brasse ses affaires sous couvert d'œuvrer pour la chose publique, en tout bien tout honneur selon ses pairs aux douces indulgences éthiques...

     

    Le mandat de Jules Grévy avait pourtant bien commencé, à l'Élysée, en 1879. Une fois le monarchiste Mac Mahon délogé d'une place qu'il gardait au chaud pour un roi hypothétique, le premier chef de l'État républicain à s'installer dans l'ancien palais de la Pompadour fut donc l'élu septuagénaire du Jura, dont une chanson, Grévy le Jurassique, saluait ainsi la désignation par les parlementaires:

    Nous avons eu sur le trône de France
    Des maréchaux, des rois, des empereurs.
    Tous ces gens-là barbotaient nos finances:
    Il n'en faut plus; Français, y'a pas d'erreur!
    Grévy fait r'naître en nos cœurs l'espérance,
    Il est intègre et joue bien au billard;
    C'est tout c'qu'il faut pour gouverner la France
    À ce jeu-là l'on ne perd pas cinq milliards.

     

    André Gill (1840-1885) caricature ici Jules Grévy, qui fit du 14 juillet la fête nationale en 1880.
    André Gill (1840-1885) caricature ici Jules Grévy, qui fit du 14 juillet la fête nationale en 1880.

     

     

    L'homme est réélu pour un second mandat, à 78 ans, en 1885. On brocarde le personnage, dont l'épouse, Coralie, à la fin d'une rencontre avec Son Altesse royale le prince de Galles, futur Edouard VII, lâche sans manières excessives: «Jules, reconduis donc Monsieur.» Mais la façade de bourgeois tempérés imprégnés d'économie ménagère va se lézarder. Quelques plumes se sentent pousser des ailes. La presse, en plein essor économique et technique, libérée de certaines entraves juridiques par la loi du 29 juillet 1881, sur fond de crise (le général Boulanger espère en tirer profit), enquête. Et au besoin dénonce les premiers scandales politico-financiers à mobiliser massivement l'opinion dans une France comme électrisée.
     

     

     

  • «En s'affranchissant des impôts»

    Notre affaire d'infractions commises par des agents publics commence le 7 octobre 1887, dans les colonnes du quotidien Le XIXe siècle, sous le titre: «Le trafic des décorations». L'article a tout d'un écho; l'investigateur n'a pas encore pris le pas sur le courriériste: «Il paraît qu'un officier général tient boutique de décorations au ministère de la rue Saint-Dominique, et que, moyennant un prix de 20.000 à 25.000 F, il sera désormais possible de se faire décorer de la légion d'honneur.»

    À l'origine, il y a donc des conditionnels et d'infinies variations, selon les titres, du Petit Parisien (300.000 exemplaires) au Petit Journal (975.000 exemplaires): «Il y aurait une cote des rubans rouges, comme pour les valeurs de la Bourse, les laines en suint ou les pétroles de Chicago, variant suivant les ressources des récipiendaires, de 25.000 à  50.000 F.»

    Les révélations succèdent aux révélations, qui mettent en cause une dame au nom bientôt sur toutes les lèvres, Limouzin, puis un sénateur, le comte d'Andlau, puis le général Caffarel, puis le député d'Indre-et-Loire Daniel Wilson, époux d'Alice Grévy, logé à l'Élysée. Le chansonnier montmartrois Jules Jouy n'en fait qu'une bouchée versifiée:

    M. Grévy n'avait qu'un billard,
    Rien qu'un billard.
    Un seul billard.
    Riche aujourd'hui comme un boyard,
    Comme un boyard,
    Un vrai boyard.
    Il va, quel bonheur est le nôtre,
    Pouvoir s'en acheter un autre.
    Des gens ravis
    C'est le père Grévy,
    C'est la mère Grévy,
    Grévy fils, Grévy fille,
    Chaque membre de la famille
    À son gré vit
    Chez les Grévy.

     

     

    En plus de la presse imprimée, un moyen d'information immatériel et rapide comme l'éclair touche en un déclic l'esprit public: la chanson. Émile Carré composera la plus fameuse, dont le texte est aussitôt saisi par la police, mais qui court les rues: Lamentations d'un beau père, ou Ah! quel malheur d'avoir un gendre!

     

     

    Tout y est dit à propos de Daniel Wilson et de sa goinfrerie policée:
    D'abord y s' fit donner un poste,
    Grâce auquel il put à propos,
    En s'affranchissant des impôts,
    Ne rien affranchir à la poste.

     

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Published by L'archipélien - dans politique
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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