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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 17:56

François Hollande, entre couardise et méthode Coué

« Couard (du latin cauda, queue) : qui manque de courage. »
« Méthode Coué : méthode de guérison par autosuggestion inventée par un pharmacien français. »
(Extrait du "Petit Larousse").

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Finalement, après quelques hésitations (« Je me suis ravisé. »), François Hollande a décidé d’être Président de la République française jusqu’au bout des ongles, à savoir, monopoliser les deux principales chaînes de télévision pour l’interview "traditionnelle" ce dimanche 14 juillet 2013 à 13h05. Durant sa campagne, François Hollande avait promis qu’il se déplacerait dans les studios de télévision pour prendre la parole, mais son besoin de présidentialiser sa personne a été plus fort.

Ainsi, il a pu manier la langue de bois et l’insignifiance du discours présidentiel à vocation incantatoire à l’occasion de cette fête nationale. Un exercice de style que son prédécesseur François Mitterrand maîtrisait parfaitement et qui nécessite en face des journalistes sages et respectueux : Laurent Delahousse (France 2) et Claire Chazal (TF1) étaient en ce sens un excellent choix.

Une occasion aussi en or pour promouvoir son Ministre de l’Intérieur, très populaire, mais très ambitieux, Manuel Valls, qui venait de prononcer un discours de politique générale très remarqué dans le Gard le 13 juillet 2013.


Le budget des militaires…

La seule annonce présidentielle vraiment nouvelle concernait le budget de la défense qui serait, selon lui, "maintenu" en 2014. On se souvient que ce budget avait fait l’objet de nombreuses polémiques dans une perspective de baisse continue des effectifs et des moyens (déjà engagé sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy), ce qui, à terme, ne permettrait plus des interventions unilatérales comme celle du Mali.

Le Mali était d’ailleurs à l’honneur quelques heures auparavant lors du défilé sur les Champs-Élysées, et aussi la Croatie, qui est devenue le vingt-huitième pays de l’Union Européenne le 1er juillet 2013 : je suis très fier que la France puisse accueillir ainsi avec les honneurs ce nouvel arrivant malgré l’indifférence des médias sur le sujet ; mais c’est plutôt honteux qu’il y ait eu des individus qui aient violé l’esprit de l’unité nationale de cette fête en sifflant le passage du chef de l’État (quelle qu’en soit la raison).


Reprise et marquise

Cependant, le sujet de préoccupation majeur des Français reste le chômage et la crise économique. Sur ce sujet, François Hollande a fait preuve, pour le moins, d’un certain entêtement dans sa vision de la réalité jusqu’à oser affirmer : « La reprise est là ! ».

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La France vient pourtant juste d’être déclassée par une troisième agence de notation, le déficit public n’est pas du tout circonscrit et les dépenses publiques ne cessent de s’envoler sur l’économie réelle, au point de rendre les prélèvements obligatoires étouffants depuis un an. Si bien que si reprise il y a (ce qui n’est pas de l’avis des observateurs économiques), alors elle sera asphyxiée par les taxes et impôts.


Brouillard fiscal et social

Pire, la hausse des impôts a été quasiment annoncée ce 14 juillet 2013 (alors que l’Exécutif s’était engagé à ne plus les augmenter) avec cette phrase sibylline : « Nous avons des financements à assurer. (…) Je ne ferai d’augmentations d’impôts que si elles sont absolument indispensables. » précisant : « dans l’idéal, le moins possible » ! Avec de telles déclarations qui rendent l’horizon fiscal et social complètement incertain, comment imaginer que les entreprises iront investir dans un futur proche ? Sur quel critère de confiance dans l’avenir ?

Sur les retraites et le déficit de 20 milliards d’euros prévu en 2020, le Président de la République a repris le schéma classique qui avait déjà inspiré son prédécesseur, à savoir que l’espérance de vie gagnant du terrain, il était nécessaire d’augmenter le nombre d’années de cotisation. Il n’a pas exclu non plus d’impliquer les retraités eux-mêmes dans l’effort national de redressement des comptes (sans évoquer une seule fois l’iniquité des régimes spéciaux).


Baisse des dépenses publiques : flou persistant dans les moyens

François Hollande a beau jeu de déclamer : « Je prends l’engagement qu’il y aura moins de dépenses en 2014 qu’en 2013. », il s’était engagé également ainsi l’an dernier et la réalité est qu’il y aura plus de dépenses en 2013 qu’en 2012.

De plus, il n’a pas donné un seul iota du début de commencement des économies qu’il compterait réaliser pour réduire ces dépenses publiques, prêt à sourire à propos du double discours de ses opposants (qui veulent réduire les dépenses publiques mais refusent la baisse de certains budgets de l’État), sans pour autant rassurer sur sa volonté (pourtant proclamée à chaque occasion) de réellement baisser les dépenses publiques (dans l’immédiat, on embauche massivement à l’Éducation nationale sans pour autant changer l’organisation ni les méthodes éducatives).


Exaspérante boîte à outils pour l’emploi

Concernant le front de l’emploi, François Hollande est revenu une énième fois avec sa boîte à outils qui manque singulièrement d’efficacité : il espère ("promet" !) 100 000 emplois jeunes (contrats d’avenir) d’ici la fin de l’année et 70 000 contrats de génération pour le début de l’année prochaine (ces deux dispositifs ne fonctionnent toujours pas malgré l’effet d’aubaine des contrats aidés).

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La seule réflexion intéressante reste encore ces 35 000 emplois qui ne sont pas pourvus et qui feront l’objet de formations pour les demandeurs d’emploi d’ici la fin de l’année (sans dire comment seront financées concrètement ces formations).


Transition écocynique



Sur l’écologie, François Hollande a sorti son laïus classique sur la transition écologique sans beaucoup de conviction (j’y reviendrai) en insistant sur les gaz de schiste : « Tant que je serai Président, il n’y aura pas d’exploration du gaz de schiste. ». Cela ne l’a pas empêché de garder au gouvernement son Ministre de l’Industrie Arnaud Montebourg qui proposait exactement l’inverse (était-ce une sonde présidentielle ?), sans voir la contradiction avec le renvoi de sa ministre Delphine Batho qui avait franchi la ligne rouge : critiquer son budget.

Pourtant, il n’y a eu aucune question concernant justement les accusations graves portées par Delphine Batho contre les lobbies industriels auxquels serait soumis le gouvernement. Aucune question, aucune réponse donc sur le sujet. Les attaques d’une ex-ministre il y a quelques jours étaient pourtant sans précédent sur la forme et sur le fond. Mais rien. Que de la pusillanimité !


Rien à dire sur des sujets brûlants

Rien non plus (faut-il fustiger les deux journalistes visiblement dans l’allégeance ou dans l’endormissement du soleil de midi ?) sur des sujets très sensibles pour les Français, comme les relations entre la France et les États-Unis, à propos de la révélation d’espionnage des services américains mais aussi à propos du début des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique entre l’Union Européenne et les États-Unis. La France semble douter de l’efficacité des négociateurs européens mais les Français ne sauront pas la position précise de la France sur ce sujet crucial. En a-t-elle au moins une, de position ?

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Rien non plus sur l’affaire Cahuzac et sur le détricotage méthodique des mesurettes sur la transparence qu’il avait soumises aux parlementaires. Rien sur la cuisine électorale qu’il s’apprête à promulguer pour permettre à dénaturer le vote de ses concitoyens.

Rien non plus, enfin, sur les graves sujets éthiques et sociétaux qui bouleversent la tradition républicaine qui refusait jusqu’à maintenant l’instrumentalisation de la vie humaine, que ce soit sur l’expérimentation sur les embryons humains, sur une possible "PMA pour tous" ou encore sur l’euthanasie et le suicide assisté alors que deux récents rapports sur la fin de vie préconisaient justement de ne pas légiférer sur le sujet.

Bref, le Président François Hollande est loin d’avoir rassuré les Français, loin de les endormir sur sa supposée reprise économique (cela fait penser aux voyants rouges que Pierre Mauroy, alors Premier Ministre daltonien, voyaient imperturbablement au vert en janvier 1983), loin de les calmer sur des réformes sociétales qui feront passer l’économique avant l’humain.


Une extrême gravité

En revanche, François Hollande, sans évoquer les récentes élections législatives partielles qui furent un désastre pour son parti, a récité sa leçon préparée à l’avance pour dénoncer les discours d’exclusion de Marine Le Pen : « J’ai entendu qu’elle voulait faire de son parti le centre de gravité ; c’est d’une extrême gravité ! » et lui d’énumérer pourquoi le programme du FN est d’une "extrême gravité".

Avec ces belles tirades et cette pirouette du jeu de mots, on doute néanmoins de l’effet dissuasif d’aller voter pour le FN dans les mois à venir.


Comment relancer l’économie dans un tel brouillard ?

En somme, voici une intervention télévisée qui n’aura servi à rien. Qui n’aura que chercher à nourrir la présidentialisation de sa personne. Mais, s’il a cherché à obtenir respect des Français pour sa fonction, François Hollande n’aura montré aucun respect pour eux en restant dans un flou qui lui est si coutumier.

On ne s’étonnera donc pas que les voitures, qui roulent aujourd’hui dans un brouillard épais et durable, ne chercheront pas à accélérer leur allure. Aucune entreprise ne souhaite en effet dérailler à grande vitesse…


Aussi sur le blog.

Auteur:  Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2013)
http://www.rakotoarison.eu

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Published by L'archipélien - dans politique
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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