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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 13:11

Georges Kiejman ressemble à Clemenceau, avec 20 cm de plus : c'est un grand avocat. Toutefois, sa haute taille se courbe commodément : c'est un porte-queue, un caudataire, inféodé à souhait. Les célébrités ou les puissants auxquels s'attache Me Kiejman lui deviennent particuliers, personnels, intimes, au point que nous assistons, à chaque fois médusés, à une transfusion d'amour-propre. L'avocat explose d'indignation, par procuration, avec d'indéfectibles frissons viscéraux !

Il fait sienne la vileté de ses clients et de leurs basses-œuvres, en usant d'un langage relevé simulant la hauteur de vue. On croit entendre un moraliste, alors qu'il défend son bout de gras. Les effets de manche de Me Kiejman, ses trémolos, sa rhétorique galantisant l'éthique, feraient presqu'oublier que ce petit frère des riches illustre la sentence de Fénelon : « Les princes ont un pouvoir infini sur ceux qui les approchent ; et ceux qui les approchent ont une faiblesse infinie en les approchant. » Georges Kiejman est en effet un courtisan à l'âme mercenaire.

Tout avait bien commencé, voilà six décennies (Il est né, comme son chaland Chirac, en 1932), dans le sillage de Pierre Mendès France. On aurait aimé pouvoir respecter jusqu'au bout l'homme qui obtint, en 1976, l'acquittement de Pierre Goldman. Mais tout s'est mal terminé sous la tutelle de François Mitterrand. À l'automne 1990, Georges Kiejman est nommé ministre délégué auprès du garde des sceaux (Henri Nallet, émargeant aujourd'hui chez Servier). Il allait alors mettre son talent au service du pouvoir, de ses pompes et de ses abjections. Il allait crier au « cambriolage judiciaire » face aux magistrats osant mettre leur nez dans le financement du parti socialiste.

Surtout, pour satisfaire le président Mitterrand – qui l'avait déjà ravalé au rang de porteur (“caddie”) sur les terrains de golf –, le sous-ministre allait prétendre que la France n'avait pas besoin d'un procès Bousquet, du nom du responsable français de la rafle du Vel' d'Hiv' en 1942, auquel le maître de l'Élysée vouait une trouble complaisance.

La perversité mitterrandienne obtenait là son résultat le plus déconcertant : non seulement Georges Kiejman donnait l'impression de renier le mendésisme en servant les intérêts du monarque socialiste, mais encore l'avocat offrait l'image d'un homme infidèle à son père, mort à Auschwitz : il mettait hors de cause le factotum de l'occupant nazi, René Bousquet (1909-1993). Le “maître” devenait esclave : il s'anéantissait pour son patron du moment.

Une telle inconsistance sous des dehors très “grand genre”, éclatait, vingt ans plus tard, au détour des enregistrements du majordome de Liliane Bettencourt. Me Kiejman, alors conseil (ô combien rémunéré !) de la milliardaire opposée à sa fille, surfa sur les préventions un rien antisémites de sa cliente. Liliane Bettencourt est donc le rejeton admiratif d'un fasciste français, Eugène Schueller. Sa propre fille Françoise, en un geste singulier, a épousé un juif. Érudite, empathique, sensible, elle étudie la religion et la culture hébraïques, détestées par son milieu d'origine. Or l'avocat semble bien avoir chaussé les œillères, voire joué sur les antiques aversions, de celle qui le payait.

Cette façon de se fondre dans une cause jusqu'à se dissoudre, tout en donnant l'impression contraire de par un verbe flamboyant, nous la retrouvons aujourd'hui. Incapable de lâcher un dossier dont il fut éjecté – contrairement aux usages du barreau — Me Kiejman vole au secours de son ancien client Nicolas Sarkozy (il s'était occupé d'un volet de son divorce d'avec Cécilia). L'avocat hurle à tout va qu'il ne put y avoir abus de faiblesse (sinon il serait peut-être bientôt lui-même en mauvaise posture pour avoir touché des sommes astronomiques d'une vieille dame n'ayant plus sa tête). Ce faisant, il défend, comme d'habitude, hélas !, l'ordre établi ; avec un zèle de fayot de la République par trop habitué à flatter le bon côté du manche.

Le 25 mars au matin, sur France Inter, sa logomachie s'est ainsi exercée : « Cette mise en examen restera comme un mauvais coup porté à la justice et peu m'importe que son auteur ait voulu ou non rejoindre au Panthéon quelques gloires judiciaires que leur narcissisme a rendu illustres. Il y a trop d'invraisemblances et de doutes pour qu'en raison des textes de loi auxquels j'ai concouru et des faits que j'ai connus, je puisse me dérober, indépendamment de toute sympathie pour Nicolas Sarkozy. »

Traduction : les affaires portent tort à mes affaires ; il est hors de question que je laisse menacer les intérêts de mes clients, et partant les miens, sans tenter de faire accroire, grâce à ma faconde hâbleuse, qu'il s'agit d'un mauvais coup porté aux libertés publiques.

Ainsi le perfide favori rejoint-il à jamais la cohorte de « ces lâches courtisans qui se font une étude d'allumer le vice et d'éteindre la vertu » (Chateaubriand).

 

Article paru sur mediapart le 25/03/2013.

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Published by L'archipélien - dans actualités
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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