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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 18:49

Demain, nous ferons l'amour avec des robots, notre jouissance se passera de contact, des capteurs et des hologrammes remplaceront nos parties de jambes en l'air... Dans les années qui viennent, notre vie sexuelle risque de subir un sacré choc de complication !


Jeff Blackler / Rex Fea/REX/SIPA
Jeff Blackler / Rex Fea/REX/SIPA
Comment fera-t-on l'amour dans un avenir pas trop lointain ? Dans le film Demolition Man, un nanar culte de 1993, Sylvester Stallone émerge d'une longue congélation et découvre un futur sans saveur, où toute injure est sanctionnée par un PV, où le tabac, l'alcool et le chocolat sont prohibés, où le papier wawa a disparu des toilettes. Et où le sexe par contact physique et échange de fluides est devenu une pratique barbare reléguée aux oubliettes.

Pour faire l'amour, dans ce demain fictif, les deux partenaires se collent sur le crâne un casque qui stimule les zones cérébrales où loge le plaisir : vive l'orgasme sans se toucher !

Mais voilà que le présent rattrape l'anticipation nineties. Toujours plus connectés, les hommes et femmes d'aujourd'hui commencent à intégrer les nouvelles technologies à leur intimité : échanges de «sextos» (ces SMS olé-olé qui vous valent des ennuis quand ils vous échappent et commencent à circuler), multiplication des sites de rencontres et de pornographie sur Internet, strip-teases devant webcam, démocratisation des sex-toys..., tout participe à l'émergence d'une «cybersexualité».

Rien de plus normal, selon Agnès Giard, créatrice du site Internet japinc.org et auteur de plusieurs livres sur le sexe au Japon : «L'être humain est ainsi fait qu'il cherche toujours à augmenter ses capacités par le moyen d'outils qui sont le prolongement de son corps : les véhicules à roues lui permettent d'avancer plus vite, les lunettes, d'y voir plus loin, les téléphones et les webcams, de communiquer à distance.» Et les ingénieux joujoux high-tech qui lui offrent la possibilité d'augmenter son plaisir ne sont que les héritiers des godemichés de pierre datant de 28000 av. J.-C.

Heureusement, depuis que nos ancêtres rejouaient «Silex And The City» au fond des cavernes, les matériaux de fabrication ont fait des progrès, PVC et silicone remplaçant le granit - ouf !

Mieux, à l'avenir, ils proposeront une palette d'options bien plus large que le simple va-et-vient. Les «objets sexuels haptiques» vont étendre le champ de nos possibles dans le domaine du sexe. Plaît-il ? Un dispositif haptique (du grec haptein, «toucher») est une interface matérielle capable de reproduire les perceptions du toucher et le «retour de force» exercé par un objet sur l'utilisateur.

Autrement dit, ces interfaces peuvent stimuler nos sensations kinesthésiques (force), tactiles (texture de l'objet) et thermiques (chaleur). Appliqué au monde des sex-toys, cela donne par exemple les gaines à pénis. Plaît-il (bis) ?

«Ce sont des faux vagins en forme de bonbonne en plastique blanc, explique Agnès, fourrées à l'intérieur d'un capiton molletonné et muni de pédoncules qui vibrent, tripotent, pressent, massent, pétrissent, papouillent et malaxent toute la verge. Ce gadget baptisé «Virtual Hole» [Trou virtuel] est un partenaire sexuel de substitution.»

Voilà donc tout un univers qui s'ouvre pour la gent masculine, un peu en retrait dans l'utilisation régulière - et assumée - d'accessoires coquins. Stephen des Aulnois, créateur du site Web Le tag parfait, a testé quelques-uns de ces sex-toys pour hommes et rapporte des «orgasmes cosmiques» ! «C'est complètement optimisé pour le sexe masculin, le plaisir est limite plus important qu'avec une fille !»

Androïdes sexuels

BEBERT BRUNO/SIPA
BEBERT BRUNO/SIPA
Dans les cinq ans qui viennent, notre vie sexuelle va subir un sacré choc de complication. Imaginez que votre tendre moitié se balade à l'autre bout du monde. Chaque soir, vous vous retrouvez sur Skype malgré le décalage horaire - c'est beau l'amour.

D'ici peu, quand la conversation se fera plus chaude devant la webcam (jusqu'ici, rien de neuf depuis le phone sex), chacun pourra sortir un sex-toy à brancher sur la prise USB 4.0 de son ordinateur. Monsieur enfilera une gaine à pénis et Madame brandira un godemiché, deux objets munis de capteurs sensoriels. Chaque mouvement de l'un sera retranscrit sur le jouet de l'autre : vitesse, pression, température, l'acte sera simulé avec une fidélité inouïe. Bienvenue dans l'ère du sexe 2.0.

Les célibataires adeptes des rencontres sur le Net vont voir, eux aussi, leurs orgasmes évoluer. Sans la crainte des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses non désirées, l'identité bien protégée derrière un pseudo, les barrières tombent rapidement sur les réseaux sociaux dédiés aux rencontres cybersexuelles.

Rien à voir avec la drague «irl» (in real life, comprendre : «dans la vraie vie» ) : si le ou la partenaire rencontré(e) online n'est pas à votre goût, il suffira de chausser vos lunettes à réalité augmentée pour modifier les détails physiques qui vous rebutent. L'avatar ainsi modifié - plus efficacement qu'un top model passé par Photoshop sur une couverture de Elle - apparaît en 3D sur l'écran de l'ordinateur. Reste à enfiler sa gaine et ses gants haptiques pour vivre un «rapport» à distance.

Les applications potentielles sont nombreuses, et les questionnements induits par l'émergence d'une telle sexualité tout autant. Le débat sur les assistants sexuels pour handicapés n'est-il pas obsolète ? Et la prostitution ? Est-ce que coucher online, c'est tromper ? Va-t-on tolérer des simulations ultraréalistes de fantasmes dont le passage à l'acte est prohibé dans le monde réel ?

Surtout, l'utilisation d'accessoires permettant d'atteindre des orgasmes potentiellement plus intenses qu'avec un partenaire réel ne menace-t-elle pas, à terme, les relations sexuelles «traditionnelles» ? «La démocratisation des sex-toys chez les femmes dans les années 80 n'a pas tué la sexualité homme/femme, affirme Stephen des Aulnois, et ce même si l'homme est rarement capable de provoquer plusieurs orgasmes d'affilée chez sa partenaire. Donc la sexualité «classique» ne sera pas affectée. Mais je pense qu'on se dirige vers une forme de supersexualité solitaire, oui.»

Partout dans le monde, des ingénieurs et des scientifiques s'excitent sur le futur de notre libido. D'ici à 2050, ils prévoient un monde où le «dématérialisé» sera plus réel que le «physique», où nos échanges se feront via interfaces holographiques, où les sex-toys seront remplacés par des sex-robots. Coucher avec R2D2 ? Vous n'y pensez pas !


Roxxxy et son inventeur - Paul Sakuma/AP/SIPA
Roxxxy et son inventeur - Paul Sakuma/AP/SIPA

Mais ces androïdes-là seront moulés selon nos désirs, avec un réalisme quasi humain, et pourront même tenir une conversation.

Pour l'instant, le premier robot destiné à un usage sexuel, Roxxxy de son petit nom, tient moins de l'objet de fantasme que de la créature de cauchemar.

Figée dans une perpétuelle expression d'effroi, cette poupée mal moulée a pourtant rencontré un succès immédiat, avec plus de 4 000 précommandes lors de sa présentation en 2010 au salon Adult Entertainment Expo de Las Vegas. C

réée par Douglas Hines, un spécialiste de l'intelligence artificielle, Roxxxy propose de remplacer une compagne de chair dans des activités incluant «tout ce que nous a apporté la littérature érotique depuis la nuit des temps». Elle est aussi conçue pour assurer un semblant de conversation - et sa personnalité s'inspire d'un ami de Douglas Hines mort durant les événements du 11 septembre 2001 (sympa, comme argument marketing, non ?).

C'est au Japon, toutefois, que les recherches sur le sujet avancent à grande vitesse. Un chercheur de l'université d'électronique et des communications de Tokyo a mis au point deux robots qui ouvrent la voie à l'androïde sexuel : le premier est un «simulateur de french kiss» (une machine à embrasser !) et le second, Shiri, une paire de fesses bionique sensible au toucher (caresses, fessées...).

Leader dans la production de robotique industrielle, le gouvernement japonais investit beaucoup dans la recherche sur la robotique de service. «Les progrès sont rapides et, bien évidemment, le marché de la sexualité est si porteur que les fabricants tenteront d'appliquer dès que possible leur technologie au théâtre de l'intime. Ce n'est qu'une question de temps», estime Agnès Giard. Toutefois, principalement pour des raisons de coût de fabrication, ces produits n'ont pas vocation à toucher le grand public. Le commun des mortels devra rester fidèle à ses semblables et au cybersexe.

Demain, peut-être, une sexualité comme on la pratiquait avant ?

 

Auteur Alexandre COSTE in Marianne

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Published by L'archipélien
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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