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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 18:27
Les personnalités trop agressives intéressent les psychologues, mais celles qui ne savent pas se défendre les intriguent aussi.

Évidemment, en termes de prévention, il y a urgence, d'où la grande quantité de travaux publiés chaque jour sur les mécanismes de la violence et les nouvelles formes qu'elle prend: «bullying» (harcèlement, intimidation) chez les ados, harcèlement moral au travail ou dans le couple, sociopathie… Dans ces cas, l'agressivité, qui est au départ l'énergie de vie nécessaire au fait de se frotter au monde, d'y prendre sa place, a été détournée pour dominer un autre.

Cependant, à s'intéresser aux «trop agressifs», les chercheurs en viennent aussi à tenter de comprendre leurs victimes: pourquoi certaines personnes ne parviennent-elles pas à se défendre même dans les interrelations les plus quotidiennes? Le psychiatre et thérapeute familial Reynaldo Perrone, spécialiste de la violence et des abus sexuels, s'est un jour tourné vers ces personnalités en «position basse», celles qui ont du mal à s'imposer. «Alors que tout être vivant, dans sa niche écologique et ce monde hostile, a besoin d'une dose d'agressivité pour se défendre des aléas de l'interface avec autrui et de l'inévitable tendance à l'expansion de ses congénères, ces personnes montrent un défaut d'instrumentalisation de la nécessaire agressivité.»

Capacité à dialoguer

L'avocat Thomas d'Ansembourg, auteur du best-seller Cessez d'être gentil, soyez vrai (Les Éditions de l'Homme), le constate lui aussi dans les ateliers de communication non violente qu'il anime: «En matière de “trop-plein” ou de “pas assez”, les niveaux d'agressivité sont également répartis entre les participants, observe-t-il. Il y a d'un côté ceux qui, manquant d'assertivité, ne peuvent recevoir la colère d'un autre sans être tétanisés, et de l'autre ceux qui ne peuvent s'exprimer sans prendre le pouvoir et agresser. Les deux attitudes compromettent évidemment les relations fluides et riches vers lesquelles nous rêvons tous d'aller.»

La solution? Apprendre, pour chacun, à gérer «la force» dont il dispose. Et selon Thomas d'Ansembourg, cette grande bascule se fait lorsqu'on comprend qu'on n'a pas besoin de diriger son agressivité contre l'autre, mais bien plutôt de la canaliser pour «être avec». Selon lui, les couples qui durent ont particulièrement développé la capacité à dialoguer sans que l'un investisse totalement le territoire de l'autre ou tente de le soumettre. «Mais attention, prévient-il, de se garder de toute naïveté: une bonne morale ou la religion ne suffisent plus aujourd'hui. Cet apprentissage nécessite le plus souvent un vrai travail, notamment en termes de connaissance de soi, pour parvenir à respecter à la fois son espace et celui de l'autre!»

«Le syndrome de l'ange»

Reynaldo Perrone a de son côté identifié un ensemble de comportements caractérisant un type de personnalité jusque-là mal connu et ayant une manière spécifique de détourner son défaut d'expression de l'agressivité: «le syndrome de l'ange» le décrit remarquablement dans le livre éponyme qu'il vient de publier (ESF Éditeur). Ceux qui en sont porteurs transforment leur carence en sublimant la représentation qu'ils ont d'eux-mêmes. Ils se situent systématiquement au-dessus des autres, du bien et du mal, dans une bulle «célestiale». L'agressivité semble ne pas les toucher car, selon eux, elle n'est qu'un aspect «misérable» de l'humanité.

«Contrairement aux “passifs-agressifs” qui, envieux des autres, se plaignent tout le temps, voudraient avoir des positions de contrôle mais sont incapables de les assumer, les “anges” réussissent plutôt bien socialement, observe Reynaldo Perrone. Mais dès qu'ils vont avoir à défendre leur place, les situations se gâtent pour eux: ils préféreront s'isoler, se réfugier dans la “position pure” de ceux qui n'ont pas besoin de descendre dans le monde pour se jeter dans la compétition… et compromettent ainsi leurs chances de vraiment faire reconnaître leurs talents.»

Contrairement aussi à ceux qui, manquant d'assertivité, en souffrent et souhaitent changer une telle situation, les «anges» ont trouvé la parade: ils ne demandent rien puisqu'ils se sont repliés dans un amour d'eux-mêmes qui les maintient «au-dessus du lot». En revanche, leur entourage, lassé de leur tendance à l'inaccessibilité, de leur manque d'engagement et de leurs attitudes éthérées, «craque» et peut demander une prise en charge thérapeutique, de couple ou familiale. C'est alors que les difficultés commencent. «Il est plus facile d'aider celui qui doit contenir son agressivité parce qu'il en a trop, que celui qui n'en a pas et avec lequel toute une matière est à créer», observe Reynaldo Perrone.

L'énergie de contribuer peut cependant prendre le relais et devenir moteur, selon Thomas d'Ansembourg: «Rester un gentil garçon ou une gentille fille incapables de se frotter aux autres et de leur résister condamne à des relations pauvres», estime-t-il. Paradoxalement, c'est donc en osant parfois s'opposer qu'on devient capable de vraies rencontres.

 

 

©Pascale Senk

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Published by L'archipélien - dans psychologie
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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