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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 18:30

Pujadas et les Laurel et Hardy de la planète G20

Dans la famille « carpette », je demande le pire. Eh oui, Pujadas… Après la brillante prestation de Pernaut et Calvi, on avait presque fini par l’oublier, celui-là, à force de le voir tous les soirs commenter les actualités avec ses airs de sacristain pour hospice sécurisé. Non, non, il est bien là, fidèle dans le poste avec sa coiffure de bouse champêtre, accompagné, fait rarissime, d’une escorte de la concurrence qui, elle, sait parler anglais. Ainsi donc, l’obséquieux, ce soir-là, en direct pour la France qui s’indigne (si peu) de souffrir, mais doit bien réfléchir avant de souffrir davantage, sert la soupe, une fois de plus, à un couple inédit de duettistes du capitalisme au numéro produit par les banquiers et rôdé en coulisses.

On avait connu Laurel et Hardy, Bedos et Daumier, Zemmour et Naulleau, Merkel et Sarkozy, et voici à présent, pour la première fois en promo électorale à la télévision, main dans la main, Barak et Nicolas. Audimat garanti.

Il n’aura échappé à personne que ce qui fait la force d’un duo comique, ce sont les différences physiques et comportementales. Ici, pas de problème : l’un est grand, mince et noir, l’autre est petit, blanc et sujet aux bourrelets ; l’un est calme, élégant, avec un charisme crevant l’écran, l’autre est nerveux, pressé dans son costume, mains crispées sur les cuisses ou jointes en losange sous le menton pour guetter les louanges à son endroit prévues au scénario gribouillé par ses sbires. Tout était donc réuni pour faire une standing ovation. En vain.

Le comique ne prend pas, car en dépit de leurs différences criantes, l’un et l’autre n’ont qu’une seule et même obsession en tête : rassurer les marchés et défendre la sacro-sainte croissance. À cette dernière s’ajoute, pour le clown de France qui n’a rien à envier à son homologue italien, celle de faire campagne avant l’heure en niquant le CSA et montrer à l’électorat ébahi par les éloges du grand frère baraqué qu’il est bien l’homme de la grande situation, le seul, l’unique, que l’on applaudit bien fort de par le monde, même le président des Etats-Unis, pensez donc !

Le comique ne prend pas, non, parce que les Français, dans leur grande majorité, n’en ont plus rien à faire de toutes ces escroqueries, de toutes ces mises en scène de cabaret, concoctées par les médias serviles, les patrons de chaînes le doigt sur la couture, les cabinets, les agences, les conseillers en communication, plus rien à faire de tous ces mots figés et dépourvus de sens dans le quotidien désastreux qu’ils vivent.

On leur parle de milliards, mais il leur manque des poignées d’euros pour finir le mois. On leur parle de productivité, mais on les jette au chômage. On leur parle d’effondrement de l’Europe et du monde, mais leur vie dans leur quartier est déjà par terre, écrasée par les chauffards du capitalisme à l’ivresse compulsive. Tous les services publics, sans exception, sont en train d’être laminés par le libéralisme et la politique génocidaire de son représentant de commerce excité. La santé, l’éducation, les retraites, et je ne parle même pas de la culture, tout est en train d’être « nettoyé », comme dirait le Ministre de l’Intérieur et autres officines. On leur parle de croissance, mais qui se soucie de celle de leurs enfants ?

Le comique ne prend pas, car les duettistes, épinglés comme des coléoptères sur la planche à billets du capitalisme malade, cadrés par une finance mondialisée dont ils ne sont plus que les porte-parole sans souveraineté, parlent depuis une planète qui n’est pas la nôtre, une planète fantasmatique faite de communiqués stériles, de chiffres artificiels, de montages invraisemblables, de statistiques, de compétitivité absconse, de calculs abstraits et de pourcentages, une planète où l’humain n’a plus aucune consistance, aucune réalité, où tous les “pauvres cons” du monde n’ont qu’à travailler et payer, sans avoir droit surtout à la moindre existence en dehors de leur consommation et de leurs sacrifices imposables. Ils ne veulent pas voir les conséquences désastreuses de chacun de leurs choix dictés par les criquets obscurs de la finance carnassière – après nous, le déluge ! –, ces choix irresponsables qui conduisent les êtres humains à l’esclavage, à la misère, et l’humanité à sa perte.

Non, ils ne sont pas drôles, nos Laurel et Hardy de la planète G20, où le petit s’agite sur sa chaise bébé pour faire valoir sa figuration héroïque en Libye – qui a conduit au lynchage de son ancien ami et partenaire… mais sans un soldat tué, hein Barak ! –, ils ont beau se sourire, se congratuler mutuellement et s’appeler par leur petit nom, ils pourraient même évoquer leurs dernières vacances aux frais de la princesse, s’embrasser sur la bouche ou se tripoter en direct, cela n’y change et n’y changerait rien, tant leurs discours sont déjà indécents, obscènes, et le reflet morbide de cette pornographie financière dans laquelle nous vivons, qui nous viole et nous contamine.

Si par quelque miracle les peuples devaient survivre encore quelques décennies à la dictature des marchés et de la croissance, c’est-à-dire aux spéculateurs, aux banquiers, aux industriels négriers, je gage qu’ils n’auront plus rien de vrai ni d’humain. Imaginez une planète couverte de consommateurs zombies gouvernés par des Nicolas et informés par des Pujadas…

Nous sommes à la frontière de ce cauchemar… Oui, réveillons-nous vite, reprenons notre indépendance et notre liberté, chassons ces sinistres comiques troupiers, ces danseurs malades, qui font des claquettes sur notre dos et claquent sans vergogne l’argent de nos vains efforts  ! Grève générale ! Européenne, massive, citoyenne et pacifique !

Utopie ? Peut-être, peut-être pas. Mais je préfère dans tous les cas les utopies vivantes aux mornes résignations, et les seins d’une Marianne révolutionnaire à la face aigrie et bileuse d’une France domestiquée par les mensonges et la matraque.

Auteur Christophe leclaire sur Agora vox

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Published by L'archipélien - dans politique
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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