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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 17:30

L’encadrement militaire des délinquants. Une idée folle ?

par CHRISTIAN T., paysan

Ces derniers jours, j'ai entendu la demande d'un encadrement militaire pour les jeunes délinquants et j'ai revu « Le Pont de la Rivière Kwai » et « Les Cavaliers ». J'ai aussi fait appel à mes quelques souvenirs du service militaire. Les films et mes souvenirs convergent pour conclure qu'un encadrement militaire ne ferait qu'infantiliser un peu plus les jeunes délinquants. A l'inverse, il ne serait pas idiot d'offrir un petit stage de discipline et de vie collective à nos chérubins de bonnes familles très individuelles

L'argument qui veut que la seule mission de l'armée est de se préparer et de faire la guerre est d'une rare pauvreté. J'ai vu le génie construire un héliport à mi chemin entre un hôpital civil allemand et un hôpital militaire français. J'ai vu le BPC Mistral tenter d'apporter de l'aide en Birmanie. Je me suis même vu déguster des vins, en uniforme et en service commandé, dans une Weinfest proche de la Forêt Noire. Dans cette situation, le rapport avec la guerre et sa préparation paraît bien ténu. Si l'armée avait une expertise dans la rééducation des délinquants, il serait absurde de s'en priver. Le problème est qu'elle n'a aucune expertise dans ce domaine. Au contraire, elle ne pourrait qu'aggraver les problèmes.

L'armée est « l'ultime argument du Roi », elle défend les libertés et les biens des citoyens dans un cadre légal, sans en tirer le moindre profit pour elle. Les bandes de voyous délinquants agissent dans l'illégalité, attaquent les libertés et les biens, au bénéfice des intérêts particuliers de ses membres.

Tout distingue l'armée des bandes de délinquants...sauf la vie de tous les jours.
La vie militaire est protectrice, un « grand ou petit chef » pense pour tous dans un environnement qui assure le gîte, le couvert et la distraction. La bande de banlieue est un lieu protecteur où un « grand ou petit voyou » pense pour tous et assure une rémunération qui permet de survivre et même de s'amuser. Dans les deux groupes, il est préférable d'obéir pour éviter les ennuis. Ne pas trop se poser de questions sur la finalité des actions quotidiennes n'est aucunement pénalisant.. En plus de nourritures terrestres, l'armée et la bande donnent des nourritures spirituelles qui tournent autour de l'exaltation du groupe, de l'exploit individuel et du mépris de l'autre. Que l'autre soit un ennemi extérieur, un ennemi intérieur ou la bande de la banlieue voisine importe peu.

Nos jeunes délinquants n'ont pas besoin d'apprendre à obéir à la loi du groupe où ils vivent (bande ou troupe). Ils ne savent faire que ça ! Ils ont besoin d'apprendre à se prendre en charge et obéir à leur raison. Ils doivent gagner une indépendance qui les libérera de l'emprise et de l'empreinte du groupe.

A l'issu de la période d'encadrement militaire, que deviendront les ex-jeunes-délinquants ? Ils seront un peu plus infantilisés. Ils vivront le déchirement des bidasses du service militaire qui criaient « la quille » et tremblaient de peur à l'idée de retrouver la vie civile, ses risques et la prise individuelle de responsabilité. Ils rejoindront ou reformeront une bande avec un peu plus de compétence. Dans le meilleur des cas, ils s'engageront. Si l'objectif est de recréer des Bataillons d'Afrique, il est douteux que les populations indigènes accueillent les bras grands ouverts ceux qui chanteraient « de Gabès à Tataouine ».
Par contre, notre belle jeunesse, celle dont on se dit fier, que lui manque-t-il ?

Il lui manque tout simplement le sens du collectif. Sa réussite est individuelle même si parfois elle s'engage pour des causes qui dépassent ses intérêts immédiats. Ne nous faisons pas d'illusions, notre belle jeunesse est plus motivée pour défendre ses intérêts que ceux du collectif. Elle est comme la belle jeunesse américaine, celle des universités, qui manifestait contre la guerre (Vietnam) au temps de la conscription et qui n'a pas manifesté contre la guerre (Irak) au temps de l'armée de métier. Derrière ses déclarations humanistes : « touche pas à mon pote », « touche pas à mon rom », il y a beaucoup d'égoïsme et quand la générosité est là, papa et maman ne sont pas loin. Papa et maman ont le discours que nous avait tenu le proviseur d'HIV lorsque nous lui avions demandé de participer aux manifs après les évènements du métro Charonne : « Moi aussi, j'ai manifesté au temps de ma jeunesse. N'oubliez pas vos examens, demandez l'autorisation de vos parents, et surtout pensez à bien vous protéger ».

Alors, belle jeunesse dont la majorité ne se presse pas pour le service civique, belle jeunesse qui encadre contre monnaie sonnante et trébuchante les colonies de vacances que nous encadrions gratuitement, belle jeunesse qui n'a jamais expérimenté les contraintes de la vie collective, belle jeunesse qui gagne,....,que ça te ferait du bien de découvrir qu'une collectivité est autre chose qu'une addition d'individualité, que le but d'une vie peut être autre chose qu'une place de premier,..., et que si tu es dans les premiers c'est autant pour les autres que pour toi.
Je ne sais plus qui a dit qu'un poisson pourrissait par la tête ?

On se préoccupe beaucoup des branches malades et délinquantes de la queue de notre société. L'individualisme de nos petits chérubins, futures têtes de cette société, est un risque plus grave que les délits insupportables des jeunes délinquants. On peut même se demander si il n'y a pas un lien entre l'individualisme égoïste des uns et la délinquance des autres.
La solution serait-elle de faire vivre ensemble délinquants et chérubins dans une collectivité chargée de réaliser quelque chose ou n'importe quoi.

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Published by L'archipélien - dans éducation
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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