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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 09:26
Quand Bonaparte tombe de son piédestal
Tous les écoliers français devraient savoir cela : quand Bonaparte, le 18 Brumaire 1799, se présenta devant l’« assemblée des Cinq-Cents », le parlement de l’époque, et qu’il y fut mis en minorité, il se liquéfia totalement l’espace d’un instant. Le général vainqueur ne fut plus qu’un politicien failli. Son frère Lucien, qui présidait cette assemblée, mit alors fin à la séance, sortit et donna l’ordre à la troupe d’envahir le bâtiment et d’en chasser les députés. Ensuite, il n’y eut plus ni élections libres ni parlement. Bonaparte avait compris.
Tout le problème du bonapartisme est là : il ne peut pas être confronté à l’élection. Un seul vote contraire, une motion de défiance adoptée, et tout son système s’effondre. L’Empereur mis en minorité, cela signifie que, sous la pourpre, il apparaît en tee-shirt et en caleçon ; qu’Auguste, soudain, comme au cirque, fait rire les petits enfants ; que César se retrouve pompé. Napoléon battu, ce n’est plus Napoléon, c’est, au mieux, Verhofstadt. Bonaparte en minorité, ce n’est plus le pont d’Arcole, c’est la passerelle des Soupirs. Napoléon III, après Sedan, c’est Badinguet. Napoléon vaincu, Marie-Louise rentre chez sa maman.
Or, la défaite de Sarkozy est annoncée, et aussitôt fuse partout la nouvelle – vraie ou fausse – que Carla songe à faire ses valises. Comme si tout se tenait : vainqueur, on épouse des impératrices ou des stars ; vaincu, ni la star ni l’impératrice ne veulent devenir bobonne.
Tout le problème de Nicolas Sarkozy est là : il a besoin de fasciner, d’électriser, d’impressionner. Son pouvoir est inhérent à son charisme (ou son charisme à son pouvoir) et son volontarisme porte l’essentiel des fruits de sa volonté.
Mais s’il choit de son piédestal, s’il se prend les pieds dans le tapis rouge, alors le charme se rompt. Le contraste entre la majesté de l’apparence et la trivialité de ce malheureux déséquilibre fera rire. Bergson a fort bien décortiqué ce mécanisme : « Du mécanique plaqué sur du vivant. »
Or, que s’est-il passé ?
Le deuxième tour des élections régionales s’est soldé par un Waterloo majoritaire. La droite française a obtenu son plus mauvais score de l’histoire de la Ve République. Les caciques et élus UMP ont réalisé qu’avec un tel résultat, à l’occasion d’élections législatives, la droite française se retrouverait avec seulement une cinquantaine de députés. Et ils se sont aussitôt posé cette question, hier taboue, intolérable : et si notre sauveur suprême, celui qui nous a menés à la victoire en 2007, était devenu un suprême plombeur ?
Rappelons-nous les maréchaux d’Empire. A Napoléon, ils devaient tout. La gloire, la fortune, les titres. En une semaine, ils l’ont presque tous lâché. Et beaucoup d’entre eux, ralliés à la Restauration monarchiste, nommés à la nouvelle Chambre des Pairs, acceptèrent de procéder à la répression… des menées bonapartistes. Ils votèrent même la condamnation à mort du maréchal Ney.
Certes, les barons de la droite, c’est-à-dire l’UMP, n’étaient pas tous sarkozystes, il leur arrivait même, en privé, d’être très acides, mais tous admettaient que « Nicolas » restait, et de loin, le meilleur leader possible pour affronter les prochaines épreuves électorales : son énergie, son dynamisme, ses talents stratégiques et tactiques ! Et voilà qu’ils se retrouvent soudain, un beau matin, face à cette évidence : on a tout faux ! c’est-à-dire : la gauche qui ressuscite en majesté ; « nos » électeurs qui boudent les urnes comme jamais ; notre clientèle sociologique (paysans, commerçants, petits patrons, médecins) qui nous envoie balader dans les grandes largeurs ; le Front National qui revient en force ; les nationalistes corses qui deviennent maîtres du jeu ; le pouvoir régional et local qui nous échappe ; les médias qui nous adoraient hier et qui maintenant se fendent la pipe en nous observant… Et si le grand leader s’était transformé en petit looser ?
Totalement injuste. Sarkozy n’a pas moins de défauts qu’hier (en ce qui me concerne, on ne pourra pas m’accuser de ne pas avoir prévenu), mais pas moins de qualités. Et ce que tant de représentants de la droite lui reprochent amèrement aujourd’hui – le bouclier fiscal, l’ouverture à gauche ou le débauchage de people PS, la taxe carbone, le parti unique –, ils l’applaudissaient hier.
Mais voilà : Bonaparte n’a pas le droit de tomber dans l’eau au passage du pont d’Arcole, de rater la bataille d’Austerlitz à cause d’un coup de soleil, de perdre le concours d’avalage de raviolis au lieu de remporter la bataille de Rivoli. Napoléon n’est plus un demi-dieu après la Berezina… et un général, évadé d’un asile de fous, un certain Malet, essaie déjà de prendre sa place.
En conséquence, cela va être terrible. Comme après une grande dévaluation. Dans ce cas, tout le monde cherche à investir dans une valeur refuge de rechange. C’est très exactement ce qui va se passer à l’UMP : on va acheter du Fillon, du Copé, du Villepin, et on finira par échanger du Sarko contre des CDS grecs.
Vendredi 26 Mars 2010
Jean-François Kahn


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Published by THEOMETHIS - dans actualités
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  • L'archipélien
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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