Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 17:30

Nicolas Sarkozy en est persuadé lui-même, il est le phare de ce monde, le guide clairvoyant des peuples, le messie tant espéré qui va sortir notre société de ses ornières et l’amener vers des lendemains qui chantent...

Un objectif que Nicolas Sarkozy, du haut de sa toute-puissance autoproclamée, a jusque là poursuivi d’une curieuse manière. En laissant filer les déficits au mépris de la rigueur gestionnaire. En accroissant la dette de manière irresponsable et dans des proportions jamais vues sous la Ve République. En détricotant le droit du Travail et en asséchant les moyens de l’Inspection chargée de le faire respecter. En rabotant non les niches fiscales (elles n’ont jamais été aussi profitables aux détenteurs de hauts revenus) mais les effectifs et les ressources des services publics de l’Éducation et de la Santé. En tentant de réformer la Justice pour la rendre plus docile aux ordres d’une Chancellerie elle-même soumise à la volonté élyséenne. Et surtout en multipliant les initiatives fiscales en faveur des amis du pouvoir, des grandes fortunes ou des lobbies marchands, relais d’un gouvernement déconnecté des réalités du terrain et sourd à l’aggravation des injustices et des inégalités.

Ajoutons à cela une fascination ostentatoire pour le luxe et le clinquant, une propension compulsive à la mégalomanie, le maintien en poste de ministres se gobergeant sans vergogne aux frais du contribuable, et le tableau sera complet.

Nicolas Sarkozy ne s’y serait pas pris autrement s’il avait voulu désespérer non seulement les classes populaires, très durement touchées par la mondialisation libérale et la crise économique, mais également les catégories socioprofessionnelles médianes, victimes elles aussi d’une politique inéquitable et délibérément mise au service des classes supérieures, du capital et des grands capitaines d’industrie.

Comment s’étonner, dès lors, que des velléités de rébellion, des rêves de révolte naissent et mûrissent ici et là ? Certes, rien ne laisse présager, en l’état actuel de la société française, un embrasement imminent, tant les ouvriers et les employés, trop souvent confrontés au chantage à l’emploi et repliés sur un individualisme délétère, sont devenus frileux et craintifs. Mais il est des volcans dont les éruptions ne sont guère précédées de signes annonciateurs, des violentes tempêtes qui se lèvent soudainement sur un océan qui, jusque là, faisait le gros dos en contenant sa fureur.

De tels climats d’incubation, la France en a déjà connus. Écoutons à cet égard le discours de l’un des plus brillants analystes de la chose politique, de l’un de ceux qui a le mieux compris ce que devrait être une démocratie digne de ce nom :

« La France avait jeté dans le monde, la première, au milieu du fracas du tonnerre de sa première révolution, des principes qui, depuis, se sont trouvés régénérateurs de toutes les sociétés modernes. Ça été sa gloire, c’est la plus précieuse partie d’elle-même. Eh bien ! Messieurs, ce sont ces principes-là que nos exemples affaiblissent aujourd’hui.(…) On dit qu’il n’y a point de péril, parce qu’il n’y a pas d’émeute. On dit que, comme il n’y a pas de désordre matériel à la surface de la société, les révolutions sont loin de nous. Messieurs, permettez-moi de vous dire que je crois que vous vous trompez. Sans doute le désordre n’est pas dans les faits, mais il est entré bien profondément dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières qui, aujourd’hui, je le reconnais, sont tranquilles. Il est vrai qu’elles ne sont pas tourmentées par les passions politiques proprement dites, au même degré où elles ont été tourmentées jadis. Mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont devenues sociales ? Ne voyez-vous pas qu’il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées, qui ne vont point seulement à renverser telles lois, tel ministère, tel gouvernement même, mais la société, à l’ébranler sur les bases sur lesquelles elle repose aujourd’hui ? N’écoutez-vous pas ce qui se dit tous les jours dans leur sein ? N’entendez-vous pas qu’on y répète sans cesse que tout ce qui se trouve au dessus d’elles est incapable et indigne de les gouverner ; que la division des biens faite jusqu’à présent dans le monde est injuste ; que la propriété repose sur des bases qui ne sont pas équitables ? Et ne croyez-vous pas que, quand de telles opinions prennent racine, quand elles se répandent d’une manière presque générale, quand elles descendent profondément dans les masses, elles doivent amener tôt ou tard, je ne sais pas quand, je ne sais comment, mais elles doivent amener tôt ou tard les révolutions les plus redoutables ? Telle est, Messieurs, ma conviction profonde : je crois que nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan, j’en suis profondément convaincu… »

Ces paroles fortes et d’une étonnante actualité ont été prononcées par Alexis de Tocqueville le 27 janvier 1848 à la Chambre des Députés. Moins de 5 semaines plus tard éclatait une nouvelle révolution. Elle contraindra Louis-Philippe à l’abdication et débouchera sur la proclamation de la IIe République.

Nicolas Sarkozy et ses amis politiques, zélés serviteurs du grand patronat et promoteurs d’une réforme des retraites particulièrement injuste car touchant de manière écrasante les humbles en sauvegardant les intérêts des puissants et des riches, feraient bien de méditer ce précédent !
 Auteur:Fergus

Partager cet article

Repost 0
Published by L'archipélien - dans actualités
commenter cet article

commentaires

Profil

  • L'archipélien
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.

Archives