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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 07:03

Ali Magoudi n'est pas étranger à Mediapart. Pour une série de notre premier été (2008) consacrée aux exils, il donna les premières clefs de son enquête sur son père, qui s'avéra l'un des événements de la rentrée littéraire 2011 : Un sujet français (Ed. Albin Michel : voir sous l'onglet “Prolonger”).

Mais d'abord et avant tout, Ali Magoudi scrute de près, depuis plus d'un quart de siècle, le pouvoir en notre monarchie républicaine. Il a écrit et réalisé pour la télévision française, avec le journaliste Pierre Jouve, en 1986 François Mitterrand, portrait total, puis en 1987 Jacques Chirac, portrait total, après de nombreux entretiens avec les intéressés. En 2007, sans avoir rencontré les sujets, il a publié, avec Anne Débarède, sous le pseudonyme d'Oreste Saint-Drôme, Comment choisir son président (Ed. Denoël), une psychanalyse imaginaire et préélectorale de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

C'est à ce titre que nous lui avions demandé de commenter, pour Mediapart, quelques vidéos symptomatiques de Nicolas Sarkozy, en mai 2009 (voir “Lire aussi”). « Tout, chez lui, témoigne d’un mal certain à assumer la place symbolique qu’il est censé occuper », diagnostiquait alors Ali Magoudi.

Trois ans après, tandis que les commentateurs patentés affirment que M. Sarkozy se révéla parfaitement présidentiel à partir du moment où il perdit l'élection, l'occasion était trop bonne de clore cette lourde parenthèse d'un quinquennat qui sembla ne jamais devoir finir, avec le regard aigu mais dissident d'un observateur si loin si proche du sérail...

MEDIAPART. Le président Sarkozy vous est-il apparu enfin à sa place au moment d'en être chassé ?

ALI MAGOUDI. Même pas ! Écoutez son discours à la Mutualité, le dimanche 6 mai au soir : ce n’est pas le propos d’un président, mais d’un candidat. Il est face à une foule UMP et c’est en tant que perdant qu’il demande à ses supporters de ne pas huer le président élu Hollande. Il n’est président, subrepticement, qu’au moment où il remercie les Français de l’avoir élu, cinq années auparavant…

Il va jusqu’à proclamer, en s’adressant au seul parterre de droite – alors qu’il se sait regardé en direct par le pays tout entier : « Vous êtes la France éternelle. » Mais qu’étaient alors les autres : des métèques ?! Ce discours est invraisemblable : il est dans le déni de la France ayant voté contre lui. Jamais il ne s’inscrit dans une filiation présidentielle pour passer le relais à un successeur. Il s’avère, fondamentalement, un chef de bande, qui ne fut, cinq ans durant, qu’un candidat à sa réélection.

Tout de même, deux jours plus tard, le 8 mai, à l’Arc de triomphe…

Il n’a fait que proposer à Hollande ce qui lui avait été offert par Chirac en 2007. Il avait alors refusé, pour filer sur le bateau de Bolloré ! Où est l’innovation prodigieuse chantée dans les médias ? D’autant qu’à l’Étoile, les militants UMP avaient été rameutés pour faire la claque à Sarkozy et, au besoin, siffler Hollande…

Qu’est-ce qui caractérise Nicolas Sarkozy ?

L’impossibilité d’occuper une place tierce symbolique. Et cela fait de lui un duelliste permanent. Il a voulu d’emblée se cogner Hollande : « Il est nul ! » fit-il fuiter via Le Monde. Il en avait été ainsi pendant l’entier quinquennat – il s’était trouvé un « pauvre con », avant de se dénicher un président de la banque centrale européenne, ou un Kadhafi. Il lui faut quelqu’un devant lequel il dégaine à tout bout de champ…

Il est toujours resté le champion d’une petite moitié de la France, protégé par des mesures de sécurité faramineuses, accueilli par des salles bourrées de militants acquis à sa cause…

Dans son incapacité à reconnaître tout espace symbolique, il a passé son quinquennat à descendre en flammes les corps intermédiaires. Il a même osé dire que toute la presse était contre lui, alors que les journaux et les sites répondant à cette description se comptent sur les doigts d’une seule main : Mediapart, Marianne, L'Humanité, Libération et Le Nouvel Observateur – avec un moment de flottement pour ce dernier titre, au début du quinquennat…

Source Mediapart

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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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