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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 17:30

Ce jour-là, les petites maisons traditionnelles n(ont pas résisté mais ont laissé aux habitants le temps de s'échapper. Six ans après, Jean-Marie, Alain, Nadine et Delphin sont toujours sous le choc.

"Sovè nous!" "Sovè nou!" Quand il se souvient du jour où la terre a tremblé, l’adjudant-chef Alexis passe sans s’en apercevoir du français au créole. Ce dimanche 21 novembre 2004, il prenait son petit déjeuner avec sa femme et ses deux filles lorsqu’il a entendu un grand boum. Une première détonation. Puis une autre. Et enfin la terre qui tremble pendant quarante longues secondes. « Je suis sorti dans la rue. Il y avait tant de fumée que l’on ne voyait pas à 50 mètres. Les gens sortaient en courant de leur maison. Les personnes âgées s’accrochaient à mon cou en hurlant “Sovè nou Jean-Marie”. L’adjudant- chef Alexis était le seul pompier professionnel de Terre-de-Bas, l’île des Saintes qui a le plus souffert du séisme.

A une vingtaine de minutes de bateau au sud de la Guadeloupe, les Saintes, qui vivent de pêche et de tourisme, sont un petit paradis montagneux de la mer des Caraïbes. Mais le séisme de 2004, d’une magnitude de 6,3 sur l’échelle de Richter – le plus fort touchant la Guadeloupe depuis plus d’un siècle–, a rappelé à ses quelque 2.000 habitants qu’ils vivaient dans une des zones sismiques les plus actives du monde. La plupart ont toujours la conviction qu’ils ont approché, ce jour de novembre, des frontières de l’apocalypse. La moitié des maisons de Terre-de-Bas ont alors été détruites. A Petite- Anse, le bourg principal, il a fallu reconstruire la caserne, la mairie et même l’église. Toutes les archives de la municipalité ont disparu. Plus un meuble ne tenait debout dans les maisons, les télévisions avaient volé en éclats.

"Comme si nous étions les rescapés d’une guerre"

Assis sur la galerie qui court le long de sa maison blanche, le professeur de mathématique du collège, Alain Bordé, raconte avec une émotion à peine contenue. "Je n’arrivais pas à revenir chez moi après le drame. On dormait dans le collège car on redoutait que nos maisons ne s’aplatissent sur nous. Je me souviens avoir pleuré quand j’ai vu les militaires débarquer en fin de journée. Lorsqu’ils nous distribuaient à manger, j’ai repensé aux reportages sur l’Afrique. C’est comme si nous étions les rescapés d’une guerre."

Cet homme a été désarçonné par les suites du séisme: "Je ne savais pas que les répliques dureraient aussi longtemps. Au début, c’était tous les jours. Et cela a duré plus de cinq ans. On ne nous avait pas prévenus que cela se passerait ainsi. Les continentaux [les Guadeloupéens] se moquent de nous. Ils disent que nous sommes sur vibreur, comme les portables." La blague ne l’amuse guère. "Nous avons vécu une véritable catastrophe. Ma vie a changé." Sa voisine, Nadine Félicité, a été la première victime évacuée par hélicoptère. "J’avais tellement peur qu’ils ont redouté que je fasse une crise cardiaque. Aujourd’hui encore, quand elle entend un des rares véhicules de l’île passer devant chez elle, elle se demande si cela recommence."

La seule victime décédée lors de la catastrophe est une habitante de Trois-Rivières, sur la côte. Le tremblement de terre, pourtant moins intense à cet endroit, a provoqué la chute d’un mur qui a écrasé cette jeune fille. En général, les petites maisons traditionnelles de pêcheurs des Saintes n’ont pas résisté aux secousses. Mais elles se sont effondrées progressivement, laissant le temps aux occupants de s’enfuir. "Un tremblement de terre de cette intensité aurait fait de nombreuses victimes à Pointe-à-Pitre ou à Basse-Terre, estime Jean-Marie Alexis. C’est la concentration de l’habitat qui provoque les morts."

Ancien pêcheur à la retraite, Delphin Heureuse était dans les bois où il s’occupait de ses cochons quand la terre s’est réveillée. Son chapeau traditionnel sur la tête, il raconte qu’il a vu de gros blocs de pierre se décrocher de la montagne mais qu’il n’a pas paniqué. "Je ne risquais rien, affirmet- il. J’ai juste attendu que la terre arrête de trembler. C’est en arrivant devant chez moi que j’ai pris peur. L’eau jaillissait du sol éventré." Pour les Saintois, c’est à une protection divine, celle qui veille sur leur île depuis toujours, qu’ils doivent leur salut. Ils en ont la conviction. Cette certitude de ceux qui ont frôlé la mort.

Marie-Christine Tabet, envoyée spéciale, Les Saintes - Le Journal du Dimanche

Dimanche 06 Juin 2010

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Published by L'archipélien - dans histoire
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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