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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 19:30

Dans le Var, une des très bonnes actions d’éducation à l’environnement que nous connaissons en France est mise en péril suite à un changement de poste dans l’administration de l’Education nationale. Un évènement destructeur de dizaines bonnes volontés associées qui n’est pas sans poser question.

Elle est incroyable cette histoire. J’en ai eu connaissance un peu par hasard, juste à la lecture d’un email adressé à de nombreux acteurs de l’éducation à l’environnement, comme souvent dans nos affaires où l’on veille à se tenir au courant les uns les autres. C’est Francis José-Maria animateur du projet « l’eau partagée » et directeur du syndicat intercommunal de distribution d’eau de la corniche des Maures qui en était l’émetteur. Il nous faisait part du compte-rendu de leurs travaux de l’année* rien que de très banal et puis ce passage, plus surprenant : « …Nous ne pouvons pourtant pas taire la tristesse que nous avons éprouvée en constatant qu’aucune école de la circonscription n’a pu participer à ces échanges d’une grande richesse pédagogique (…) nous avions pris le soin décrire à Monsieur le Directeur Académique du Var pour lui proposer d’y faire participer les établissements de notre territoire. Il ne nous a jamais répondu. … ». Il y avait vraiment de quoi s’émouvoir puisque dans le circuit de l’Education à l’Environnement et au Développement Durable (EEDD) national, nous connaissons depuis longtemps l’action du syndicat des eaux des Maures envers la jeunesse du golfe de Saint-Tropez et tout le remarquable travail réalisé en lien avec le village de Markoye au Burkina Faso. 

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« Désormais vous n’avez pas à penser, mais à suivre nos instructions ».

Cela valait un coup de fil. Avec Francis José-Maria nous avons parlé et j’aurais bien pu tomber de ma chaise avec ce que j’ai entendu. A l’heure qu’il est mon bureau est couvert des copies des lettres adressées au plus haut niveau pour défendre le projet, et ce qui m’a le plus marqué c’est de retrouver cette phrase, phrase que je n’arrivais pas à saisir au téléphone et que je lui ai fait répéter trois fois : « désormais vous n’avez pas à penser, mais à suivre nos instructions ». Phrase prononcée par l’IEN de la circonscription, c’est dans une lettre adressée au ministre de l’Education nationale le 26 novembre 2012 par Francis José-Maria et René Jam inspecteur d’Académie honoraire, oui parce que visiblement un ancien inspecteur est de l’autre coté de la barrière, que cet échange est relaté. Il y est aussi question d’enseignants qui « n’ont rien compris » et de l’eau qui « n’occupe que deux lignes » dans les instructions officielles… Des courriers des animateurs de l’eau partagée, il y en a eu en direction de l’inspecteur d’académie du Var, de la rectrice de l’académie de Nice, du ministre de l’éducation nationale, du Président de la République… et les réponses sont là aussi sur mon bureau : chef de cabinet du Président, chef de cabinet du Ministre… on donne des assurances, on promet que ça va s’arranger… mais ils ont du revenir à la charge nos animateurs parce que rien ne s’est arrangé et ce sont plus de 2000 élèves qui ont été privés d’EEDD.

Var matin : « Eau partagée : un projet injustement censuré »

Il faut voir aussi les lettres de soutien, des dizaines d’enseignants signataires d’une lettre au directeur académique, des parents d’élèves, la vice présidente de la région, le directeur de l’agence de l’eau… en 2011 la Commission Nationale Française pour l’UNESCO parle à propos de cette action éducative d’une « œuvre » qu’elle parraine, même Edgar Morin et Erik Orsenna ont exprimé leur intérêt pour ce qui est construit là pour les enfants, pour l’eau et pour l’innovation pédagogique. Le 13 février 2013 c’était au tour de « Var matin » d’entrer en scène avec un titre choc : « Eau partagée : un projet injustement censuré » et la cause du gâchis est donné dans le sous-titre : « le nouvel inspecteur d’éducation a dit stop ».

Un seul homme ?

Nous y voilà, il faudrait croire qu’un seul homme est capable d’arrêter une opération exemplaire qui satisfait toute une communauté locale et sert d’exemple à toute la communauté nationale de l’EEDD. Non impossible de le croire, comment un ministre, une rectrice, un directeur académique ne seraient pas capables de dire à un inspecteur de circonscription d’arrêter le gâchis qu’il provoque. Incroyable, impensable, impossible… Alors est-ce une partie de l’iceberg que nous voyons émerger ainsi ? Parce que j’en ai parlé autour de moi à des personnes qui connaissent très bien l’Education nationale et ça ne les étonne pas. Je répète la phrase : « vous n’avez pas à penser… » et ça ne les étonne pas !... Que se passe-t-il ? C’est quoi qui se joue là ? Rappelons que la même année, oui cette année en 2013, la représentation nationale introduit l'EEDD dans la loi sur la refondation de l'Ecole (ces sont les sénateurs qui ont fait un amendement, elle ne figurait pas dans le projet de loi), l’EEDD est maintenant dans le code de l’Education, le Premier Ministre a fait en juin la saisine du CESE sur l'EEDD et la conférence environnementale des 20 et 21 septembre prochains à une de ses 5 tables rondes qui est consacrée à l'EEDD.

Une question de responsabilité collective

C’est quoi l’EEDD ? Il est grand temps que la société française se pose la question. L’EEDD est héritière des philosophes des lumières, elle émancipe, elle amène à la participation, elle veut qu’on « pense » justement et qu’on ne suive pas les « instructions », elle rend libre et responsable. L’EEDD développe ce que la France a de meilleur, cette idée bien ancienne qu’on doit avoir plutôt une tête bien faite que bien pleine. L’EEDD, elle emmène les groupes sur le terrain pour que chacun soit confronté à la réalité, elle questionne, elle provoque le débat, elle nous apprend à « faire ensemble », elle arme chacun de nous pour que notre environnement soit préservé et sa qualité améliorée, puisqu’il y va de notre santé, de la qualité de la vie de nos enfants et petits enfants, juste notre bonheur en fait. C’est une question de responsabilité collective. La Nation a à se ressaisir ce n’est pas une distraction parmi d’autres que l’éducation à l’environnement, c’est la possibilité que le corps social se donne de prendre un nouveau départ. Pour cela ce n’est pas trop de demander un peu de cohérence à la République, ceux qui font au plus bas de tous les barreaux de l’échelle, ils comptent là-dessus, ils en ont besoin.

(A suivre)

RG  

*http://eaupartagee.org/ les travaux se poursuivent avec les écoles alentour et les collèges qui échappent à l’autorité de l’inspecteur en question.

 

Roland GERARD :educateur à l'environnement

 

 


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Published by L'archipélien - dans actualités
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  • Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Einstein.
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